L’amplitude faite reine

Patrick Watson
Photo: Francis Vachon Le Devoir Patrick Watson

On peut avoir un gros budget, la scène des Plaines d’Abraham, une vingtaine de musiciens — cuivres, cordes, choristes — prêts à tout donner, et vouloir quand même ne pas vouloir tout pousser dans le tapis pendant deux heures. Vendredi soir, Patrick Watson a choisi d’exploiter toute l’amplitude possible de ses chansons folk rock.

Très vite, les inquiétudes au sujet de cette soirée ont été évacuées. Y aurait-il foule ? L’espace serait-il trop vaste, trop flou pour sa musique intimiste ? Niet, nada.

Non, Patrick Watson a exploité toutes les tranches d’énergie possible dans ce spectacle où ont dominé les chansons de son dernier disque, Love Songs for Robots. Du tout petit, de l’intime ? Pourquoi pas, malgré les Plaines ! C’était ce genre de moment pendant Words in the Fire, jouée à cinq autour du même micro, mais avec une seule guitare — celle de Joe Grass.

Du gigantesque ? Oh, il y en a eu aussi pendant Adventures in Your Own Backyard. La scène devait plier sous le poids de tous les musiciens qui étaient sur scène. Il n’y avait au début qu’une toute petite guitare grattée gentiment, puis une voix d’ange derrière est apparue, et le batteur Robbie Kuster qui frappait l’anneau de ses tambours pour imiter le cheval qui galope. Ensuite la guitare « morriconienne » a fait soulever le vent, et puis le choeur a soufflé encore plus fort. Et il manquait encore les cuivres, les cordes, bref, c’était toute la cavalerie qui nous faisait avancer à toute allure dans le désert. On pouvait presque voir les vallées désertiques et entendre les coups de fusil.

De l’amplitude linguistique ? Aussi ! Watson, a offert Je te laisserai des mots, où les cordes ont porté cette rare balade en français jouée au piano, avant que Robert Charlebois ne se joigne à lui au micro. Le vieux Garou n’est pas reparti tout de suite après, offrant au public une version de Lindbergh orchestrale, en duo avec Watson. Le genre de moment dont les festivaliers vont parler encore longtemps.

Les Barr Brothers, en totale harmonie

En ouverture de soirée, le pairage était parfait avec les excellents Barr Brothers, autres maîtres du folk rock anglo-montréalais. Tout était dans l’amplitude, là aussi. Du très petit au très grand, du lent au frénétique.

Oscilla, en ouverture, avait un petit quelque chose d’un bourdon, d’une note fixe autour de laquelle dansaient les instruments. Douce, riche, elle inscrivait l’amplitude minimale de leur performance. Au sommet du spectre ? Probablement Half Crazy, pendant laquelle la harpiste Sarah Pagé a mené (et peut-être gagné) un duel contre le guitariste et chanteur Brad Barr dans cette pièce rock qui s’est terminée par un solo blues mordant.

Entre les deux, les Barr Brothers ont navigué avec une aisance désarmante. Ils ont poussé dans les textures chaleureuses sur How the Heroin Dies (qui avait tout d’une chanson de Leonard Cohen), imité la pluie sur une Beggar in the Morning dégarnie, fait soulever la poussière avec des riffs de guitare très africains, et plongé dans le psychédélisme en fin de parcours avec une reprise de Shine on You Crazy Diamond de Pink Floyd. Là, les Barr Brothers ont épaté, respectant l’esprit original de la chanson, mais intégrant au fur et à mesure leur propre touche.