Les Rednecks déchaînent les passions

Quebec Redneck Bluegrass Project
Photo: Francis Vachon Le Devoir Quebec Redneck Bluegrass Project

L’Impérial a tremblé, vendredi soir, et ce n’est pas parce que les gars de Quebec Redneck Bluegrass Project (QRBP) jouaient trop fort. Le séisme a été causé par les cris de leurs fans complètement survoltés.

Première observation : les gars de QRBP font l’objet d’un culte impressionnant et très personnalisé. Chaque fois que le chanteur s’arrête pour prendre une gorgée de bière sur scène, ça crie comme les adolescentes à l’arrivée des Beatles sur le continent.

Dans la salle de L’Impérial, vendredi, on a eu droit à des slams déchaînés, le mot « brosse » a été prononcé au moins 1000 fois et le violoniste a prouvé qu’on pouvait jouer de son instrument debout sur une contrebasse.

Les cinq gars font du bluegrass très québécois qui n’est pas sans rappeler des groupes irlandais comme les Pogues. QRBP fait aussi beaucoup penser à Plume Latraverse par ses mélodies, ses paroles et la voix très typée du chanteur et compositeur Jean-Philippe Tremblay.

Deuxième observation : ils parlent encore plus d’abus d’alcool que Plume. Oui, c’est possible. Avec des chansons aux titres comme Le coeur sur la main, le foie dans l’autre, le message est sans ambiguïté.

Sur scène, les cinq gars déballent leur spectacle avec une énergie féroce. L’instrumentation est assez riche, avec du banjo, une mandoline et l’harmonica en plus du trio de base guitare-basse-violon. Habitués aux longues tournées, ils maîtrisent leur art à la perfection en présentant un chaos quasiment chorégraphié. Ça va vite, ça fait du bruit, on ne distingue pas bien les paroles, mais ce n’est pas grave. Les gars dansent comme des clowns, c’est drôle, c’est la fête et personne ne se prend au sérieux.

Troisième observation : on ne fait pas ici dans la routine. Le gars au banjo a failli se casser la gueule en essayant de sauter en bas d’un des anciens balcons sur le côté de la salle, mais ça non plus ce n’était pas grave. Dans le genre, tout ça donne une expérience assez impeccable.

À l’extérieur, la file d’attente semblait sans fin et les gens qui faisaient le pied de grue n’étaient clairement pas tous là pour Lisa Leblanc, qui suivait. Au rythme où vont les choses, le Festival pourra bientôt les embaucher sur une salle extérieure avec la certitude de remplir le site. Et sans s’inquiéter pour ses ventes de bière.

Lise Leblanc n’en revient pas

« Lisa ! Lisa ! Lisa ! » Lisa Leblanc aussi a eu droit à un accueil incroyable pour sa prestation à L’Impérial. Après trois chansons, c’était l’extase collective. On croyait avoir assisté au plus gros délire de fans de l’histoire de la Terre avec Quebec Redneck Bluegrass Project. Eh non.

Leblanc elle-même n’en revenait pas, visiblement. « On dirait que je suis un peu speechless right now [sic]. Je capote. » À court de mots, elle a décidé de recommencer à chanter.

Il y avait certainement quelque chose d’ironique à la voir interpréter avec fougue « Je suis rendue plate à mourir » dans la chanson Cerveau ramolli. Il n’y décidément rien de « plate » chez elle.

La nouvelle mouture de son spectacle donne une belle place au quatuor vocal masculin Quartom. Signalons l’introduction du spectacle et de superbes harmonies sur une version sinon dépouillée de Kraft Dinner.

Très rock, voire pesant par moments, son spectacle révèle aussi l’unité d’un groupe qui a accouché d’arrangements très réussis au fil des tournées. La chanson Katie Cruel de son nouveau minialbum en anglais (2014) est particulièrement réussie. On est clairement dans une ambiance cinéma western qui suggère que tout n’a peut-être pas été fait sur ce front ces dernières années.