Le reflet de l’identité au présent

«Melokáane», le nouveau disque d’Élage Diouf, propose un regard au présent.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir «Melokáane», le nouveau disque d’Élage Diouf, propose un regard au présent.

Élage Diouf lance Melokáane, un disque plus ciblé que son Aksil de 2010, d’une beauté à l’âme sensible et animée. Après la fête éclatée et l’ouverture spontanée, le chanteur-percussionniste ressent le besoin de réfléchir sur l’identité en regardant ce qu’un miroir lui reflète, en observant des tranches de vie autour de lui et en livrant des hommages à des personnages marquants, comme Mandela et Sankara. Le rythme est au rendez-vous, mais l’introspection aussi, et le disque révèle plusieurs styles musicaux. Élage en offrira une version concert le 9 octobre à l’Astral.

« Je trouve que Melokáane est un disque naturel », affirme-t-il. « C’est l’identité, le reflet, qui on est. C’est le thème principal de l’album. Il y a un proverbe en wolof qui dit “On est tout ce qu’on n’est pas avant de devenir ce qu’on est”. On fait le bilan de notre vie. A-t-elle été utile ? Avons-nous été assez proches des gens qui croient en nous ? Est-ce que j’ai participé au développement de la race humaine ? Est-ce que j’ai vraiment contribué en étant juste bien ? »

Melokáane propose un regard au présent. En plus des hommages aux grands hommes politiques, le plus jeune des Diouf aborde le Secret World de Peter Gabiel, le dernier jour sur terre et la condition de l’immigrant. Il dénonce aussi le mépris contre la spiritualité, se place dans la peau d’un réfugié, trace quelques portraits humains et se laisse aller à la célébration. Les musiques sont à l’avenant.

Au début, le Québégalais laisse parler Mandela, échantillonné sur un afro rock teinté de Motown et d’inflexions zoulous, avant d’attaquer le rock blues du Sahara avec un Jordan Officer qui joue les Bambino. Puis, les reflets du parcours d’une vie se feront plus doucement syncopés ou dépouillés, comme dans cette balade pop qu’Élage livre avec Johnny Reid. Plusieurs excellents musiciens colorent la trajectoire du disque, dont Yoel Diaz avec son piano latino et ses touches urbaines, David Mobio et ses plongées dans l’Afrique centrale, Aboulaye Koné et sa guitare qui tourne.

Quelques balades sont mâtinées de percussions. « Oui, il faut qu’il y ait un mouvement, comme de l’eau. Il faut que ça voyage. C’est comme ça que j’ai toujours aimé la musique », fait valoir le percussionniste, qui n’aime pas être campé dans un seul genre. « On veut sortir des clichés de la musique africaine : le soleil, les tam-tams, le djembé… J’ai toujours essayé de donner une valeur universelle à ce que je fais. » Cela explique sans doute la raison pour laquelle il a remporté plusieurs prix dans des réseaux différents : un Félix et un Juno pour Aksil ici ; le prix du meilleur artiste de la diaspora sénégalaise décerné par le Calebasse d’or là-bas : « Au Sénégal, ma musique n’est pas considérée comme sénégalaise ou mbalax. Ils m’ont vu sur YouTube en duo avec Johnny Reid et toutes les générations commencent à s’intéresser à moi. Je suis vraiment fier de ça aussi. »

Le 9 octobre, l’ex-Coloc offrira ses reflets de vie avec le batteur programmateur Alain Bergé, qui a aussi coréalisé Melokáane, et d’autres musiciens, dont le bassiste Manu Pélé. Sur une scène, Élage devient l’animateur généreux d’une fête ouverte au monde.


Élage Diouf - Tay

Hommage à Doudou N’Diaye Rose

Il était le grand tambour major du Sénégal et on le surnommait « le mathématicien des rythmes ». Il est décédé le 19 août à Dakar à l’âge de 85 ans et Élage se souvient : « Il dirigeait de 200 à 300 percussionnistes à la baguette et il avait osé créer les Rosettes, un orchestre de percussions avec des femmes. Il était polyvalent, composait des phrasés rythmiques et a réussi à sortir de la tradition. Mais il pouvait être dans toutes les sauces : traditionnelles, composées, improvisées. J’ai déjà fait un spectacle avec lui et 200 percussionnistes. Paix à son âme ! »

Melokáane

Élage Diouf Pump Up The World-DEP. En magasin le 28 août. À l’Astral, le 9 octobre à 20 h. Renseignements : 514 288-8882.