Edward Sharpe comme à la maison

Edward Sharpe
Photo: Festival d'été de Québec Edward Sharpe

Houlala. Ceux qui ont décidé d’aller entendre Edward Sharpe The Magnetic Zeros mercredi à Québec ne l’ont pas regretté. Non seulement ils ont eu le luxe de voir et entendre quelque chose, mais en plus ils ont pu faire partie du spectacle.

Le chanteur Alex Ebert a a commencé le concert en lion avec un Man on Fire complètement déchaîné. Jusqu’au fond du site, on sentait des effluves d’encens. Ça venait à peine de commencer qu’il est descendu se promener parmi le public. La grande fête quoi. Ou la grand-messe.

Ebert a probablement passé le tiers du spectacle dans la foule, ou agenouillé devant la première rangée. Soit il demandait qu’on lui fasse des suggestions ou encore il commentait les tatouages des gens dans le public.

Il en profitait aussi pour filmer avec une caméra qui reproduisait le rendu sur le fond de la scène. Les projections montraient des prises déformées des lieux à la manière d’un kaléidoscope.

Tôt dans le spectacle, 40 Day Dream a été interprétée lentement, comme pour étirer le plaisir. Accompagné par une dizaine de musiciens, dont un vrai piano de bois, Alex Ebert faisait résonner sa voix grave très loin et elle semblait parfois envelopper tout l’espace.

Le grand moment interactif et a cappella de la soirée a démarré avec I Don’t Wanna Pray dans un style country-gospel de circonstance. Une femme dans le public a même chanté à la place d’Ebert étonnamment bien. La chanson Home a été un des moments forts de la soirée. Tout le parc de la Francophonie semblait alors connaître le refrain par coeur. Encouragé par le public, le chanteur a reconnu qu’il se sentait comme à la maison.

Par ailleurs, ceux qui comptent le voir à Osheaga en août ne doivent pas s’attendre à vivre exactement la même chose. Contrairement à la plupart des groupes, Sharpe et compagnie ne prévoient jamais ce qu’ils vont interpréter et chaque concert est littéralement unique.

Certes, ses nombreuses digressions de parcours ont failli nous faire perdre le fil, mais tout le monde le tenait très fort. L’expérience de ce groupe très particulier tenait du beau rêve éveillé.

À la fin, tout le monde est parti en pensant que le spectacle était terminé, puis le groupe est revenu à la surprise générale. On a donc vu les gens remplir le site à nouveau. Ebert et sa bande se sont assis à l’avant de la scène pour chanter Brother comme pour étirer le plaisir près du feu en gang avant d’aller dormir.

Wilderness of Manitoba et The Franklin Electric

Plus tôt, on a pu entendre The Wilderness of Manitoba qui ne vient pas du Manitoba mais de Toronto. Le groupe indie-folk s’appuie sur de riches compositions. La très accrocheuse Big Skies notamment a sa place dans toute compilation de voiture qui se respecte. Les harmonies des voix du chanteur Will Whitwham et sa partenaire Amanda Balsys sont superbes mais la finesse de la chose se perdait un peu dans la sonorisation. Dans l’ensemble, le groupe sonnait plus rock que ce à quoi on pouvait s’attendre, avec des guitares et une batterie très pesantes. Les nouvelles pièces qu’ils ont présentées — dont Easier — étaient au moins aussi intéressantes que les plus anciennes.

A suivi The Franklin Electric, groupe de l’auteur-compositeur-interprète montréalais John Matte. C’est la deuxième année qu’ils sont invités au Festival puisqu’on avait pu les entendre au Cercle l’an dernier dans le cadre de la série Apéro-Découverte. Le concert de mercredi soir a montré que la formation avait fait le plein de fans ces derniers mois. Ça hurlait pas mal fort dans les premières rangées. Leur prestation nous a permis aussi d’avoir un avant-goût du deuxième album qui doit sortir à l’hiver avec quatre nouvelles pièces qui donnent notamment une belle place aux cordes, dont la présence sur scène était un réel atout mercredi. Signalons aussi la prestance et l’énergie contagieuse de Matte qui se révèle un interprète généreux et attentif envers son public.