Awa Sangho, écrire, chanter et danser

Awa Sangho vient du blues, celui du désert au nord du Mali.
Photo: Nuits d’Afrique Awa Sangho vient du blues, celui du désert au nord du Mali.

On a connu cet artiste sensible avec les Go de Koteba, très beau duo qui avait développé l’art de l’équilibre, de la douceur et de la parole sensée sur une afropop qui mélangeait instruments traditionnels et urbains. La voici à nouveau dans une autre version, la sienne, grâce à la carrière solo qu’elle mène depuis qu’elle s’est installée à New York en 2011. Elle écrit, chante, danse, frappe le doundoun, joue le kalimba et la kora, compose ses musiques et monte ses propres chorégraphies. Ce mercredi au Balattou, elle offre le contenu d’Ala Ta, son premier disque à elle.

Et elle en porte large sur ses épaules : « Je ne sais pas s’il faut dire activiste, mais je suis pour le peuple, pour l’éducation, pour la voix de ceux qui n’en ont pas. Les enfants n’ont pas de voix, ils sont innocents. C’est nous qui leur disons jusqu’à ce qu’ils aient une voix. C’est pour ça que j’adore chanter, parce que je peux dire des messages que tout le monde peut comprendre. Il faut qu’on se réveille, que l’on continue de se battre pour les enfants, et contre l’excision pour apprécier la vraie valeur de nos familles. »

Le blues du Mali

Elle vient du blues, celui du désert au nord du Mali et parle le songhaï, la langue de feu Ali Farka Touré, autre homme de parole qui l’a conseillée jusqu’à la fin. Elle parle aussi le bambara, la langue majoritaire au Mali, et un peu de khassonké, en plus du français et de l’anglais. Elle peut donc dire en plusieurs idiomes et a reçu une forte formation pour le faire, à Abidjan, au sein de l’Ensemble Koteba, une école réputée de laquelle étaient issues les Go. Elle y a rencontré son mentor, le regretté Souleymane Koly. « Il est décédé le 1er août de l’an dernier. Il était psychologue, mais s’est investi corps et âme dans le grand art. Moi je pense que quand on croit à l’art, on croit à l’évolution de ce monde et à l’éducation des petits. »

Le maître de la parole offrait une formation complète en théâtre, danse, musique et chanson. « Tout va de soi, tout est incorporé sur la scène, s’exclame Awa Sangho. Quand je chante une chanson, j’ai envie que les gens sentent profondément ce que je dis. J’explique le titre, mais ils doivent comprendre l’émotion de ma voix. Je fais des mouvements, je chante, je danse et les gens captent sur-le-champ. Ils sont plus touchés parce qu’ils voient que je le joue, que je le chante et que je le danse. Par exemple, quand je parle d’excision, je fais une expression corporelle qu’on peut voir, je pleure, je demande à mes aïeux d’arrêter ça. Ça n’a jamais fait de bien. »

Tout coule

Dans Ala Ta, tout coule. La voix se déploie d’abord avec la flûte peuhle en arrière. Une sérénité apparaît dans un chant de louange aux parents. La flûte peuhle anime un blues très percuté. Puis, un folk intègre la kora. Des coups de guitare acoustique plus proches du rock annoncent la venue de Bassekou Kouyaté avec son n’goni. On lance des appels, un choeur ou un balafon répond. Dans un hommage à Ali Farka Touré, on revient dans les lenteurs et la profondeur de ce que l’on appelle le blues, avant de remonter le temps avec le n’djarka cette vielle malienne ancienne, et de conclure avec un élan vocal et une fin instrumentale en douceur.

Le réalisateur-percussionniste est Daniel Moreno, son mari. Il l’accompagne à la direction de l’orchestre qui interprétera principalement les chansons du disque, mais aussi d’autres compositions d’Awa Sangho : « Je chante l’éducation, la paix dans le monde, comment habiter ensemble parce que tout commence par cela. Si on veut avoir la paix, il faut qu’on commence par le bon voisinage. » Visiblement, Awa Sangho écrit, chante et danse pour la suite du monde.

Awa Sangho

Au Balattou, mercredi 15 juillet à 20 h 30. Renseignements : 514 845-5447.