La palme aux Foo Fighters malgré tout

Keith Urban n’a pas attiré que des amateurs de country lors de son spectacle au FEQ.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Keith Urban n’a pas attiré que des amateurs de country lors de son spectacle au FEQ.

Le concert avorté des Foo Fighters a beau n’avoir duré que 20 minutes, il remporte la palme des événements du Festival d’été 2015 (FEQ), selon le directeur de la programmation, Louis Bellavance.

« La palme d’or, c’est sans contredit, pour moi, les Foo Fighters. Ces 20 minutes-là vont marquer tous ceux qui les ont vus. Ç’a été un grand spectacle. Court mais absolument phénoménal, magique. Le courage de ces gars-là, qui auraient pu ne pas monter sur scène […]. Ce qu’ils nous ont livré là, c’est de la magie », a déclaré M. Bellavance lors de la conférence de presse bilan tenue lundi matin.

Le 11 juillet, un orage particulièrement violent avait forcé l’organisation à interrompre le concert très attendu des Foo Fighters sur les Plaines.

On craignait pour la sécurité du public et pour le chanteur Dave Grohl, qui a tellement été mouillé par la pluie qu’on craignait que les points de suture de sa blessure à la jambe ne finissent par s’ouvrir.

Le directeur, Daniel Gélinas, a par ailleurs louangé les spectateurs qui ont quitté le site « avec discipline », alors qu’ailleurs ce genre de déception aurait pu déclencher une émeute.

Ironiquement, l’incident aura permis au FEQ de bénéficier d’une visibilité internationale accrue, étant donné l’intérêt médiatique pour les déboires récents du groupe. Interrogé sur la possibilité de ramener le groupe à Québec, Louis Bellavance a rétorqué qu’il fallait « le demander à eux », mais qu’il était « intéressé ».

Succès commercial

Malgré la baisse des revenus en ventes de bière qu’a pu occasionner cette soirée, Daniel Gélinas a affirmé que les ventes de bière avaient été à la hauteur des attentes et que le nombre des laissez-passer vendus avait crû par rapport à 2014. Les 150 000 n’ont pas tous été écoulés, mais ce n’était pas l’objectif du FEQ de toute façon, puisqu’on tient à ce que les touristes de passage puissent s’en procurer durant l’événement, a-t-il expliqué.

À la lumière de ces bonnes nouvelles, M. Gélinas a l’intention de maintenir la hausse dans le budget de programmation qu’avait causée cette année la venue des Stones (+ 25 %). Selon nos estimations, les cachets s’élèveraient à 10 millions de dollars sur les 24 millions du budget total.

Ravi par la prestation des Stones, Louis Bellavance a souligné que Keith Richards était « dans une forme inespérée » et « qu’ils nous en ont donné pour notre argent ». Il s’est réjoui également du succès de Patrick Watson. La venue de cet artiste de l’intime sur le grand site des Plaines constituait un pari risqué, a-t-il dit.

Patrick Bruel a, selon ses dires, vécu « un des grands moments de sa carrière » et le directeur de tournée de Keith Urban a écrit à l’équipe du FEQ pour lui dire qu’elle surpassait Glastonburry et Bonnarroo en qualité.

Concernant M. Urban, les organisateurs ne se disent pas prêts à garantir une soirée country l’an prochain, en dépit du succès de la soirée. « C’est l’occasion [de la disponibilité de Keith Urban] qui a fait le larron », ont-ils expliqué, signalant que le concert n’avait pas seulement attiré des amateurs de country mais beaucoup de curieux.

À ce titre, Daniel Gélinas a réitéré que la formule du laissez-passer était « la meilleure au monde » justement parce qu’elle permettait à l’événement de garantir aux artistes des foules même lorsque leur base de fans dans la ville est limitée. Ce modèle d’affaires doit, selon lui, être protégé contre des formules de partage comme celui de l’entreprise Shareapass. « Je ne suis pas d’accord avec le fait qu’on commercialise le laissez-passer dans une deuxième étape. »

Enfin, en ce qui a trait à la censure imposée par un nombre grandissant d’artistes aux photographes, les gens du FEQ ont dit ne pas pouvoir faire grand-chose. « Il faut choisir nos batailles, a résumé Louis Bellavance. Essayer de combattre ça, c’est peine perdue. »

Selon lui, il est impensable d’intégrer ce genre de considérations dans les négociations de contrats, mais la directrice des communications, Lucie Tremblay, a dit qu’elle essayait presque toujours de convaincre les équipes de tournée de changer d’idée une fois à Québec. « On essaie, mais souvent on ne peut rien faire. »