Wagna, le gnawa à l’envers

«On fait de la fusion avec du reggae, de la pop en ajoutant une touche électronique», explique Fathallah Cherkaoui.
Photo: Fath Allah Cherkaoui «On fait de la fusion avec du reggae, de la pop en ajoutant une touche électronique», explique Fathallah Cherkaoui.

Les artistes montréalais sont à l’honneur de la cinquième édition du festival Orientalys, qui se déroule au quai Jacques-Cartier du Vieux-Port de Montréal jusqu’à dimanche. Au programme, plusieurs activités d’animation, une médina et une pléiade de musiciens et de troupes de danse. Et les têtes d’affiche ? Labess avec la poésie consciente du charismatique Nedjim Bouizzoul ; Cheb Fayçal, l’une des plus importantes figures du raï d’ici ; Berbanya avec sa musique d’inspiration berbère ; la Gypsy Kumbia en version folklorique, et le trio Wagna qui mélange le gnawa et l’électro. Le chanteur et joueur de guembri Fathallah Cherkaoui fait aussi partie du groupe Marocouleurs, qui est également de la programmation d’Orientalys.

Wagna signifie « gnawa à l’envers » et marque l’intention de ce groupe qui existe depuis 2014. « C’est un projet qui vise un public élargi », explique Fathallah Cherkaoui. « On fait de la fusion avec du reggae, de la pop en ajoutant une touche électronique. Les chansons ne sont pas gnawa à 100 %, mais on utilise les instruments du gnawa comme le guembri et les crotales. » Dans sa forme la plus traditionnelle, le gnawa est une forme spirituelle de musique de transe et de guérison pratiquée par certaines confréries marocaines. Le guembri étant le luth-basse ancien et les crotales, des castagnettes métalliques.

Jeune maître

Fathallah Cherkaoui est un jeune maître de gnawa qui vient d’une famille de musique de Marrakech : « J’ai grandi durant toute ma jeunesse entre les instruments. Avant même la naissance de ma mère, ma grand-mère faisait des lilas, les soirées de gnawa. C’est un long trajet et j’avais envie de continuer le chemin de mes parents et de mes grands-parents, c’est la même chose pour mes frères et mescousins. »

Que représente le gnawa pour Fathallah Cherkaoui ? « Je vis le rythme et le chant du gnawa. Il ne se passe pas un jour sans que je le chante, juste tout seul, au travail, dans la rue, dans le métro. C’est vraiment ma vie. » Il s’y est mis à sérieusement à l’âge de 14 ans, poussé par son cousin, le mâalem (maître de musique) Lahouaoui : « Au Maroc, c’est mal vu de jouer d’un instrument devant un mâalem. C’est un principe de respect. Si tu veux jouer du guembri, tu commences d’abord dans un coin. Lors d’une soirée, mon cousin me demande de continuer la musique, ça aurait été aussi un manque de respect de lui refuser. C’était la première fois pour moi. Ce n’est pas comme une pratique chez moi. On fait de la transe, c’est mystérieux. À ma grande surprise, je me suis rendu compte que j’étais capable de jouer le guembri. J’ai continué avec mon cousin, puis tout seul. »

Trois styles marocains

Avec Marocouleurs, il offre un répertoire traditionnel en parcourant trois styles du Maroc : le gnawa, la musique de la confrérie issawa (ou Aissawa) du Nord et la dakka marrakchia de Marrakech. Avec Wagna, Fathallah Cherkaoui est entouré d’un tout autre univers avec la présence du rappeur et beatmaker Sen Aouini que l’on présente comme un précurseur du hip-hop au Maroc, et celle de la polyvalente violoniste Sarah-Judith Hinse Paré que l’on a vu la semaine dernière avec Salamate Gnawa et dans un registre très différent, avec Akawui.

Le chanteur les présente : « Sen a commencé très jeune à Casablanca avec des groupes inspirés par plein de styles occidentaux. Arrivé ici, il a étudié la composition électronique à l’Université de Montréal. Il a fait des projets, mais avait toujours l’idée de faire quelque chose avec le gnawa. Quant à Sarah, elle étudie en musicologie et apporte beaucoup : elle est bonne en classique, dans les musiques du monde et en improvisation. Ces deux musiciens permettent de sortir de la fusion normale avec les instruments habituels et la batterie en arrière. »

Wagna

Sur la scène Loto-Québec du quai Jacques-Cartier, dans le Vieux-Port de Montréal, samedi 25 juillet à 20 h 45 festivalorientalys.com

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