Un dernier dimanche aux Nuits d’Afrique

Les artistes d'Afrique en Cirque, avec les productions Kalabanté
Photo: Guy Labissonnière pour Nuits d’Afrique Les artistes d'Afrique en Cirque, avec les productions Kalabanté

Dimanche au Parterre du Quartier des spectacles, les artistes se produisaient une dernière fois avant le party de la fin du festival. C’était la dernière journée avant le lancement des célébrations du 30e anniversaire. Phénomène étonnant : toute la journée était consacrée à des créateurs locaux, preuve de la richesse de la musique faite ici. La soirée fut offerte sous le signe de l’éclectisme, bien que le mouvement et les acrobaties qui accompagnent les sons et les rythmes en furent le point commun.

La Gypsy Kumbia Orchestra

 

18 h 40, tout commence sous le signe de la fête avec la Gypsy Kumbia Orchestra. Un big band véritable qui fusionne, ou plutôt qui crée une nouvelle musique à partir de la culture afro-colombienne et de celle des Roms de l’Europe de l’Est. On nous avait avertis que l’on aurait droit au « Power Full Show » et on ne s’est pas trompé. Un groupe complet, super-créatif, qui mélange la musique, les costumes, la danse, le théâtre, la poésie et des éléments de cirque. La musique de la Gypsy est de plus en plus celle de la Gypsy et non plus seulement celles de la Colombie ou de l’Europe de l’Est. Tout est intégré : la violoniste danse avec les danseuses, les solistes bougent avec l’ensemble des autres musiciens au sein de chorégraphies préparées. L’esprit est à la folie et à la libertad, alors que l’animateur Juan Sebastian Mejia réserve beaucoup de surprises entre les pièces. La danse est souvent contemporaine, intégrant toutes les cultures du groupe et des éléments africains ou autres. C’était aussi quasiment le carnaval du village avec ces cuivres, ces percussions, cette clarinette, ce violon et cet accordéon. On en a redemandé, mais ce sera partie remise. Vivement le premier disque complet, prévu en septembre, pour ce grand groupe.

Salamate Gnawa

 

Puis ce fut la guérison avec Salamate Gnawa, autre très bon groupe montréalais qui chante et danse à l’enseigne du gnawa des confréries marocaines. Au début du spectacle, cinq chanteurs et le leader Rachid Salamate nous plongent dans la facette traditionnelle du genre. Salamate a appris chez un vrai, Hmida Boussou, et cela parait dans la musique : battements au guimbri, appels et réponses, en plus de la danse qui incluait également des acrobaties. Il pleuvait depuis 17 h, mais l’orage annoncé n’a pas eu lieu. Après vint minutes de rituels adaptés pour la scène, on ajoute six autres musiciens : trois joueurs cuivre, une violoniste, un batteur et un claviériste pour un acte de fusion. Les premières notes du saxophoniste rappellent Gato Barbieri avec ces longues notes et cette lenteur en guise d’intro. Mais le tempo changera, on reviendra au gnawa et ce sera plus jazz. L’idée est excellente d’autant que l’on sent une forte présence dans les deux pôles : beaucoup de chant, de réponses et de guimbri vibrant d’un côté ; un fort jazz de l’autre, et tout cela bien intégré.

Afrique en cirque

 

Ce devait être le clou de la soirée avec un spectacle conçu pour les Nuits d’Afrique et de nouvelles chorégraphies. Ces artistes sont spectaculaires au possible. On a pu le voir à l’heure du souper lors des dernières années et pour la première fois, ils étaient programmés à la fin de la soirée. À cause de la météo, le Parterre était rempli à moitié, mais cela n’a pas nui à l’ambiance. Ici encore, un saxophone aux longues lignes lentes se pose sur la batterie avant qu’une chanteuse ne lance ses premières notes envoûtantes. L’action finit par s’installer : une sorte de grand oiseau humain apparaît, des gens masqués font des gestes presque au ralenti et d’autres commencent les culbutes au sol. Ils se lanceront dans les airs en tournant sur eux-mêmes à deux mètres de hauteur. Puis une dizaine de danseuses apparaissent. Les culbutes des autres sont hautes et rapides. On monte les uns sur les autres, toujours en bougeant au son de la musique. On atteindra au moins trois étages, avant qu’un koriste ne s’amène. Il faut rentrer, mais on peut facilement supposer que le reste fut à l’avenant et que les gens aient apprécié. À chaque numéro, ils paraissaient impressionnés.

En après-midi

 

Des ateliers fort intéressants sur le balafon et le berimbau ont permis à la petite foule d’attendre les concerts. Quant aux artistes, on a d’abord pu découvrir le reggae pop de Newdayz et la belle voix de soul de la chanteuse Nodly Dayz. Le groupe a fini par embraquer les spectateurs qui dansaient sous le ciel noir. Puis, ce fut l’affaire de Moto de Kapia qui proposait la musique de son Kasaï natal en RDC. Ici, on rappelle la rumba, mais avec une batterie frappée carrée et une guitare qui roule et dont les accents peuvent parfois faire penser au soukous. On donne aussi dans l’acrobatie et on joue littéralement avec le feu avec un chanteur-animateur-danseur costumé et déguisé. Ce groupe a précédé Javi Mendez Y Sy Sandunga. Mendez chante et danse en offrant un cocktail de salsa, de reggae-salsa, de merengue et de plusieurs styles de la même grande famille. La formule acoustique de ce concert n’a toutefois pas permis d’aller vers le reggaeton que le groupe peut aussi interpréter.

En somme, une dernière journée sous le signe de l’éclectisme, avant le prochain épisode : le retour de Youssou N’Dour le 12 novembre à l’Olympia.



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