YOA, synonyme de joie

Le chef d'orchestre Carlos Miguel Prieto
Photo: Benjamin Ealovega Le chef d'orchestre Carlos Miguel Prieto

L’association de l’Orchestre de la Francophonie (OF), de l’Académie d’orchestre Orford (OAO) et du YOA — Orchestre des Amériques aura été l’initiative musicale marquante de l’été 2015. Elle a démontré, par l’exemple et le succès, les vertus de la collégialité, de la synergie et de la communion des talents, à une époque où priment dans ce métier les egos surdimensionnés et les volontés hégémoniques.

En entendant, dimanche, au Domaine Forget, ces jeunes gens si talentueux mordre dans l’ouverture du Roi d’Ys comme si leur vie en dépendait, on ne pouvait s’empêcher de penser (réflexion toute théorique, hélas) que, si leur réunion de l’été 2015 avait duré sept jours de plus, ces jeunes auraient pu en fin de semaine, lors de la Virée symphonique, apporter un appui de poids à l’OSM. Nous aurions pu entendre, par la même occasion, par des Canadiens, Vénézuéliens, Mexicains et autres, un compositeur, Lalo, snobé avec abnégation et constance par nos phalanges vedettes.

L’union OF-OAO-YOA, qui dans sa formation plénière a adopté le nom d’YOA-Orchestre des Amériques, a séduit dans Dvorák et Chostakovitch autant que dans Schubert à Orford. Le package vient avec l’espèce de fiesta dansante en « bis », ce qui donna un boeuf sympathique autour de Tico-Tico, après la Symphonie du Nouveau Monde, samedi soir. Cette fiesta après la 11e Symphonie de Chostakovitch était aussi impossible et irritante qu’après la 9e de Schubert à Orford.

Puisqu’on en est aux irritants, on regrette qu’un quidam, qui avait envie de s’entendre beugler à la radio, n’ait pas laissé s’éteindre la dernière déflagration chostakovienne et qu’une violoniste canadienne du nom de Jessy Dubé, au premier rang des 2es violons, a cru nécessaire de taper du pied pendant tous les passages rythmiques de la 11e Symphonie. Si ses 99 collègues avaient fait de même, on aurait eu du Chostakovitch façon Fred Astaire. Moins professionnel que ça, tu changes directement de métier ou — à défaut — tu te fais reléguer au dernier rang !

Pour le reste, nous avons eu deux concerts enthousiasmants par l’énergie d’ensemble dégagée, l’envie de faire de la musique, ainsi que les lectures claires, dynamiquement bien étagées et énergiques du chef Carlos Miguel Prieto.

Peu à dire des solistes, qui ont rempli leur contrat à défaut de remplir la salle. Meneses a une vision nostalgique mais optimiste du concerto de Dvorák. Il peine un peu dans les deux passages les plus redoutables du 1er mouvement, mais la musicalité convainc. Vadim Repin s’est présenté en meilleure forme que lors de ses dernières prestations à Montréal. Une sorte de feu sacré ne brûle plus, mais son 2e Concerto de Prokofiev était propre, solide et en place, avec un fort beau second volet.

Je ne sais où va se déployer l’YOA la saison prochaine, mais sa rencontre avec l’Orchestre de la Francophonie a été fructueuse et nous étions chanceux de les avoir au pays.

Orchestres grandeur nature

Concerts IV et V. Orchestre des Amériques (YOA — Youth Orchestra of the Americas), direction : Carlos Miguel Prieto. Festival du Domaine Forget, salle Françoys-Bernier. Chavez : Sinfonia India. Prokofiev : Concerto pour violon n° 2 (soliste : Vadim Repin). Dvorák : Symphonie du Nouveau Monde. Samedi 1er août. Lalo : Ouverture Le roi d’Ys. Dvorák : Concerto pour violoncelle opus 104 (soliste : Antonio Meneses). Chostakovitch : Symphonie n° 11. Dimanche 2 août. Diffusion sur Espace musique cet automne.

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