Chico Trujillo, la fiesta après la dictature

Chico Trujillo, littéralement « petit truand », le groupe qui a redonné à la fête chilienne ses lettres de noblesse après la sécheresse culturelle des années Pinochet.
Photo: Source Nuits d’Afrique Chico Trujillo, littéralement « petit truand », le groupe qui a redonné à la fête chilienne ses lettres de noblesse après la sécheresse culturelle des années Pinochet.

Ce mercredi, les Nuits d’Afrique ouvrent leur village. C’est l’occasion de faire la fête à l’extérieur jusqu’à dimanche avec les musiciens, danseurs et acrobates qui offrent une pléiade de spectacles gratuits. Parmi eux, Chico Trujillo, littéralement « petit truand », le groupe qui a redonné à la fête chilienne ses lettres de noblesse après la sécheresse culturelle des années Pinochet. Place à la nueva cumbia chilena (ou cumbia chilombiana) mâtinée de fanfare, de musiques andines et mexicaines, de boléros, de salsa et de ska-reggae, mais aussi de punk et de hip-hop. Et sur une scène, le groupe possède la réputation d’être l’un des plus excitants de l’Amérique latine. À voir ce mercredi soir au Parterre du Quartier des spectacles.

« Le groupe renferme les éléments de la cumbia traditionnelle, mais en plus rockero », affirme Juan Gronemeyer, batteur-percussionniste et cofondateur de Chico Trujillo avec Tuto Vargas et le chanteur Aldo « Macha » Asenjo. « On a le format d’un groupe de rock avec des percussions latines et des cuivres qui donnent quelque chose de spécial. »

Gros son

Et comment ! Le disque Reina de Todas las Fiestas, le plus récent du groupe, fait découvrir de la fanfare qui lance de la chanson à répondre, du gros son avec du charango et d’autres instruments andins plus délicats, des moments de tambours exubérants, de la guitare tournoyante ou qui rappelle la chicha péruvienne, du chant à pleines gorges presque comme dans les champs, des influences de la ranchera mexicaine et même la reprise de la pièce Alturias d’Inti Illimani, digne représentant de la nueva cancion chilena, de l’époque de Salvador Allende.

« On aime beaucoup Inti Illimani, on a collaboré avec eux et le fils d’Horacio Salinas a fait partie de notre groupe, raconte Juan Gronemeyer. On interprète deux pièces de leur répertoire en plus cumbia, mais en maintenant l’essence et en intégrant des éléments andins. On fait cette recherche avec beaucoup de respect et d’affection. Patricio Quilodran, un de nos membres, joue d’ailleurs le charango, la zampoña et la quena. »

Il s’agit d’un clin d’oeil à la période prédictature, alors que le Chili avait généré un mouvement de chansons qui s’est exporté pendant la répression de Pinochet et l’exil de plusieurs artistes. Comment ceux de Chico Trujillo se situent-ils par rapport à cette époque trouble ? Réponse de Gronemeyer : « Nous participons à un mouvement de retour à la danse, parce que pendant les années du gouvernement militaire, c’était prohibé, mis au rancart. Nous vivons un réveil de la vie allègre et la cumbia est devenue le rythme officiel pour aller fêter. Cela apporte de l’air frais après tant de silence. Humblement, Chico Trujillo représente cette ouverture pour revenir à la fiesta, mais il s’agit de la fiesta consciente. Nos chansons présentent toujours un message, soit en appui aux Amérindiens mapuches ou aux professeurs qui travaillent dans des conditions injustes. »

Phénomène panaméricain, la cumbia est célébrée au Chili depuis les années 1960, alors que les groupes de sonora faisaient danser dans les mariages et autres fêtes sociales. Juan Gronemeyer en explique l’évolution : « C’était une cumbia élégante avec des groupes comme La Sonora del Rey et la Sonora del Giolito. Nous descendons de cela. Nous sommes un peu ceux qui ont relancé cette cumbia chilienne. » Mais en développant un caractère alternatif et plus flamboyant.

Quoi d’autre dans le village africain ? Admiral T, de retour après l’énergisant concert de l’an dernier ; Antibalas, parmi les pionniers de l’afrobeat américain ; Akawui, le lauréat du Syli d’or de cette année ; la Gypsy Kumbia Orchestra quelques mois avant la parution du premier disque et Bombolessé avec son petit nouveau, entre autres.


Chico Trujillo - Extraits de l'album «Reina de todas las fiestas»

Chico Trujillo

Au Parterre du Quartier des spectacles, mercredi 15 juillet à 21 h 30. Renseignements : 514 845-5447.