Comme une vague qui prend de l’ampleur

Foxtrott
Photo: Francis Vachon Le Devoir Foxtrott

L’électro et la pop se sont déversés sur nous comme une vague qui prend de l’ampleur, jeudi soir à l’Impérial, au premier soir du Festival d’été de Québec. D’abord en douceur et en introspection avec le duo Milk & Bone, puis de manière plus mordante avec Foxtrott, avant de tout balayer avec la furieuse Yelle. Allons-y par ordre de croissance.

En début de soirée, le duo Québécois Milk & Bone a offert un apéritif tout en douceur, avec les chansons rêveuses de son premier disque Little Mourning. Les deux chanteuses Camille Poliquin (David Giguère) et Laurence Lafond-Beaulne (Ariane Moffatt, Alex Nevksy, Fanny Bloom, Les soeurs Boulay) étaient installées devant leur clavier de façon assez statique, quoique la plupart des titres ne demandent pas vraiment plus.

Pigeant à deux reprises en dehors de leur album — dont chez Sufjan Stevens, joué au ukulélé — Milk & Bone a fort bien rendu le côté romantique et charnel de son univers, mêlant leurs voix aériennes toujours en harmonies parfaites avec des séquences rythmiques plus lourdes, qui donnaient du corps à des titres comme Coconut Water, Pressure et Watch. Tout un démarrage de soirée.

La montée Foxtrott

Puis Foxtrott a fait se mouvoir les aiguilles de la console de son avec sa musique électro assez alternative mais quand même pas si loin de la chanson pop. Projet de la Québécoise Marie-Hélène L. Delorme, Foxtrott tarde à offrir un premier album complet. Celle qui a jadis remixé la chanson Rue Ontario de Bernard Adamus a annoncé au public de l’Impérial qu’un album complet paraîtra à l’automne.

Ce sont ces chansons que Delorme a offertes jeudi soir, en compagnie d’Erla Axelsdóttir au cor français — oui, on a cherché son nom sur Google, on l’avoue — et de Christian Olsen à la batterie. Quelque part entre les foudres électros de Grimes et le mordant vocal d’une Pink, Foxtrott a réussi à mélanger les instruments acoustiques à l’électronique. Beaucoup de choses passaient par le cor français, qui, joué ponctué, évoquait le rap, mais qui s’est aussi révélé orchestral, solennel, militaire.

L’exercice restait ingrat : découvrir une dizaine de nouvelles chansons d’un coup, sans vraiment de repères, rendait difficile l’émerveillement. Delorme ne débordait pas non plus d’effort pour nous rendre l’exercice plus fluide. Quand même, l’arrivée de deux danseurs — un exercice souvent périlleux — sur les deux dernières pièces plus jungle a fait son effet, nous laissant sur une note positive.

Le déferlement Yelle

Le raz-de-marée Yelle s’est ensuite rapidement abattu sur la foule. Avec elle, l’électro fait une collision frontale avec la pop. Éclairages frénétiques, habits colorés, musiques accrocheuses aux refrains simples et efficaces… On était complètement ailleurs, dans l’éclaboussement, l’excès. Et un fort joli excès, un tout petit peu subversif, et surtout hyper dynamique sur scène.

Tout le devant de la scène était libéré de moniteurs et de fils, ce qui a permis à la chanteuse de parcourir la scène d’un bord à l’autre. Un véritable cours de danse aérobique d’une heure trente, mouvements de bras et rotation du bassin inclus.

Reste que Yelle n’était accompagnée que de deux batteurs — dont son complice Grand Marnier —, qui pouvaient alimenter les nombreuses séquences électroniques. Côté rythmique, on a donc été servi à souhait, en plus d’avoir droit à de nombreuses chorégraphies très 1980 des batteurs. Il faut le noter, tout ce qui est esthétique est très travaillé chez Yelle.

La Française s’est drapée d’un son très Daft Punk sur la première pièce de la soirée, avant de reprendre un son électro dense, rebondissant, que ne renieraient pas des fans de Katy Perry. Dans cette déferlante pop, aux titres peut-être condensés par rapport aux versions du disque, on a eu droit à quelques moments de « répit » à la mi-parcours, avec une courte ballade et puis Bouquet final, plus lente que douce, finalement.

La vague a par la suite poursuivi son chemin avec force, offrant encore des éclairages fulgurants, un changement de costume, encore de la danse, un clin d’oeil sonore aux Rita Mitsouko, un peu de pièces de Safari Disco Club et les vieux hits Je veux te voir et À cause des garçons. Quand les derniers coups de tambour et les derniers cris de l’ultime pièce, Complètement fou, ont fini de résonner, on a bien eu envie de se relancer dans une autre vague. Mais ce n’était que le premier soir du Festival d’été de Québec, les vagues sauront bien ressurgir.

Notre journaliste est hébergé par le Festival d’été de Québec.