La bague de Keith

Keith Richards
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Keith Richards

C’était il y a exactement 50 ans, dans tous les radios à transistors en même temps : zzzang zzang, zazazzang… Une ligne de guitare à la tronçonneuse fuzz, et c’était parti : (I Can’t Get No) Satisfaction. Les sixties obtenaient leur hymne national et les Rolling Stones s’avouaient insatisfaits. Le seraient-ils jamais ? « ‘Cause I try, and I try, and I try try try ! »

Ils essaient encore, les bougres. Le 4 juillet dernier à Indianapolis, Keith Richards a bien failli s’empaler sur sa tronçonneuse : méchante débarque sur scène du juvénile septuagénaire trop pressé d’aller tailler des riffs. Mercredi prochain sur les Plaines, l’irrépressible « Keef », l’hyperactif Mick (Jagger), l’inamovible Charlie (Watts), l’indéfectible Ronnie (Wood), avec l’habituel commando de soutien, vont encore tenter le coup : et si c’était cette fois-là, le plein contentement, le soir où l’appellation « greatest rock band in the world » serait incontestablement contrôlée ?

On verra, on entendra, on saura. On sait déjà que la liste des chansons ne sera pas très différente des autres spectacles de cette tournée Zip Code, et qu’il y aura au moins une demande spéciale (par vote Internet : à Indy, c’était Let It Bleed, vous seriez gentils de réclamer I Got the Blues). Je donnerais tous mes vinyles des Stones en prix de présence pour qu’ils nous jouent tout l’album Sticky Fingers, comme au Fonda Theatre d’Hollywood le 20 mai (mais bon, c’était pour célébrer la sortie du fabuleux boîtier dont nous parlons aussi ici). Tel McCartney, les Rolling Stones ont leur cahier de charges, et plus la foule est immense, moins on en dévie. Satisfaction souhaitée ? You Can’t Always Get What You Want, voilà la vérité.

N’empêche que c’est à Québec, la seule autre fois à Québec, le 5 janvier 1998, dans cette bâtisse de l’antiquité qu’on appelle le Colisée, que j’ai eu les Stones que je voulais. Petit aréna, proximité ahurissante : quasiment un gros club. Il y a eu, surtout, ces trois morceaux sur le « B-stage », miniscène centrale où la contrainte d’espace resserrait le jeu jusqu’à obliger nos gaillards à jouer des coudes : Little Queenie, The Last Time et Like A Rolling Stone. J’en tirais la langue rouge (celle du fameux logo), et je crois bien que j’ai bavé. À deux mètres de ma face de fan, sans écran géant ni rien, la bague à tête de mort de Keith me regardait. Oh yeah. Satisfaction obtenue, pour services rendus.

The Rolling Stones

Mercredi 15 juillet sur les plaines d’Abraham avec The Districts et Galaxie.