Mark Berube, le désir persistant de se transformer

Depuis le mois de septembre, le pianiste et guitariste Berube a posé ses pénates en Allemagne avec sa complice musicienne Kristina Koropecki.
Photo: FEQ Depuis le mois de septembre, le pianiste et guitariste Berube a posé ses pénates en Allemagne avec sa complice musicienne Kristina Koropecki.

Presque deux ans et 120 concerts plus tard, l’auteur-compositeur-interprète Mark Berube clôt pratiquement l’aventure musicale de son quatrième disque, Russian Dolls, avec une tournée québécoise qui se termine dimanche au Festival d’été de Québec.

C’est pourtant à Berlin qu’on le rejoint au bout de la connexion Internet pour parler de Russian Dolls. C’est que depuis le mois de septembre, le pianiste et guitariste Berube a posé ses pénates en Allemagne avec sa complice musicienne Kristina Koropecki, ainsi que leurs enfants. Un choix pour sa carrière ? Pour la tournée européenne ? Non, plutôt pour l’école : Berube a décidé de se lancer dans une maîtrise en littérature.

« L’écriture, c’est un monde qui m’intéresse, nous raconte-t-il avec un tout petit accent anglais. J’adore l’oeuvre de l’écrivain sud-africain Coetzee, ça se peut que je fasse mon mémoire à partir de ce qu’il fait. Je pense que ça va parler un peu — c’est peut-être trop académique pour l’entrevue ! — de la vulnérabilité qui pourrait être prise comme une force au lieu d’une faiblesse. Surtout dans la transformation de quelqu’un dans une histoire. » Berube évoque l’apartheid et ce qui s’en est suivi, pour le pays, mais aussi dans la vie quotidienne des gens.

Russian Dolls, justement, révélait un musicien remodelé. Dans le design moderne de sa pochette, mais aussi dans son folk-rock chanté en anglais, où la guitare a pris plus de place. La transformation, justement, il l’a vécue consciemment ? « Oui ! Ouais. Oui… dit-il avant de réfléchir une seconde. Déjà, la guitare électrique, c’était pas mal nouveau pour moi. Et les claviers ! Il y en avait pas mal plus. On a mélangé le son du Wurlitzer avec un son de piano, mais un Wurli passé dans un ampli pour orgue, avec de la disto… »

 

Des structures faites pour durer

Mais la vraie transformation, celle profonde, s’est faite en studio avec le réalisateur Jace Lasek, musicien avec le groupe The Besnard Lakes, mais aussi manitou du réputé studio Breakglass, à Montréal. « Jace nous a aidés à amener les chansons vraiment ailleurs, raconte Berube, né d’une mère manitobaine et d’un père québécois. Ça, c’était une expérience très importante pour moi, comme auteur-compositeur-interprète. Ça m’a forcé à arranger et amener les chansons dans un univers que je n’avais pas vraiment exploré avec les albums précédents. Ce que j’ai appris pendant l’enregistrement de l’album, ça va m’aider à long terme comme musicien. »

Berube et Lasek n’ont pas que bossé sur les sons, mais sur les formes des chansons, afin de leur permettre d’être plus fortes à long terme. « Des fois, on compose une chanson, et après six mois, on se rend compte qu’on aurait dû faire ça différemment. Sauf que la chanson est déjà sur l’album !Avec Jace, on est allés dans la cinquième, dans la sixième version. Il fallait toujours pousser. Carnival, par exemple, elle a pris un an de composition pour la rendre jusqu’à sa version finale. Et je vois les résultats de ça avec les 120 shows [qu’on a donnés pour la tournée de Russian Dolls], parce que je n’ai pas eu un doute par rapport à la structure des chansons. Et j’avoue que ça arrive avec des morceaux des anciens albums. »

 

Jouer sur la durée

Mark Berube ne part pas sur la route toute l’année, ayant fait le choix de passer plus de temps à la maison en famille. Il est d’ailleurs professeur d’anglais quand il ne porte pas son chapeau de musicien. C’est peut-être cette vie à deux volets qui fait qu’il ne déteste pas le côté parfois redondant des spectacles, où il faut jouer les mêmes chansons des dizaines et des dizaines de fois.

« Mon point de référence par rapport à ça, c’est l’exemple de Broadway. Pas pour le côté esthétique, mais parce que pendant une production, tu dois faire souvent 250 fois le même show, et il faut que chaque soir tu montes sur scène, que tu sois le propriétaire de la chanson, des mots que tu vas dire. À mon avis, c’est un art à part. Et pour moi, il faut me rappeler chaque fois la raison pour laquelle j’ai composé la chanson. C’est difficile après la 4e fois, après la 120e fois. Mais ça rend la chanson plus enracinée en soi, plus forte aussi, on y découvre des choses si on y est fidèle et si on l’écoute vraiment. »

 

La suite minimaliste

Répéter les mêmes chansons, c’est bien, mais en créer des nouvelles, c’est pas mal non plus. Mark Berube a déjà lancé ses lignes à l’eau, et quelques titres se sont déjà montré le bout du nez à la surface. « Je remarque qu’elles sont plus minimalistes. Avec Russian Dolls, on a tout lancé dans les chansons, même si à la fin, on a fini par en enlever un peu. Là, les nouvelles sont plus épurées, je dirais même que je retrouve mes racines un peu plus folks, et moins celles branchées dans les amplis. »

Berube mène donc son petit bonhomme de chemin, sans trop savoir s’il reviendra au Québec après ses études, même s’il a gardé un appartement à Montréal. Et ce n’est pas qu’il manque d’ambition, mais ce qu’il possède et ce qu’il vit le contente. « Honnêtement, ma carrière à ce jour a toujours été dans les périphéries, jamais au centre du volcan, où ça explose. Et je suis complètement à l’aise avec ça. Avec chaque album, chaque tournée, ça avance un petit peu. Je le vois comme un succès. »

 

Notre journaliste est hébergé par le Festival d’été de Québec