La danse, l’écoute et la diversité

Black Umfolosi du Zimbabwe, avec leurs harmonies déroutantes, leur gospel de la délivrance et leurs chorégraphies dans les chants
Photo: Source Nuits d’Afrique Black Umfolosi du Zimbabwe, avec leurs harmonies déroutantes, leur gospel de la délivrance et leurs chorégraphies dans les chants

« Quand l’Afrique chante, tout le monde danse », a-t-on entendu encore cette année. Et parfois, quand elle joue, on écoute, pourrait-on ajouter. Car cela reflète bien la 29e édition des Nuits d’Afrique qui s’est terminée dimanche. Ce fut aussi l’année de l’Amérique latine et de l’implantation des tendances plus urbaines.

Le moment des voix généreuses — Black Umfolosi au Gésù, puis H’Sao au théâtre Fairmont. Les uns du Zimbabwe, leurs harmonies déroutantes, leur gospel de la délivrance et leurs chorégraphies dans les chants ; les autres, de Montréal et du Tchad, tous quatre assis autour d’une calebasse, en plus chanson, en plus urbain aussi. Une soirée magique !

Le moment de la kora — Les solos de Diely Mori Toukara et de Djeli Moussa Diawara. Avec Diely Mori, c’étaient les notes qui roulent, les douces vagues et la musique sans les histoires qui viennent avec elle. Avec son grand frère de la soirée, c’étaient les notes qui volent sur les samples, l’homme-orchestre et le fort chant. Le lien entre les deux : un climat de paix.

Le moment le plus frustrant — Manquer Shoubou. On avait le choix de la couverture : d’un côté, le très bel afro soul de Veeby et les ondes excitantes d’Ondatrópica, de l’autre, le Grand Méchant Zouk et cette rencontre prévue entre Kassav’ et le chanteur de Tabou Combo. On choisit la deuxième option : le concert est excitant, mais, tombée oblige, on doit sortir avant l’entrée en scène du chanteur haïtien.

Le moment du changement de public « Montréalise tes rêves », avait clamé la Rue Kétanou, devant le parterre bondé de cousins. Le concert se termine dans la frénésie, c’est la ruée, les Français restent, les Chiliens prennent possession des lieux, on poussaille un peu, joyeusement, avec les enfants près de la clôture et les petits drapeaux bien soulevés, en criant « Viva Chile ! » pendant l’excellent DJ set de Stefie Shock. Les Français demeurent et la fiesta de Chico Trujillo peut démarrer.

Le moment du feu incessant — Chico Trujillo avec sa cumbia rockera, percussive ou plus aérienne, le punk sous la flûte andine, ses rappels à Inti Illimani, sa puissante fanfare dans le chant mélodieux, les effets parfois électros et même le boléro romantique. « Arriba Montreal ! », a crié le chanteur.

Le moment des Amériques profondes — Akawui. De la cordillère des Andes à la Grande Tortue, du Brésil au panthéon yoruba, à la chanson latina et aux impros plus jazz, le Montréalais disait qui il était en établissant les connexions essentielles entre les Amériques.

Le moment du balafon — Adama Daou. L’instrument est mélodique et rythmique ; Adama le frappe, le fait gronder, crée des vagues répétitives, des accélérations, des moments de furie, des fins en douce. Cela devient même parfois comme une méditation animée.

Le moment de danser les mots — Awa Sangho. Elle danse en chantant et ses chorégraphies sont collées aux textes, contre l’excision et pour la valorisation de l’être humain. « Je suis prête à m’envoler », a-t-elle dit, avant de prendre son plus gros élan.

Le moment de la voix en mitraille — Admiral T. Il a refait le coup du flot superrapide en posant la grosse voix sur le gros son et sur le dancehall et le reggae créole, en faisant aussi des clins d’oeil à la soul, au konpa, au ragga et plus encore. En prime, le mouvement énergique.

Le moment de saluer — Zebda, Bongeziwe Mabandla, Famalé, Bombolessé, Patrice, Los Van Van et des artistes malheureusement loupés comme Samito, Veeby, Maya Kamaty et Ondatrópica.