Stéphane Tétreault, la grande décrispation

Le violoncelliste québécois Stéphane Tétreault semble entrer dans une nouvelle maturité musicale.
Photo: Caroline Bergeron Le violoncelliste québécois Stéphane Tétreault semble entrer dans une nouvelle maturité musicale.

Les programmes festivaliers du vendredi 31 juillet rivalisaient en matière d’attraction : dernier concert orchestral à Orford avec la Symphonie du Nouveau Monde et l’Ouverture 1812, concert d’Alain Lefèvre et Kent Nagano à Lanaudière et récital de Stéphane Tétreault au Domaine Forget.

Au lendemain de L’amour de loin à Québec, nous avons choisi le Domaine Forget et nous ne l’avons pas regretté. Je ne sais ce qui se passe dans la vie de Stéphane Tétreault et je ne sais donc pas s’il a rencontré un nouveau mentor ou l’âme soeur, mais il y a eu un salutaire déclic dans son jeu, un déclic musicalement déterminant.

Dans un programme très solide, qui permet de se rendre compte des vraies choses, nous avons redécouvert un artiste à l’archet plus libre, au vibrato moins systématique, avec un nouveau sens de la respiration des phrases. Stéphane Tétrault a l’air, désormais, de provoquer la musique et non plus de la dépeindre.

Le premier ménage a été fait dans le partenariat chambriste. Marie-Ève Scarfone, comme nouvelle pianiste, est un excellent choix. Elle apporte beaucoup de musicalité, de finesse et de souplesse. Une astucieuse disposition piano-violoncelle permettait aux artistes de communiquer visuellement.

Stéphane Tétreault a d’emblée joué Haydn avec beaucoup de subtilité. Ses attaques étaient très finement dosées. L’Arpeggione était tout aussi positivement surprenante : légère et chantante, jamais enlisée dans une fausse contemplation. Stéphane Tétreault écoute beaucoup, mais il s’écoute moins jouer… La transition entre le 2e et le 3e mouvement était un pur bijou, une sorte de digression de l’archet, qui coulait de source.

Le violoncelliste québécois semble entrer dans une nouvelle maturité musicale. Toutes les oeuvres de la seconde partie, à commencer par celle, contemporaine, d’Alexina Louie, témoignaient de ce nouvel élan, de ce souffle plus naturel.

Pourvu que cela dure…

Fougue et passion

Haydn : Divertimento pour violoncelle et piano en ré majeur. Schubert : Sonate arpeggione. Alexina Louie : Bringing the Tiger down from the Mountain II. Schumann : Adagio et Allegro, opus 70. Fantasiestücke, opus 73. Tchaïkovski : Pezzo capriccioso, opus 62. Stéphane Tétreault (violoncelle), Marie-Ève Scarfone (piano). Salle Françoys-Bernier du Domaine Forget, vendredi 31 juillet 2015.

4 commentaires
  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 3 août 2015 07 h 53

    Du pur plaisir !

    Le duo Tétreault-Scarfone est formidable, quel heureux mariage musical. Nous avons entendu presque entièrement le même programme à Orford, le 24 juillet ; la barre était haute puisque c'était au lendemain du récital extraordinaire de Martin Helmchen ! Quelle métarphose dans toute l'attitude de Stéphane Tétreault en comparaison avec sa dernière prestation avec l'Orchestre métropolitain. Medici.tv était présent à Orford, autant pour Helmchen que ce merveilleux duo, donc les lecteurs du Devoir qui n'ont pas eu la chance de fréquenter le Festival Orford ni celui du Domaine Forget pourront savourer de vrais moments de grâce au détour de l'automne ! À ne pas manquer aussi, la sortie en septembre, du dernier CD Tétreault-Scarfone, avec les mêmes oeuvres de Haydn et de Schubert, et la Sonate pour violoncelle et piano No 1, opus 38 de Brahms, chez Analekta. Les mélomanes pouvaient déjà se le procurer en primeur à Orford. Merci M. Huss d'aussi bien faire état de prestations inscrites dans le cadre de nos festivals d'été de musique, à ce chapitre, les lecteurs du Devoir sont plus choyés que ceux des autres médias, il faut le reconnaître ! Et bonne saison culturelle 2015-2016 !

    Carol Patch-Neveu.

  • Louise Melançon - Abonnée 3 août 2015 11 h 18

    un partenariat?

    J'ai entendu le concert de Tétreault à Orford, il y a une dizaine de jours.... et j'ai été dérangée par la disposition du piano.... et la continuelle communication par les regards de Tétreault et de la pianiste....
    Je suis d'accord qu'il nous enchante avec son violoncelle... certaines pièces étaient magnifiques, sublimes.... mais pourquoi en faire autant pour "communiquer" avec sa partenaire?...

    • Carol Patch-Neveu - Inscrite 3 août 2015 15 h 07

      J'ignore pourquoi Le Devoir a censuré mon commentaire expédié ce matin, pourtant très positif, qui abondait dans le sens du compte rendu de M. Huss qui plus est le remeciait de choyer les lecteurs du Devoir en assistant à des prestations dans trois différents festivals d'été. Mme Melançon, nous assistions nous aussi au concert Tétreault-Scarfone à Orford et avons adoré la disposition du piano par rapport au violoncelle. Le dialogue musical était ainsi plus fluide et senti, tellement plus agréable pour tous les auditeurs, peut-être aussi le sera-t-il pour ceux qui écouteront la diffusion de ce concert sur Medici.tv à l'automne, de vrais moments de grâce, au lendemain de ce que fut un concert mémorable, M. Huss avait raison de le clamer, de la part du pianiste virtuose Martin Helmchen.

      Carol Patch-Neveu, abonnée du Devoir.

  • René Julien - Abonné 3 août 2015 13 h 18

    Une fausse note pour Monsieur Huss

    L'ajout, dans cette critique de Monsieur Huss, de la mention "Pourvu que cela dure..." fait ici figure de fausse note.

    Non seulement cet ajout n'était ni pertinent ni nécessaire, mais je le trouve pour ma part foncièrement mesquin.

    Ce qui ne m'empêche pas d'aimer et d'apprécier de façon générale les critiques de Monsieur Huss