Les tounes avant «The Tounes»

Les membres du mythique groupe d’humoristes remontent sur scène vendredi et samedi.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les membres du mythique groupe d’humoristes remontent sur scène vendredi et samedi.

C’est à cause de Tainted Love, la toune new wave à succès du groupe Soft Cell en 1981. Avant de la parodier en Teinture d’amour, les gars de Rock et Belles Oreilles la faisaient tourner à leur émission du vendredi soir à CIBL, je l’ai entendue là d’abord. L’émission de RBO était une émission de musique, la rigolade dans les enchaînements s’est structurée en capsules d’humour peu à peu. Et des chansons ont été détournées. Et des parodies de genre ont été créées, une fois les échelons gravis, de CIBL à CKOI et jusqu’à la télé. Il y avait Le feu sauvage de l’amour sur l’album The Disque. Et puis, rien que des chansons sur The Tounes. Et nous voilà en juillet 2015, et ce vendredi et ce samedi, RBO et leurs adeptes s’offrent le Centre Bell pour célébrer The Tounes, version augmentée et actualisée.

Célébrons la musique, alors. Au coeur de la vie des gars de RBO depuis l’enfance, de toute évidence. Mais encore ? Le Devoir a envoyé à chaque Roquet un questionnaire musique, sans contraintes. Réponses brèves, fleuves, pas de réponse du tout, c’était au choix (Bruno E. Landry a choisi ses questions, pour mieux s’épancher). Sérieux, pas sérieux : liberté de ton, aussi. Ça donne RBO dans ses divergences et ses recoupements. Leur unanimité ? Oui, la joie de chanter.

Le tout premier souvenir de musique ?

Yves P. Pelletier : Le thème de l’émission Bobino. Qui invitait à la joie, la danse et les pétards à la farine.

André G. Ducharme : Le band de garage de mes cousins de Victoriaville. Au milieu des années 60. J’avais 5 ans, ils étaient ados.

Guy A. Lepage : Ma mère qui jouait du piano. Probablement Clair de lune de Debussy.

Bruno E. Landry : Je suis un enfant de la télé — littéralement, ma mère m’ayant probablement accouché devant le téléviseur —, alors je dirais les chansons d’Herbert Ruff. Sol et Gobelet, La Ribouldingue et ma préférée, Le pirate Maboule« C’est le pirate Maboule, qui a perdu sa boule/Je sais bien où la retrouver, mais j’aime mieux qu’il la cherche/Qu’il cherche sa boule, le pirate Maboule. »

Le premier disque reçu (ce qui n’est pas la même chose que le premier disque acheté avec ses sous) ?

Yves : Premier 45 tours : La marche des compagnons, thème de l’émission Thierry la Fronde. Anecdote : RBO a interprété cette chanson à Lyon en 1984, lors d’un show qui nous a valu cette fameuse réplique d’un spectateur : « Remboursement. » Premier 33 tours : un disque de Joël Denis. Anecdote : je fais un clin d’oeil à cet album mythique dans le clip du Feu sauvage de l’amour.

André : Le 45 tours Ma casquette de Dany Aubé. Je l’ai encore.

Guy Tintin et le Temple du Soleil.

Bruno Sticky Fingers des Rolling Stones.

Le premier disque acheté avec ses sous (ce qui n’est pas la même chose que le premier disque reçu) ?

Yves : Un album K-Tel avec une pochette mauve et orange. J’ignorais tout de ces 20 « original hits, original stars », mais je comptais bien m’initier à cet univers musical mystérieux et adulte.

André Il était une fois dans l’Ouest de Ennio Morricone. Je l’ai encore aussi.

Guy : Les grands succès de Ennio Morricone.

Bruno Fu Man Chu de Robert Charlebois. J’avais 13 ans et Charlebois était notre rock star. On a souvent la mémoire courte, car par la suite, Charlebois a eu de la difficulté à se remettre de l’image projetée avec l’album Swing Charlebois swing et son image autodérisoire de parvenu golfeur. Fu Man Chu est un album majeur, qui vieillit fabuleusement bien, avec les chansons Fais toi z’en pas, Le mur du son et le magistral Fu Man Chu. Quelle entrée en matière pour un jeune homme de 13 ans !

Le premier émoi musical ?

Yves : La pochette Noël yéyé de Michèle Richard, où elle figurait en pyjama moulant.

André Can’t Buy Me Love des Beatles. C’était le thème de leur dessin animé, que je regardais quand j’étais enfant.

Guy Ordinaire de Charlebois. Le côté B était Mon pays(ce n’est pas un pays, c’t’une job).

Dans quel groupe auriez-vous rêvé d’être ?

Yves : Le Clan Panneton.

André : Évidemment, les Beatles.

Guy : Le groupe Hommage à Zamfir.

À quel instrument ?

