Les chefs d’État du jazz en paix

The Heads of State, c’est du très gros calibre.
Photo: FIJM The Heads of State, c’est du très gros calibre.

Ouh là là là… C’est la première chose qu’on s’est dite sans qu’elle soit venue à l’esprit. Mais quand elle est venue à l’esprit, la chose en question s’est manifestée par le biais de l’expression suivante : oh ! coquin de sort, c’est un supergroupe à faire passer Blind Faith pour un quatuor de pleureuses siciliennes. Oui, m’ssieurs dames, le sujet du jour est le premier supergroupe à voir le jour depuis Sphere, soit depuis plus de trente ans.

Ils s’appellent Larry Willis, pianiste de l’ampleur, Buster Williams, contrebassiste au long cours qui fut membre de Sphere, Al Foster, maître des points-virgules qui rythment les récitations des autres, et Gary Bartz, saxophoniste impérial à l’alto comme au soprano. Voilà pour les identités et les fonctions. Comme ils sont grands et donc intelligents, ils ont choisi le nom propre suivant : The Heads of State. On ne pouvait imaginer meilleur patronyme.

Car à quatre et quatre seulement, les chefs de ces États — qui n’ont rien des états d’âme, mais tout des états de la réalité sensible — ont participé à plus de sommets que ceux du G7. Oui, oui, oui… Les sommets ? Miles Davis, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Sarah Vaughan, Charles Mingus, Jackie McLean, Wayne Shorter, McCoy Tyner, Herbie Hancock, Ron Carter, Art Blakey, Dizzy Gillespie, Nancy Wilson… Ils les ont tous accompagnés. Sur scène comme en studio.

Leur histoire récente a commencé en septembre dernier, lorsque Willis, pour un engagement au club Smoke de New York, le plus beau de cette ville, a fait appel aux trois autres nommés. Le lendemain, comme le rappelle le texte de leur premier album, Willis a téléphoné à Williams pour lui confier qu’il aimerait bien poursuivre l’aventure en studio. Les autres ont acquiescé. Et tous se sont retrouvés le 11 janvier de cette année dans un studio de Nueva York, comme ils disent à East Harlem.

En une journée et seulement une, les chefs des États sonores de la planète Terre ont enregistré un CD baptisé Search of Peace, soit À la recherche de la paix, qui n’est jamais du temps perdu. Le programme ? C’est du très gros calibre. Ils amorcent leur conférence de paix avec Impressions de Coltrane, puis ils embrayent avec Uncle Bubba, une composition de Bartz dédiée à Monk, puis Search of Peace de McCoy Tyner, Capuchin Swing de McLean, Soulstice de Bartz, Summer Serenade de Benny Carter, Lotus Blossom de Billy Strayhorn et deux standards : Crazy She Calls Me et I Wish I Knew.

Pour signifier l’extraordinaire qualité de cette production, on va insister sur un point et seulement un. À peine ce conseil de sécurité à quatre avait sculpté les premières notes d’Impressions qu’on a été saisi. Hypnotisé, subjugué. Car ces chefs d’État sont des rois dans le sens très noble du terme, et non aristocratique. Tout le reste, absolument tout le reste de ce Search of Peace est à l’image de ce Impressions. À la fin, on s’est levé et on a clamé : « Vive la République et vive les rois de la transcendance musicale ! » Quoi d’autre ? Les rois mages peuvent aller se rhabiller. Ils viennent d’être dépassés.

Pour se procurer cet album, on vous conseille d’aller sur le site smokesessionsrecords.com.
 

Ami lecteur, les aléas de la distribution se confondant de plus en plus avec complexité, on pense qu’il va falloir régulièrement faire du… Consommateurs avertis. Tout cela pour dire ceci : le disque de The Heads of State avait été commandé le 30 juin dernier auprès d’Amazon, on n’avait pas le choix, avec trois autres disques. On a reçu le tout 7 semaines plus tard ou 5 semaines après le délai par eux avancé. Et ce, après avoir fait une réclamation au bout de 4 semaines. De cette mésaventure, sans grande conséquence il est vrai, on a retenu qu’il faut être très attentif au mode d’emploi afférent à la réclamation et aux chiffres inhérents à la commande et à la carte de crédit ou bancaire. Bref, la promesse d’envoyer le tout en 5 jours relève de la fumisterie en conserve.
 

À la rubrique des grands albums libérés du temps, on inscrit cette semaine Ask Me Now du clarinettiste Pee Wee Russell avec Marshall Brown au trombone, Russell George à la contrebasse et Ronnie Bedford à la batterie.


La vidéo de la semaine : Gary Bartz Quartet – Live at Jazz à Foix 2014. Bartz est un équilibriste hors pair. C’est dit.