Le rap innovant et engagé de Run the Jewels

Run the Jewels en spectacle l’an dernier
Photo: Agence France-Presse Run the Jewels en spectacle l’an dernier

Le duo américain Run the Jewels, un des champions du hip-hop alternatif depuis 2012, fera escale mardi soir à L’Impérial de Québec, dans le cadre du Festival d’été de Québec. Leurs deux disques, mélangeant des sons plus rugueux à une tradition rap, leur ont valu de nombreux éloges par les plus grands médias culturels d’Amérique et d’Europe.

Run the Jewels, c’est la combinaison hétéroclite d’El-P, de son vrai nom Jaime Meline, un rappeur blanc new-yorkais plus expérimental, et de Killer Mike, né Michael Render, un Afro-Américain d’Atlanta qui a jadis été un proche du célèbre groupe Outkast. Un beau choc d’influences et de techniques, qui donne beaucoup à entendre dans leur musique.

Le groupe a lancé deux disques, tous deux offerts gratuitement en téléchargement. Récemment, le duo a annoncé qu’il animera une émission sur Beats 1, la radio Internet d’Apple Music. Ils se sont déjà présentés eux-mêmes comme un antidote à « la stupidité, à la violence et à l’arrogance » de certains rappeurs.

Plume acérée

Si, dans leurs paroles, ils avouent parler « de ce dont tous les rappeurs parlent », Run the Jewels a toutefois la plume bien acérée sur les questions sociales, surtout raciales. Les trop nombreux événements du genre qui ont ébranlé les États-Unis — Ferguson, Baltimore, Charleston — ont nourri leur réflexion et leur implication. À la fin du mois de juin, au festival Firefly, qui se déroule au Delaware, El-P s’est adressé à la foule en disant : « Bientôt, nous allons partir en tournée en Europe. Et nous n’aurons pas le choix de traîner avec nous cette arrogance ridicule et tragique que nous impose l’Amérique, peu importe où nous allons ».

Killer Mike n’a pas non plus la langue dans sa poche. Dans un récent entretien avec le Harvard Political Review, le rappeur disait ceci au sujet des manifestations dans les rues de Baltimore : « Prenons des gens qui vivent au bas de l’échelle économique, et mettons un baril de poudre qui prend de l’ampleur depuis 50 ans dans ce pays, et disons qu’il explose. Ce n’est pas joli, c’est laid, c’est primal, ce n’est pas logique, et ce n’est pas bien, mais ça arrive, et ça arrive parce qu’il y a une myriade de choses qui enlèvent de la dignité aux gens. Mais quand ça explose, on appelle ça tout de suite des émeutes, on appelle ces gens des voyous [thugs] et on les châtie au lieu d’essayer de comprendre ce qui s’est passé et de régler le problème. »

Bref, Run the Jewels s’occupe du fond comme de la forme, et sait aussi se faire amusant. L’affiche de leur prochaine tournée automnale, Jewel Runner, reprend l’imagerie du film Blade Runner. Et le groupe a même planifié, en parallèle de leur troisième tome musical à venir, le lancement de Meow the Jewels, une adaptation de leur second disque avec… des sons de chats. Bref, voici un groupe qui a du mordant.

Run the Jewels

Avec Eman X Vlooper et Loud Lary Ajust. À L’Impérial, mardi 14 juillet, dès 19 h 45.