L’ange lumineux de Peteris Vasks

Les Violons du Roy et Mathieu Lussier
Photo: David Cannon Les Violons du Roy et Mathieu Lussier

Les Violons du Roy et Mathieu Lussier venaient au Festival de Lanaudière mardi avec un programme stimulant, juxtaposant une oeuvre sacrée vocale de Pergolèse (Stabat Mater) transcrite par Jean-Sébastien Bach et deux oeuvres orchestrales baltes invoquant la spiritualité.

Ceux qui s’imaginent que le répertoire balte c’est « du pareil au même » auront eu, mardi, l’éloquente preuve du contraire par la juxtaposition entre l’inanité de certaines (ou la plupart des) oeuvres d’Arvo Pärt, tel ce Trisagion, et l’élévation quasi mystique vers laquelle nous transporte Peteris Vasks.

J’imagine que Trisagion peut avoir un semblant d’efficacité avec un orchestre plus fourni aux couleurs très fondues et avec un chef plus zen, ne permettant pas au public d’anticiper les nuances à venir. Mais, sur le fond, je ne crois pas qu’il y ait grand-chose à sauver.

Pascal Giguère à la hauteur

De Vasks nous connaissons surtout le premier des concertos pour violon, « Distant Light ». Cet Ange solitaire (2006) est moins contrasté, mais pas moins captivant. Il s’agit d’un envol méditatif sur la chanterelle du violon avec un accompagnement majoritairement décalqué de Sibelius — on pense aux premières mesures du Concerto pour violon, mais aussi à une « formule » que sert Sibelius en maints endroits.

Pascale Giguère a été globalement à la hauteur de ce funambulisme dans les aigus. Cependant, lors de deux passages sur plusieurs cordes, montant et descendant la gamme, le même défi technique ou procédé d’écriture a entraîné chez la violoniste les mêmes problèmes d’intonation. L’Ange solitaire méritait d’être entendu dans ce contexte. Il mérite tout autant une reprise.

Ce qui s’est passé ensuite dans le Psaume 51 de Bach, adapté de Pergolèse (au passage, on se demande où l’auteur de la notice, Robert Markow, a vu que le Stabat de Pergolèse était une « oeuvre chorale » !), tenait du miracle. La mezzo Michèle Losier, après avoir fait toutes les répétitions, s’est retrouvée aphone le matin du concert. Maude Brunet l’a remplacée au pied levé et il n’en est quasiment rien paru dans une oeuvre qui regorge pourtant de duos avec sa consoeur Mireille Asselin. Au contraire, c’est cette dernière qui a paru très tendue au début de la prestation. Les choses, et la voix, se sont vite placées, d’autant que les deux timbres se mariaient fort bien. Les Violons, familiers de la chose depuis leur fameux enregistrement discographique, ont fourni, sous la baguette de Lussier, le dynamique et bondissant soutien voulu.

Visions du sacré

Arvo Pärt, Peteris Vasks, Bach Pascale Giguère (violon), Mireille Asselin (soprano), Maude Brunet (mezzo), Les Violons du Roy, Mathieu Lussier. Église Saint-Henri de Mascouche, dans le cadre du Festival de Lanaudière. Mardi 7 juillet 2015.