Le Montréal yiddish en poèmes et en musique

Le groupe montréalais Magillah met en musique les poèmes de sept auteurs de la culture yiddish.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le groupe montréalais Magillah met en musique les poèmes de sept auteurs de la culture yiddish.

Montréal, 1880-1950 : un quartier juif s’implante autour du boulevard Saint-Laurent entre René-Lévesque, anciennement Dorchester, et l’avenue des Pins. Trois vagues successives d’émigration, déclenchées par la révolution russe de 1905 et les deux guerres mondiales, marqueront le développement du quartier. Une poésie à compte d’auteur s’y développe, une dizaine d’auteurs écrivent en yiddish et seuls quelques-uns seront traduits en anglais. C’est à cette création fort mal connue que s’attaque Henri Oppenheim, le leader du groupe montréalais Magillah, en mettant en musique les poèmes de sept auteurs dans la création Tur Malka, qui est présentée avec Karen Young comme chanteuse invitée ce jeudi à la Sala Rossa.

Jusqu’à quel point peut-on parler ici de renaissance de la culture yiddish de Montréal ? « Le yiddish en tant que langue parlée tous les jours est devenu comme une langue patrimoniale qu’on regarde un peu comme dans un musée », reconnaît Henri Oppenheim. « On s’entend que c’est quasiment une langue morte, et on ne peut pas la faire redevenir vivante. Par contre, il y a les trésors qui sont enfouis dans les bibliothèques. Cette langue porte une sensibilité, un message d’espoir, d’intégration, d’unité, de résilience. Il y a aussi beaucoup d’amour pour la ville. »

Sept auteurs

Henri Oppenheim a parcouru les oeuvres de la Bibliothèque publique juive de Montréal. Avec Rivka Augenfeld, ils ont lu et traduit des textes. D’autres, comme Goldie Morgentaler et les héritiers des poètes yiddish montréalais, les ont aidés. Ils ont trouvé une dizaine d’auteurs, en ont choisi sept pour Tur Malka : Chava Rosenfarb, qui n’a jamais cessé d’écrire sur la survie ; Jacob-Isaac Segal et son oeuvre empreinte de lyrisme et de mysticisme ; Ida Maze, qui accueillait les écrivains qui arrivaient sans le sou ; Melekh Ravitch, artiste socialement engagé et intéressé par des thèmes philosophiques et des éléments méditatifs ; Rokhl Korn, qui a commencé à écrire en polonais avant d’opter pour le yiddish ; Abraham Moses Klein, avec son exubérance linguistique ; et enfin, Noah Isaac Gotlib, qui a d’abord écrit en hébreu.

Le concepteur de Tur Malka parle du processus qui a guidé le choix des textes : « Malgré mon background intellectuel, il y a une approche complètement intuitive », raconte Henri. « C’était : est-ce que le poème me touche ? Est-ce que ça m’évoque une musique ? C’est sûr que certaines thématiques m’étaient chères, comme le contenu politique, mais malheureusement, il y en a très peu. Il y a l’amour, la mort, Montréal, les enfants. C’est plus un regard vers l’avant, une approche d’émigré qui arrive et qui construit une nouvelle vie. Je n’ai pas pris des choses qui ruminent le passé. »

Bien connu dans le monde du klezmer et aussi de la musique classique en tant que leader de Kleztory pendant nombre d’années, celui qui est aussi accordéoniste, guitariste, chanteur et… docteur en mathématique réalise en quelque sorte un coming out de compositeur avec ce projet. « Chaque poème a donné lieu à un univers différent et il y a une grande variété de styles. On a choisi de faire un truc éclaté et, plus que par la cohérence, la valeur musicale de Tur Malka réside davantage dans le côté charnel, groundé et terrien. »

Quelques pièces entendues sur le site de Magillah permettent de ressentir cette diversité entre le violon lyrique de Vanessa Marcoux, les couleurs électro et les beats de Michael Emenau, la chanson tendre et l’esprit du cabaret yiddish. Un disque est prévu en janvier 2016 avec Karen Young comme chanteuse invitée, en plus de Socalled et aussi Michel Rivard, qui interprétera l’une de ses pièces en yiddish. Pour l’instant, rendez-vous à la Sala, anciennement connue sous le nom de « Arbeiter Ring », alors un haut lieu de la gauche juive de Montréal.
 

Tur Malka

de Magillah À la Sala Rossa, jeudi 20 août à 20 h 30, précédé d’une promenade historique organisée par le Musée du Montréal juif Renseignements : lasalarossa.com, 514 844-4227

1 commentaire
  • Hélène Paulette - Abonnée 20 août 2015 09 h 11

    Un soir seulement?

    J'espère que vous répéterez...