Yves : Le piano (c’est très difficile à déménager).

André : J’ai un faible pour la guitare, mais j’imagine que j’aurais fini drummer. Comme dans le spectacle de RBO.

Guy : Au triangle.

À quelle star du rock vous identifiez-vous, ados ?

Yves : Peter Gabriel. Je lui ai même déjà écrit. Ignorant son adresse, j’avais inscrit sur l’enveloppe « Peter Gabriel, Bath, England », persuadé que les postiers locaux allaient acheminer ma lettre, tout comme les postiers canadiens traitent le courrier du père Noël.

André : Elton John. Côté québécois : Michel Pagliaro.

Guy : Gentle Giant.

Bruno : Michel Pagliaro. Je m’étais improvisé chanteur avec des amis musiciens alors que j’avais 16 ou 17 ans, en interprétant J’entends frapper de Pag. Je l’ai chantée deux fois, avant de réaliser que je n’avais plus de voix ! Plus tard, sur l’album Pourquoi chanter de RBO, j’ai été coaché par Pag sur La chanson de l’environnement. Il m’a expliqué que pour être un chanteur rock, il faut se mettre dans la peau d’un chanteur rock. Selon ses dires, l’attitude te permet de chanter de la bonne façon. Je vais peut-être y arriver un jour !

Il y avait quoi dans la discothèque du gros meuble Hi-Fi chez les parents ?

Yves : Franchouillarderies, chansonneries, classiqueries et loungeries typiques de la banlieue des années 60.

André : Des disques de la Bolduc. Des compilations yéyés des années 60. Mon disque préféré : Les Baronets à la Comédie canadienne. Le gros meuble est maintenant dans mon bureau, le disque aussi. Autographié par René Angelil.

Guy : Les disques de Ray Conniff.

Concoctiez-vous des mix en cassette 4 pistes, ado ? Exemple de mix mémorable ?

Yves : Non, j’enregistrais la musique à vitesse élevée pour l’écouter au ralenti. C’est la seule façon de comprendre les paroles de La danse à Saint-Dilon. Par contre, pour Yoann, c’est à proscrire.

André : Je n’avais pas assez d’argent pour m’acheter de disques, alors j’enregistrais des chansons à la radio. Avec le micro du magnétophone. Fallait donc que tout le monde se taise dans la maison. J’ai encore quelques-unes de ces cassettes. Principalement des succès du « bétu » des années 70 qui jouaient à CKGM.

Guy : Non.

Bruno : Ado, j’enregistrais des cassettes des chansons qui jouaient à CHOM-FM. Le son était exécrable et il manquait toujours le début de la chanson. Parmi les chansons dont je me souviens : Bell Bottom Blues d’Eric Clapton, Feeling Stronger Every Day de Chicago et Tell All The People des Doors. Toutes sans le début, je le rappelle.

Y avait-il un rituel d’écoute entre chums lors de la sortie de microsillons attendus ?

Yves : Non, y avait un rituel de harcèlement du disquaire au magasin L’Alternatif. « Quand est-ce qu’il sort, le prochain Yes ? » « Ça a l’air qu’ils vont jouer une toune d’Octobre ! »« C’tu vrai qu’y a un bootleg de Bowie qui chante du Elvis avec Jethro Tull à Stockholm ? »« Comment ça, on buzze ? C’est écrit dans Pop Rock, bonhomme… »

André : Pas vraiment. Mais on téléphonait au magasin de disques (Discomania, rue Ste-Catherine) tous les jours afin de savoir si le disque en question était sorti. Nous n’avions pas encore compris que tous les disques arrivaient en magasin le mardi.

Guy : Non.

Bruno : Des amis m’avaient fait découvrir le premier disque de Paul et Paul. On l’écoutait en boucle. Lorsqu’on est allés les voir en spectacle (je crois que c’était au Patriote sur la rue Sainte-Catherine), j’avais adoré, mais je n’avais pas vraiment ri, puisque je connaissais toutes les blagues par coeur !

La toune stratégique par excellence pour les slows collés dans les partys ?

Yves : J’ai vécu mon adolescence lors d’une période bénie où on faisait jouer des slows la moitié du temps dans les partys. Malheureusement, je mesurais quatre pieds, j’avais des broches, un duvet sous le nez et une coiffure de simili Jimmy Page. J’ai beaucoup de tounes stratégiques pour essuyer des refus et faire de l’expression corporelle tout seul.

André : Le premier slow : Feelings. Pas mal le seul. À ma grandeur, j’ai l’air ridicule quand je danse un slow.

Guy : Crimson and Clover, de Tommy James and the Shondells ; Me and Mrs. Jones, de Billy Paul.

Comment ça se choisissait, les chansons pour les émissions de RBO à CIBL ?

