Les pacaniers de JJ Grey

«Je crois que mes chansons portent moins sur les lieux en tant que tels que sur la connexion que j’ai avec eux», explique en entrevue JJ Grey.
Photo: Festival d’été de Québec «Je crois que mes chansons portent moins sur les lieux en tant que tels que sur la connexion que j’ai avec eux», explique en entrevue JJ Grey.

JJ Grey Mofro débarque pour la première fois à Québec au Festival avec son blues rock puissant inspiré des marais du fin fond du nord de la Floride. Voilà une belle découverte potentielle à laquelle s’exposer.

JJ Grey, c’est d’abord une voix rauque et puissante, digne d’un Bruce Springsteen du Sud. Le chanteur a grandi en écoutant avec admiration du Otis Redding et ça s’entend. Au téléphone, il explique que « ce n’est pas le son ou le ton » qui l’émeuvent tant chez Redding que « la joie de chanter » qui émane de tout ce qu’il a fait.

« Que ce soit en studio, devant 10 000 personnes ou juste en marchant sur le trottoir pour aller à l’épicerie, il chantait de la même manière, le sourire dans le visage, souligne Grey. Parfois, j’ai l’impression que c’est dans ce que je fais, parfois non. »

Sans être une vedette, l’artiste s’est fait un nom et jouit d’un succès aussi critique que populaire. Les tournées se succèdent à l’international et un cinquième album — O’l Glory — vient de sortir.

Au Canada, il s’est déjà produit à Montréal (au Festival de jazz) et à Toronto, mais jamais à Québec. Cet été, il se contente d’ailleurs d’un seul saut dans la capitale après un concert en Virginie tout juste avant de prendre l’avion pour l’Europe.

L’autre Floride

JJ Grey a grandi dans les environs de Jacksonville, où il vit toujours. « Quand j’étais petit, mes grands-parents avaient 60 000 poulets. Maintenant, j’ai 55 pacaniers et peut-être 10 poulets », lance-t-il en riant.

Il dit que son coin de pays l’habite où qu’il soit. Il s’imagine alors sur la galerie avant de la maison « avec les pacaniers devant et l’orage qui s’en vient ». Sa Floride est un monde rural, marécageux qui rappelle plus la Géorgie et l’Alabama que la Floride des plages et de Disney, explique-t-il.

Les titres de ses albums comme Black Water, Orange Blossoms et Country Ghetto en témoignent bien. Après une jeunesse de turbulences et de « colère », il parle désormais du « parfum des roses » et de la beauté de la nature, mais sans mièvrerie.

À ceux qui se posent la question : le mot « mofro » ne veut rien dire. Pendant longtemps, l’artiste n’a porté que ce nom issu d’une blague au chantier où il travaillait. Jusqu’à ce que sa grand-mère lui demande pourquoi il avait honte de son nom. La dame se sentait d’autant plus concernée que l’une des chansons de Mofro racontait la dernière conversation qu’elle avait eue avec son mari avant sa mort (The Sun Is Shining Down). C’est ainsi que Mofro est devenu JJ Grey Mofro.

« Je suis très mauvais pour m’autoanalyser », dit le principal intéressé avant de prouver le contraire. « Je crois que mes chansons portent moins sur les lieux en tant que tels que sur la connexion que j’ai avec eux. Nous vivons tous une histoire. Parfois, on est tellement près du quotidien qu’on ne s’en rend pas compte. Les lieux que j’aime et dont je parle dans mes chansons permettent de rétablir cet équilibre-là en moi. »

Cet artiste, qui compose tous ses arrangements lui-même à la maison, a la réputation d’être à son mieux en concert avec ses musiciens (guitare, orgue, trompette, saxophone, basse). Pour lui, il ne s’agit pas d’une « performance ». « Je m’égare dans mes concerts. L’ingrédient principal pour moi, c’est le partage d’un moment honnête avec le public. » Il parle d’une espèce d’osmose. « Il n’y a pas de groupe, de public. Comme si tout le monde était arrivé là, qu’on avait trouvé des instruments sur la scène et que des gens s’étaient mis à jouer spontanément. Je ne veux pas présenter quelque chose, je veux juste être. »

JJ Grey Mofro

En spectacle dimanche à 21 h 30 à la place D’Youville