Talents variés dans une soirée disparate

Dylan Perron
Photo: Francis Vachon Le Devoir Dylan Perron

Durant l'année, à travers concours et festivals, les bonzes du Festival d'été de Québec remettent des prix à une poignée d'artistes qui les ont impressionnés, leur offrant un spectacle dans le cadre du FEQ. Ils étaient rassemblés vendredi soir à la place d'Youville, démontrant chacun différents talents dans une soirée qui s'est avérée hétéroclite, voire disparate. D'abord plutôt folk et bluegrass, l'événement était clôturé par Salomé Leclerc, mais brouillé par le mur de son des Français de Last Train.

Nommée L'Espoir FEQ en 2014, Salomé Leclerc était donc la tête d'affiche de cette soirée des boursiers. La chanteuse a vraiment réinventé beaucoup de ses chansons sur scène, vendredi soir, leur donnant l'énergie parfaite pour l'exercice public sous les étoiles.

Leclerc et son groupe ont gardé le noyau brut folk-rock de leurs chansons, mais ils ont drapé le tout d'arrangements tout neufs. Ne reviens pas avait droit à un peu de bricolages électroniques et à des rythmiques presque rap — en partie grâce au batteur José Major et à des « claps » échantillonnés. Même chose pour Tourne encore, qui évoquait presque la manière de faire des Français de Fauve.

Les cuivres, présents sur disque, ont aussi trouvé une petite place, donnant un contrepoids organique aux pistes de synthétiseur un peu « spatiales », pour la plupart jouées par Philippe Brault. À l'aise dans ses présentations et dans ses mouvements sur scène, Salomé Leclerc a vraiment monté en grade depuis les dernières années, et sait fort bien défendre ses chansons inquiétantes mais envoûtantes. Mention spéciale à sa belle et fort différente version de Vingt ans, de Léo Ferré.

La bourrasque Last Train

Juste avant Salomé Leclerc, les jeunes Français de la formation Last Train, récompensés par le FEQ au Printemps de Bourges, ont décoiffé plusieurs spectateurs avec un rock lourd, saturé, où, finalement, tous les instruments étaient joués la pédale au plancher. Le tout était chanté en anglais, et le timbre de voix du meneur de la bande avait un quelque chose de Kurt Cobain dans le grain éraillé.

Last Train, arrivé sur scène sur une pièce instrumentale « morriconienne » tirée de la trame du film Kill Bill, ne faisait pas dans la dentelle, brisant complètement l'énergie bon enfant du début de soirée. Quand même, sa musique stoner, ouverte aux moments de dérapages contrôlés, reste une belle découverte pour l'amateur de décibels. Peut-être le FEQ aurait-il pu faire jouer le groupe en fin de programme, ou même briser sa thématique des « prix » pour placer Last Train sur une autre scène plus rock.

Sympathique Émile Bilodeau

Juste avant le mur de son, le public a découvert un des finalistes du Festival de la chanson de Granby, Émile Bilodeau. Celui qui peut acheter de l'alcool à la SAQ depuis peu a encore la plume toute verte, mais sa force réside beaucoup dans son esprit juvénile plein d'humour. À travers ses chansons rock, il multiplie les références à plein de volets de son petit univers — l'école, l'indépendance, le hockey, etc. — analysant le monde avec légèreté.

S'il a joué une bonne partie de ses chansons seul à la guitare électrique, Bilodeau a fat appel à ses trois musiciens à quelques reprises, mais leur apport est resté relatif. Le chanteur, qui fait penser à Philippe Brach ou à un Bernard Adamus plus jeune et moins « brun », doit avoir des crampes à la mâchoire après un spectacle, car il n'a pas arrêté une seconde de parler; ses chansons mériteraient plus de concision. Mais le résultat est quand même là : sans être remués, on rit, on sourit, et c'est déjà ça de gagné.

L'efficace Dylan Perron

Alors que le soleil était encore fort sur la place d'Youville, le gagnant des Francouvertes Dylan Perron et son groupe Élixir de Gumbo ont pris la scène d'assaut avec du bluegrass bien tourné. On sent que Perron, fort au banjo, et sa bande n'en sont pas à leur premier effort, car en plus d'un jeu efficace et pétaradant, ils ont réussi à se dépatouiller avec quelques pépins techniques.

Perron et ses quatre musiciens étaient installés côte à côte, comme la cavalerie, qui cette fois-ci n'est pas arrivée en retard. Le chanteur natif d'Abitibi s'est bien amusé avec le public un peu clairsemé, le tutoyant en disant régulièrement « écoute, écoute » entre les chansons, précisant la tonalité de la pièce à suivre, « en sol, toujours ». Clin d'oeil sympa, la bande a livré une version renouvelée de J'ai planté un chêne, de Gilles Vigneault.

Akawui, le midi

Sur l'heure du dîner, le FEQ avait programmé Akawui, chanteur d'origine chilienne qui s'est démarqué lors des derniers Syli d'or. Mélangeant une musique urbaine, frôlant le hip-hop, à des musiques latines, Akawui a attiré plusieurs passants ou travailleurs du coin, venus danser le temps de quelques chansons. Composée de six musiciens, venus du Québec, mais aussi du Mexique et de Cuba, la bande s'est montrée portée sur les percussions. Même la guitare était raclée comme un instrument rythmique. Mais le point fort d'Akawui est resté les mélodies : dès la première écoute, les titres étaient velcro.