Prime d’éloignement

Ariane Moffatt sera de la partie.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Ariane Moffatt sera de la partie.
Le Festival de musique émergente (FME) en Abitibi-Témiscamingue, dont la 13e mouture se déroule à Rouyn-Noranda du 3 au 6 septembre, continue de renforcer la présence culturelle indépendante en région. À quelques jours du lancement de cet événement qui a atteint sa pleine maturité, Le Devoir s’est entretenu avec son président et cofondateur, Sandy Boutin.


Si le concept du festival de musique hors des grands centres n’était pas neuf, en 2003, quand le tout premier FME a investi la ville de Rouyn-Noranda, Sandy Boutin avait le sentiment que c’était quelque chose d’inédit que lui et ses acolytes proposaient. Quelque chose qui s’inscrivait dans l’air du temps. En effet, la même année naissait Pop Montréal, qui vise aussi depuis son apparition à faire connaître les musiques indépendantes.

« Quand on est arrivés, il y avait déjà le concours de Petite-Vallée et le Festival de la chanson de Tadoussac qui existaient, explique celui qui, le reste de l’année, s’emploie à gérer la carrière d’artistes comme Marie-Pierre Arthur et Louis-Jean Cormier. Nous avons été l’un des premiers festivals en région qui n’existait pas sous la bannière franco. On a chaque année beaucoup d’artistes francophones, mais ce n’est pas la priorité. »

Comment se définir, alors, dans un marché qui devient de plus en plus éclaté ? Pour M. Boutin, il s’agit surtout d’aller chercher des artistes qui partagent la même vision. « L’appellation “musique émergente” est devenue très populaire ensuite, dans les années qui ont suivi notre naissance. On parle aussi souvent de “musique actuelle”… L’important, c’est qu’on n’est pas dans une esthétique de variété, mais d’indépendance. »

Le critère de sélection est donc plus une question de ressenti. Car cette année, des musiciens comme Ariane Moffatt ou Louis-Jean Cormier, qu’on ne peut plus tout à fait qualifier d’« émergents », sont de la distribution. « On n’est pas doctrinaires non plus, ajoute Sandy Boutin. On peut se permettre d’inviter certains plus gros noms, car on considère que le succès n’est pas contraire à l’idéologie d’indépendance. Ariane, par exemple, a toujours présenté une vision très personnelle dans sa musique. Et de l’avoir, ça nous donne la chance de programmer deux artistes de la relève dans la même soirée qu’elle, ce qui va attirer des gens vers eux. »

Éloignement à succès

Bien que l’Abitibi-Témiscamingue ne fasse pas partie des grandes attractions touristiques du Québec, des événements comme le FME permettent de faire voir le coin à beaucoup de gens. Quarante pour cent des participants au festival ne sont pas originaires de la région, une excellente nouvelle pour la vitalité culturelle de Rouyn-Noranda, croit Sandy Boutin. « On fait ça pour la population locale. Ça n’aurait aucun sens de faire ça seulement pour les gens de l’extérieur, dit-il. Bien égoïstement, nous avons démarré le projet parce qu’on vient d’ici et qu’on aime la musique. Mais c’est super de pouvoir faire connaître le coin dans toute la vivacité du festival. »

Car c’est une réelle ambiance de fête qui s’empare de Rouyn-Noranda lors de ces quelques jours, insiste le directeur. « On s’insère vraiment dans la communauté et on investit des lieux qui ne sont d’ordinaire pas utilisés pour la scène. C’est le café du coin, le petit resto, la cabane à patates… Si on calcule au prorata de la population locale, il n’y a aucune ville qui peut rivaliser de dynamisme avec Rouyn-Noranda ! »

Quelques artistes à surveiller dans la programmation : Syzzors, Barrasso, Les Marinellis, Philémon Cimon, Ponctuation, Navet Confit, Heat, Corridor, Julie Blanche, Safia Nolin, Seoul.

On n’est pas doctrinaires non plus. On peut se permettre d’inviter certains plus gros noms, car on considère que le succès n’est pas contraire à l’idéologie d’indépendance. Ariane, par exemple, a toujours présenté une vision très personnelle dans sa musique. Et de l’avoir, ça nous donne la chance de programmer deux artistes de la relève dans la même soirée qu’elle, ce qui va attirer des gens vers eux.

Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue

À Rouyn-Noranda du 3 au 6 septembre