Au-delà de l’adversité

Carlos Araya et Oscar Souto comptent 26 ans de carrière au sein du groupe de trash métal Anonymus.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Carlos Araya et Oscar Souto comptent 26 ans de carrière au sein du groupe de trash métal Anonymus.
Le groupe de trash métal Anonymus participe au festival Heavy Montréal qui se tient toute la fin de semaine au parc Jean-Drapeau. Une occasion pour le quatuor québécois de lancer son 7e album, le 4e en français, Envers et contre tous.​
 

Ne vous fiez pas à la photo : les membres d’Anonymus sont des boute-en-train. « Le métal, c’est un peu comme ça : la façade, c’est toujours le look, le sérieux, lance Carlos Araya, batteur du groupe. Mais quand tu abordes une tournée, il n’y a que des rires et des ah ah ah ! Le seul moment où on rit pas, c’est justement sur les photos. »

Le Chilien à la barbichette grisonnante est accompagné d’Oscar Souto, menu chanteur et bassiste. Attablés au café Atomik, ces jeunes quarantenaires ont gardé leur âme d’adolescente et leur complicité d’antan. Au compteur, 26 ans de carrière. Sur leur route, un nouvel opus, Envers et contre tous. Mais contre qui, exactement ?

« Contre personne, répond Oscar Souto. Peut-être contre nous. Envers et contre tous, ça veut dire croire en quelque chose ou foncer malgré toute l’adversité, tout ce que les gens nous disent. “ Pourquoi vous faites ça, après 26 ans ? Est-ce que ça vaut la peine ? ” Oui, parce que ça nous apporte un bonheur personnel à chacun. Moi, si je n’avais pas Anonymus, je serais malheureux. »

Les fans du groupe ne seront pas dépaysés. Le quatuor revient à un style plus incisif et agressif que l’a été État brute, il y a quatre ans. Le contexte de l’écriture a été particulier puisque l’auteur a dû affronter des problèmes personnels. « J’ai reçu des coups d’uppercut, pis ça m’a pris du courage pour me relever, confesse le chanteur. Pour moi, les paroles, c’est pour m’extérioriser, m’aider à avancer. C’est l’exutoire. »

Ça parle de prosélytisme radical dans Dieu seul le sait « Tu leur promets la libération / sans mentionner la pire des punitions. » D’« un avenir incertain / un futur si obscur » de notre société aux multiples problèmes sur Carambolage. Ou encore d’austérité sur Toujours plus toujours moins. On est loin des chansons légères qui passent à la radio.

« J’avoue, mes textes sont très négatifs, poursuit-il. Mais vers la fin, je me suis dit “ arrête d’être aussi négatif ! ” Dans les chansons que j’ai composées vers la fin, qu’il y a un peu plus de positivisme, comme sur Chaque seconde compte. »

En français, s’il vous plaît !

Dans un milieu monopolisé par l’anglais, il est étonnant de voir un groupe de trash métal chanter dans la langue de Gaston Miron. D’autant plus qu’outre Carlos, Oscar et Daniel, son frère et guitariste de l’ensemble, sont d’origine espagnole. Seul Jef Fortin, le guitariste, est Québécois « pur laine ». « On s’est rendu compte que les gens qui écoutent Anonymus, ce sont des gens qui parlent français, alors pourquoi ne pas leur faire plaisir et nous faire plaisir », indique Oscar. Carlos abonde dans son sens. « Le fait de chanter dans la langue qu’on utilise tous les jours, on est capable d’aller chercher le bon accent, la manière de bien amener les mots. […] Si tu écris en anglais, une langue seconde, tes sujets vont être plus légers, tu vas aller moins profondément dans ton sujet. »

Leur insistance à chanter en français leur a mis des bâtons dans leurs roues, selon eux. « Ça nous démarque. [Mais c’est quand] on a fait l’album majoritairement en anglais que ça nous a ouvert des portes, dont celles de la France », ironise Carlos. Mais ils en gardent une fierté qui les pousse à continuer. Envers et contre tous.


Anonymus - Envers et contre tous

Nos choix

Lofofara (fusion — France) pour sa façon d’être le pendant français d’Anonymus — même âge, même rage.

Arch Enemy (death — Suède), pour le talent unique de la chanteuse montréalaise Alissa White-Gluz.

Korn (nu — Californie), pour avoir eu la bonne idée de ne jouer que leur album éponyme — le reste a encorné leur crédibilité.

Gojira (death — France) pour leurs prestations à la précision chirurgicale.

Insomnium (death — Finlande), pour leur inspiration issue des mélodies traditionnelles finnoises.

Ihsahn (black — Norvège) pour avoir su transposer avec brio Nietzsche en chanson.

Envers et contre tous

Anonymus, Boîte à Musique/DEP. Anonymus sera sur la scène Molson Canadian ce vendredi  à 14 h 15.