Martin Helmchen en récital: une denrée rare!

«Depuis peu, j’accompagne aussi des chanteurs. C’est le plaisir suprême», affirme le pianiste Martin Helmchen, qui a diverses activités, mais trouve difficile d’intégrer les récitals à son horaire.
Photo: Marco Borggreve «Depuis peu, j’accompagne aussi des chanteurs. C’est le plaisir suprême», affirme le pianiste Martin Helmchen, qui a diverses activités, mais trouve difficile d’intégrer les récitals à son horaire.

Le pianiste allemand Martin Helmchen, 33 ans, donnera jeudi son premier concert au Québec : un récital dans le cadre du Festival du Centre d’arts Orford.

Le nom de Martin Helmchen n’est pas inconnu pour les fidèles lecteurs du Devoir. Depuis 2009, nous vous présentons régulièrement ses parutions discographiques sur étiquette Pentatone.

Helmchen s’était fait remarquer dès son premier disque, les Concertos n° 13 et 24 de Mozart, assez brutalement accompagnés par Gordan Nikolic, hélas. L’essai fut transformé dès son opus deux : une superbe Sonate D. 959 de Schubert. J’écrivais alors : « Artiste fin et raisonnable, qui sait mettre Schubert avant son ego, Helmchen confirme dans les Moments musicaux qu’on devra le considérer dans un proche futur comme l’un des plus intéressants pianistes germaniques de la relève. » Une anthologie de référence des oeuvres pour violon et piano de Schubert avec Julia Fischer a, depuis, enfoncé le clou.

La prédiction s’est aussi avérée, désormais, sur les plus grandes scènes de la planète. Il n’y avait pas vraiment de mérite à prévoir cela. En effet, Martin Helmchen a été repéré en remportant le concours Clara-Haskil à Vevey en 2001, une compétition qui a historiquement démontré un flair particulier pour les vrais interprètes. Le Clara-Haskil avait révélé auparavant Steven Osborne, Mihaela Ursuleasa et Till Fellner. Helmchen est en quelque sorte un cousin pianistique de Fellner, avec une même subtilité, et, a priori, le même répertoire.

Une vaste palette

Ce sont là les apparences, car si Fellner est effectivement plutôt cantonné à Bach, Mozart, Beethoven et Schubert — on l’a vu à Montréal s’égarer dans Gaspard de la nuit de Ravel et ce n’était pas jojo ! —, Helmchen cultive bien d’autres intérêts.

Mine de rien, il a déjà enregistré le Concerto pour piano de Dvorak (avec Marc Albrecht, chez Pentatone), la Symphonie sur un chant montagnard français de Vincent d’Indy (avec Marek Janowski, chez Pentatone) et les deux Concertos pour piano de Chostakovitch, avec le grand Vladimir Jurowski pour l’étiquette LPO de l’Orchestre symphonique de Londres.

Les programmes de ses rares récitals attestent, certes, un tropisme pour les grands classiques viennois. À Orford, jeudi, il proposera des variations de Schubert, Schumann et Webern, un menu raffiné culminant avec les fameuses Variations Diabelli de Beethoven. « En concerto, on me demande surtout Mozart, Beethoven et Schumann », dit au Devoir celui qui a débuté dans ce monde du concerto avec le Philharmonique de Vienne et Valery Gergiev dans le concerto de Schumann en 2006 à Lucerne. « J’aimerais jouer davantage Brahms, mais les organisateurs de concerts semblent penser que Brahms doit être confié à des pianistes plus âgés ! » déplore le pianiste.

Plus surprenant pour un tel profil, Helmchen semble avoir une passion cachée pour les compositeurs russes : « J’ai enregistré Chostakovitch, j’ai aimé jouer le 2e Concerto de Tchaïkovski et j’adore le 2e de Prokofiev. » « Je devrais quand même jouer un jour les concertos de Chopin, que j’adore. C’est presque un scandale de ne les avoir jamais faits ! » ajoute Helmchen.

Couple musicien

Les concerts avec orchestre, prépondérants, ne sont qu’une facette des activités de Martin Helmchen. À bien y regarder, on constate qu’il a à son actif la version de référence moderne du Quintette « La Truite » de Schubert, enregistrée avec Christian Tetzlaff, Antoine Tamestit, Marie-Elisabeth Hecker et Alois Posch (Pentatone, 2009).

La violoncelliste Marie-Elisabeth Hecker est devenue son épouse. Tous deux, au Festival de Marlboro en ce moment, se sont déjà produits ensemble à Vancouver et dans sa région. « Nous venons d’enregistrer notre second CD. Il est vrai que le premier, le Quintette “La Truite”, me plaît beaucoup. » Martin Helmchen cite également les concertos de Mendelssohn, enregistrés avec Philippe Herreweghe, parmi ses disques dont il est fier.

En dépit de leur impact, Martin Helmchen ne pense pas que les enregistrements soient aujourd’hui « aussi importants qu’auparavant ». « Il y a beaucoup plus de moyens de se faire connaître : pensez à YouTube ou à tous les concerts auxquels vous pouvez avoir accès à travers les plateformes Internet des radios. Pour nous, musiciens, il n’en reste pas moins très important de documenter une oeuvre à un moment donné, après l’avoir côtoyée pendant plusieurs années. Un enregistrement est une sorte de bilan et, en plus, il permet d’avancer. » Car « une oeuvre que vous avez enregistrée, vous la jouez mieux ensuite au concert ».

Se produire seul, avec orchestre, en musique de chambre avec sa femme et en musique de chambre avec d’autres musiciens ne lui suffit pas. Helmchen vient d’ajouter une corde à son arc : « Depuis peu, j’accompagne aussi des chanteurs. C’est le plaisir suprême », affirme-t-il. Ses partenaires sont Juliane Banse, Dietrich Henschel et Matthias Goerne.

Le récital est au fond la denrée la plus rare chez lui, car la chose est difficile à caser dans son emploi du temps. « Cela me demande une préparation intense : il me faut deux semaines sans rien d’autre. C’est pour cela aussi que je n’ai qu’un programme par saison et que je regroupe les concerts. Je ne peux pas sortir un récital du chapeau ! »

Le programme présenté à Orford, juste avant Tokyo, est en route depuis avril 2015, mais il ne l’a joué que rarement. Nous serons des privilégiés.

https://www.youtube.com/watch?v=-W0V-DFXOy8

Trois disques pour découvrir Helmchen

Sonate D. 959 / Moments musicaux (Pentatone),

Quintette « La truite » (Pentatone),

L’oeuvre pour violon et piano, avec Julia Fischer (Pentatone).

Martin Helmchen. En concert.

Schubert, Webern, Schumann, Beethoven. Au Festival Orford, jeudi 23 juillet à 20 h.