Parodie d’une nuit pluvieuse d’été

Roi de la parodie pop depuis 30 ans, « Weird Al » Yankovic parcourt l’Amérique avec son Mandatory World Tour où il sert à ses fans ses succès de l’album Mandatory Fun et autres classiques. Mardi soir, il s’arrêtait sur la scène extérieure Vidéotron du festival Juste pour rire devant un public trempé jusqu’à l’os mais ravi.

À un quart d’heure du début du spectacle, il pleut des cordes sur la place des Festivals. Armée de parapluies, la foule scande « Weird Al ! Weird Al ! Weird Al ! » La pluie s’arrête. La foule retient son souffle. Ecce homo ! « Hello Montreal ! Are you ready to polka ? » Qui pourrait avoir envie de lui répondre « sans façon » ? Accordéoniste émérite — il en joue depuis l’âge de sept ans, « Weird Al » Yankovic entonne un enlevant medley où il se moque allègrement de vers d’oreille, de Wrecking Ball à Gangnam Style, en passant par Sexy and I Know It, Get Lucky et Somebody That I Used to Know. Derrière lui défilent sur trois écrans des extraits des clips originaux et de ses clips parodiques. Le public est conquis et ça ne fait que commencer ! Et puis, Al disparaît pour se changer.

En pleine tournée nord-américaine depuis mai — il ira taquiner les Européens cet automne, « Weird Al » Yankovic débarquait à Montréal mardi soir avec ses fidèles musiciens pour une heure et demie de musique, de rire et de délire. Comme tout artiste qui se respecte, le fringant et frisé quinquagénaire en a profité pour faire vibrer ses fans de la première époque avec les incontournables Fat (Bad de Michael Jackson), Smells Like Nirvana (Smells Like Teen Spirit de Nirvana) et Amish Paradise (Gangsta’s Paradise de Coolio).

Un retour en force

En juillet 2014, afin de souligner la sortie de Mandatory Fun, « Weird Al » Yankovic s’est lancé à (re)conquête du monde en lançant en huit jours huit clips parodiant des tubes des dernières années, dont Happy de Pharrell Williams (Tacky), Fancy d’Iggy Azalea (Handy) et Blurred Lines de Robin Thicke (Word Crimes). Dès la première semaine, les clips ont totalisé plus de 46 millions de vues. Pas mal pour un gars qui s’était fait relativement discret ces 10 dernières années !

Parlant du loup, le voilà enfin de retour sur scène, vêtu d’une pieuvre en peluche mauve, perruque platine et cornet de glace vissés sur le crâne. Vous l’avez reconnue, n’est-ce pas ? Perform this Way, parodie de Born this Way de Lady Gaga sortie en 2011. Puis Al disparaît de nouveau. Et il le fera très souvent au cours de la soirée, le temps d’aller se déguiser et de surprendre son public qui en redemande. Défilent des extraits de « l’oeuvre » de Yancovik.

Par moments, on croirait à une tournée d’adieu où le roi de la parodie pop nous livrerait un concentré corsé de ses hauts faits d’armes. Dans ces extraits se trouvent d’hilarants montages d’entrevues avec Céline Dion, Eminem et Michael Stipe de REM, ainsi qu’une scène jubilatoire de Whiplash où s’affrontent J.K. Simmons et Yankovic. Certes, ces intermèdes plombent un peu le rythme, mais plusieurs de ces clips valent d’être (re)vus.

Mélange des genres

Et Al revient enfin pour chanter Dare to Be Stupid à la manière de Devo ; les anciens fans de new wave rigolent. C’est pourtant au retour de la pause, une autre !, que le public se déchaîne tout à fait : vêtu d’un fat suit, le voilà qui reprend Fat, bientôt rejoint par le… père Noël. S’ensuivent Foil (Royals de Lorde) et, encore une fois, la foule se soulève avec Smells like Nirvana, gargarisme inclus ! Décidément, il est en forme, le bonhomme. Dès lors, « Weird Al » se fait plus énergique. Secondé par son solide band, il amorce avec aplomb Handy avant de se lancer dans un autre pot-pourri où il écorche avec bonheur Billy Joel, Red Hot Chili Peppers, Queen, Imagine Dragons et les Back Street Boys. Personne n’échappe au vilain Al…

Tout de blanc vêtu, Yankovic remonte sur scène et enfile sur le mode jazz ses vieux tubes : Eat It (Beat It de Michael Jackson), I Lost on Jeopardy (Jeapordy du Greg Kinh Band), I Love Rocky Road (I Love Rock’n Roll de Joan Jett) et Like a Surgeon (Like a Virgin, parodie que la Madonne en personne aurait demandé à Yankovic). S’il en restait encore quelques-uns à bouder leur plaisir, ils ont craqué à cet instant même.

Ne voulant pas laisser son public sur sa faim, Yankovic lui sert alors son grand hit White Nerdy (Ridin’ Dirty de Chamillionnaire), le jouissif Word Crimes et, enfin !, Amish Paradise. En guise de rappel, reprenant son accordéon, il nous quitte avec Yoda (Lola de The Kinks) au cours de laquelle il se livre à des acrobaties vocales des plus étonnantes avant de lancer un tonitruant « Thank you Montreal ! I love you all ! » Et Montréal t’aime, Al.

«Weird Al» Yankovic en quelques chiffres

30 ans de carrière

14 albums

12 millions d’albums vendus 

4 disques d’or et 4 disques platine aux États-Unis 

5 disques d’or, 2 disques platine et 1 disque double platine au Canada 

4 prix Grammy : Eat It (Best Comedy Recording 1984), Fat (Best Concept Music Video 1988), Poodle Hat (Best Comedy Album 2003), Mandatory Fun (Best Comedy Album 2014)

3 apparitions dans la franchise Naked Gun 

1 documentaire à son sujet, The Compleat Al de Jay Levey et Robert W. Keiss (1985)

1 seul premier rôle au cinéma dans UHF de Jay Levey (1989)

« Weird Al » Yankovic : The Mandatory World Tour