Jean-Paul Loyer, le héros «underground»

Avant de mourir, Jean-Paul Loyer a confié son travail pour un deuxième disque à Éric Beaudry. « Il avait fait la pochette, préparé l’ordre des tounes, pensé aux remerciements », raconte ce dernier.
Photo: Violon Trad Québec Avant de mourir, Jean-Paul Loyer a confié son travail pour un deuxième disque à Éric Beaudry. « Il avait fait la pochette, préparé l’ordre des tounes, pensé aux remerciements », raconte ce dernier.

Mémoire et Racines commence officiellement ce vendredi. Une particularité du festival : un ancrage dans Lanaudière et une participation significative des artistes de la région. À preuve, les jeunes du Camp violon trad, Les Petits Pas Jacadiens, Jean-François Bélanger, Colin Savoie-Levac, Danielle Martineau, Philippe Jetté, Michel Bordeleau et même le Vent du Nord qui a aussi établi une connexion bien réelle avec la région. Mais il est un héros underground, grand mélodiste et rénovateur du trad québécois, qui est décédé trop tôt en 2009 et qui sera célébré ce vendredi au parc Bosco de Saint-Charles-Borromée : Jean-Paul Loyer, qui s’est fait connaître avec le projet Détournement majeur, les Frères Labri et Ojnab. On en profitera aussi pour lancer le disque Ojnaberies et autres banjoritudes, son premier depuis Le messager que le groupe Ojnab avait fait paraître il y a plus de 20 ans.

Lanaudois d’origine, homme généreux d’une grande simplicité, excellent guitariste, banjoïste et mandoliniste, compositeur très reconnu au Canada anglais, aux États-Unis et en Europe, Jean-Paul Loyer possédait un rare sens mélodique et un riche répertoire de compositions souvent mâtinées d’un caractère expérimental, mais toujours avec ce respect de la tradition. À cause de tout cela, plusieurs artistes plus jeunes que lui ont reconnu son influence, dont Nicolas Pellerin, Marc Maziade de Maz, Stéphanie Lépine, Jean-François Bélanger, Simon Riopel et Éric Beaudry, qui est à l’origine de l’hommage qu’on livrera à Mémoire et Racines.

« Je pense que Jean-Paul était un émotif musical, dit-il. Il aimait s’entourer et laissait beaucoup de liberté aux musiciens. C’était un gars ben ouvert. Au début, il faisait beaucoup de bluegrass, mais il s’est intéressé au traditionnel quand il a rencontré André Marchand, Normand Miron, puis tous les frères Labri. C’était un gars assez timide et un peu anxieux sur scène, c’est pour ça qu’il aimait s’entourer. »

1991 Jean-Paul Loyer s’associe à André Marchand et à Pete Sutherland pour Détournement majeur, magnifique projet à tendance folk, avant de lancer deux ans plus tard un disque plus traditionnel : Quand l’vent vire de côté, des Frères Labri. Le groupe obtient un réel succès d’estime dans le milieu avec la participation des Marchand, Miron, Mirandette et quelques autres. Arrive ensuite vers 1993-1994 Le messager d’Ojnab, le groupe de Jean-Paul, qui dévoile du banjo qui reel, du folk avec cornemuse, mais aussi des cordes atmosphériques, du bourdon, du reel percussif et des bouts de mélodies quelque peu déconstruites. À l’époque de l’apogée de la Bottine souriante, Jean-Paul Loyer faisait aussi figure de visionnaire, mais son succès s’est alors limité aux cercles de la musique traditionnelle.

  
2009 Après avoir appris qu’il souffrait d’un cancer incurable, il a planifié son deuxième disque : « Il avait quelques nouvelles compositions, il les a toutes enregistrées d’un coup dans les derniers mois de sa vie, raconte Éric Beaudry. Avant de mourir, il m’a dit “ Je te remets ça entre les mains. Si ça te tente de faire quelque chose avec ça… ” Je ne savais même pas où c’était et c’est en fouillant dans ses affaires que j’ai retrouvé ça. Il avait fait la pochette, préparé l’ordre des tounes, pensé aux remerciements. »
 

Ojnaberies et autres banjoritudes est dans la veine du disque d’Ojnab, tout aussi sensible et beau, mais réalisé avec plus de musiciens, dont le regretté Oliver Schroer, André Marchand, Jean-Claude Mirandette, Christopher Layer, Michel Bordeleau, Stéphanie Lépine, Pierre-Luc Dupuis, Simon Riopel, Lisa Ornstein, André Brunet et bien sûr Éric Beaudry. Plusieurs d’entre eux se retrouveront pour le concert-hommage.


Jean-Paul Loyer - La rivière croche

Hommage à Jean-Paul Loyer / Un atelier sur le répertoire de Jean-Paul Loyer

En concert d’ouverture avec le Camp violon trad, Rose vagabond, Manigance et Les Petits Pas Jacadiens, vendredi à compter de 19 h. / Dimanche à 13 h 30, au parc Bosco de Saint-Charles- Borromée. Renseignements : 1 888 810-6798, http://memoireracines.org/