Du rock sous le soleil de plomb

Le mordant duo rock-blues Black Keys a clôturé le festival.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le mordant duo rock-blues Black Keys a clôturé le festival.
Même après dix ans de visite plus ou moins fidèles au parc Jean-Drapeau pour le festival Osheaga, on oublie un peu que l’aventure de cet événement de grande envergure commence bien avant l’arrivée sur le site. Déjà depuis les derniers jours, on voit la ville peuplée de nouveaux venus, bracelet coloré au poignet. Mais c’est dans le métro que tout démarre pour de vrai.

Dans le tunnel vers la ligne jaune, déjà, la foule est dense, et on y tape des mains, on chante, on crie. Oui, le public d’Osheaga est jeune, et, malgré tout ce qu’on peut dire sur les looks hétéroclites de sa faune, c’est franchement bien de voir la ville palpiter comme ça autour de la musique alternative. 

Dimanche a été un jour sous le signe du rock pour nous, alors que la soirée se clôturait avec les concerts d’Alt-J et des Black Keys, des habitués du festival. Alors qu’on foulait le sol poussiéreux d’Osheaga, James Bay grattait les dernières notes de son court spectacle — c’est souvent le plus frustrant en début de journée, les concerts sont courts, et s’étirent au fil des heures et de l’apparition des têtes d’affiche. 

Parlant de look, Gary Clark Jr. avait l’attirail parfait pour sa musique et pour la température chaude du moment. Petit chapeau, camisole noire, chaînes en or, lunettes fumées, bref le guitariste rock-blues était bien relax sur scène, mais livrant la marchandise. Son rock est classique, très années 1960, mais drôlement bien livré. Clark est économe des accords barrés, préférant jouer les bons au bon moment, et se lancer dans les solos dès que faire se peut. Sous le soleil de plomb qui s’abattait sur la foule, il a quand même enlevé ses lunettes, permettant de voir son regard amusé, et ses moues satisfaites pendant ses envolées. 

Sur la scène voisine, tout de suite après, c’était au tour de Father John Misty de prendre d’assaut la piste avec un condensé de son excellent dernier album, I Love You Honeybear. C’est d’ailleurs avec la pièce-titre qu’il a commencé, avec la même attitude que si le concert était déjà vieux d’une heure. Pas de temps à perdre, le chanteur jouait avec son pied de micro, s’est mis à genoux devant la foule, descendant sur une petite plateforme devant la scène. Comme d’habitude, celui qui se nomme Josh Tillman mélangeait je-m’en-foutisme et intensité, se permettant un bain de foule, mais avec le regard détaché. Un bon moment, de bonnes chansons, mais peut-être pas le meilleur accord avec le soleil et le site extérieur. 

Un peu plus tard, après une courte incartade du côté des dynamiques et plus électroniques Hot Chip, nous avons quitté les grosses scènes un instant pour aller plonger dans la partie du site la plus éloignée (mais certainement la plus charmante) pour entendre le trio Broods. La chanteuse néo-zélandaise Georgia Nott a une voix belle et voilée, et la musique de son groupe fait penser à celle de la Montréalaise Grimes, voire à la pop de Lorde. Broods est capable de bombes électros comme de titres plus doux, joués à la guitare acoustique. Si l’exécution était plus forte que l’originalité, le groupe a livré à une foule très réceptive un beau mélange musical sous le ciel tout à coup plus sombre du parc Jean-Drapeau.

20h déjà? On en était aux têtes d’affiche, Alt-J d’abord puis les Black Keys. Le temps de revenir au site principal, pas tout à fait encore bondé, mais très rempli, on a pu attraper un moment d’Edouard Sharp & The Magnetic Zeros, qui était en train de faire surfer sur la foule un homme en fauteuil roulant, dans le but de le faire monter sur la foule. Ce qui fût fait non sans difficulté, mais quand même, la foule a chaleureusement applaudi le sympathique geste.

Les rockeurs indo-britanniques d’Alt-J ont profité du soleil presque couché, qui donnait un répit aux festivaliers brûlés par le soleil lourd du jour, pour allumer pour de bon tout l’éclairage de la scène, projetant des jets de lumière mauves et verts. Coïncidence ou pas, le groupe a commencé son spectacle avec une pièce dans laquelle ils entonnent des mots en français (était-ce Hunger In The Pines?). Alt-J a surtout offert du matériel de son 2e album, This Is All Yours, non sans retomber dans quelques-uns de leurs titres phares, comme Breezeblocks et Matilda. Reste que les garçons, restés dans l’ombre pendant l’heure de leur concert, sont hyper statiques sur scène, se contentant de jouer leurs instruments et de livrer (avec talent) leurs harmonies vocales. Donner un tout petit peu plus que ce que le disque nous propose aurait été apprécié. 

Ne restait à ce 10e Osheaga que les Black Keys, le duo rock-blues composé du guitariste Dan Aueurbach et du batteur Patrick Carney, au look un peu geek avec ses lunettes à monture noire. Le duo était au festival en 2010 et en 2012, et est aussi passé très régulièrement à Montréal dans les dernières années.

C’est sur une piste enregistrée du type « cours de méditation » que le groupe est monté sur scène. « Let yourself go. […] This is where it begins », a dit la voix, avant de lancer un décompte inversé, de dix à zéro. C’est avec Dead And Gone que les Blacks Keys ont amorcé leur concert. Avec les deux hommes, il y avait notamment un musicien à l’orgue, qui de temps en temps prenait davantage le plancher. Quelque part, avec leur son un peu fuzzé et quelques solos bien sentis, les Black Keys nous ont ramenés au tout début de la journée avec Gary Clark Jr. Par contre, Aueurbach et Carney, eux, ont des tubes pop à la pelle. Déjà, au moment d’écrire ses lignes, ils ne s’étaient pas gênés pour livrer — non sans quelque temps mort entre les titres — les Gold On The Ceiling et autres Run Right Back, Nova Baby et Howlin’ For you. De quoi finir avec juste assez de mordant cette 10e édition d’Osheaga.

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