Yves : Mes choix personnels (Dead Kennedys, Black Flag, The Residents, etc.) se retrouvaient en fin d’émission.

André : Chacun essayait de ploguer une chanson ou deux entre les choix imposés de Guy.

Guy : Tout le monde y allait de ses suggestions audacieuses de ska, de punk, de new wave, de reggae, de rockabilly, à part Bruno, qui voulait faire jouer du Jethro Dull (!).

Qui a découvert Tainted Love, de Soft Cell ?

Yves : À mon souvenir, ça passait tout le temps au Cargo, un bar que nous fréquentions huit à neuf soirs par semaine.

André : J’étais pas là quand RBO a fait sa parodie. Mais je l’ai bien aimée quand je l’ai entendue.

Guy : Me semble que ça jouait au Cargo.

L’album qui tourne en boucle ces temps-ci ?

Yves : Jean Leloup, Sufjan Stevens.

André Commonwealth du groupe Sloan.

Guy Les Zédemis de Shilvi. (J’ai un bébé de 11 mois.)

Être Les Bidules (The Beatles), ou Pretty Damage (Beau Dommage), un frisson particulier ?

Yves : C’est un trip d’ado attardé totalement assumé.

André : Toujours. Le numéro des Bidules est toujours un de mes numéros préférés. Et j’aime bien nos parodies de Beau Dommage. J’adorais faire les harmonies vocales de Pierre Bertrand.

Guy : J’adore faire John Lennon. Premier niveau. J’ai tous les avantages : je suis encore vivant et je n’ai pas de Japonaise criarde qui gâche ma vie.

Bruno : Se prendre pour un Beatles, ne serait-ce que pour quelques minutes, est une expérience quasi mystique lorsque tu es un fan fini comme moi. Et ce, même si je ne ressemble pas du tout à George Harrison (celui que j’interprète dans Les Bidules). Merci RBO.


En studio pour The Tounes, le moment d’aller faire « sa voix », et s’écouter après, c’était la joie ou le trauma ?

Yves : Ça fait partie des moments les plus joyeux de ma vie.

André : Toujours la joie. Surtout quand on pensait qu’on avait été bon et que les autres nous disaient qu’on avait été pourri.

Guy : La joie pour moi et le trauma pour les autres quand je chantais. :)

Bruno : Nous nous débrouillons bien, mais nous ne sommes pas des chanteurs professionnels. La clé, c’est de chanter dans notre registre, et à l’intérieur de nos moyens. Et de faire le nombre de prises nécessaires (c’est-à-dire souvent dans les deux chiffres !) Pour la majorité de nos chansons, on a eu la chance d’être dirigés en studio par le très patient Gaëtan Essiambre. Merci Gaétan.

Travailler avec Pag en studio, ça devait être sérieusement étrange et intense, dites-moi tout !

Yves : Pag collabore avec Pag depuis longtemps. Ce que ces deux-là pourraient raconter l’un sur l’autre serait étonnant. Tu devrais proposer à Pag de demander à ses poulains Pag et Pag d’écrire leur biographie. Si Pag hésite, passe par Pag, qui pourrait les convaincre.

André : Des nuits de bonheur. Car on travaillait la nuit. Quand Pag décidait de te prendre par le cou pour te raconter une anecdote, tu savais que ça allait être mémorable. Je me sens privilégié d’avoir développé un lien avec lui. Encore aujourd’hui, c’est toujours spécial quand je le revois.

Guy : J’adore Pag. Une expérience mémorable que de le côtoyer dans sa création nocturne.

Nouvelles parodies pour les spectacles du Centre Bell ? Un exemple pour qu’on trépigne ?

Yves : Désolé Sylvain, on fait pas Teinture d’amour. Je ne veux pas que tu te crées de fausses attentes. Mais on chante d’autres affaires, dont juste toi te souviens, je te le jure.

Je t’en prie. Sèche tes larmes et reste… fan.

André : Plein de nouvelles idées, gags, sketchs et paroles de chanson. Mais je garde mes exemples pour les 10 et 11 juillet.

Guy : On va chanter sur des sujets frivoles comme État Islamique, Boko Haram et la dette de la Grèce.

Bruno : Tu veux un scoop ? Je vais t’en donner un, mais ne le dis pas aux autres, sinon ils vont me chicaner. On a des nouvelles chansons dans Le tour du monde pour parler de certains pays dans le monde. Pour la corruption au Mexique : la chanson Mexico, et pour les problèmes de la Grèce, la chanson Goodbye My Love Goodbye de Demis Roussos (à ne pas confondre avec Goodbye My Love de l’ex-chanteur Léandre).

au Centre Bell vendredi et samedi, à 20 h.

Rock et Belles Oreilles, The Tounes

au Centre Bell vendredi et samedi, à 20 h.

Rock et Belles Oreilles – The Tounes