Coup de coeur pour Hindi Zahra

Zahra chante avec autorité, le plus souvent en anglais, mais aussi en français et en amazigh.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Zahra chante avec autorité, le plus souvent en anglais, mais aussi en français et en amazigh.

Hindi Zahra ne s’attendait pas à trouver devant elle une salle comble et en paraissait heureuse comme une gamine qui triomphe à son premier spectacle professionnel. Et quel spectacle elle a donné en offrant la matière de Homeland, le disque qu’elle a confectionné après un retour au Maroc à la recherche de la terre qui est la sienne ! Elle y a trouvé son espace intérieur plus que géographique et, visiblement, elle traverse une période lumineuse de sa vie. On l’avait d’abord connue par son néofolk vagabond ; elle revient, le coeur toujours aussi nomade, mais avec une formule plus électrique, même si l’essence des métissages est préservée.

La soirée commence, un tambour lance l’appel, puis une slide céleste et une trompette aérienne annoncent pourtant ce qui lorgnera le rock blues. Hindi Zahra trouve sa transe et se laisse emporter. Sa voix porte l’urgence et gagne en puissance. La musique est multiple : du folk syncopé et percuté jusqu’à un rythme latin, très mélodique avec la guitare aux accents qui rappellent le flamenco. Tout au long de la soirée, on alterne entre guitares électrique et acoustique.

Zahra chante avec autorité, le plus souvent en anglais, mais aussi en français et en amazigh. Elle attaque une lente montée, les percussions gagnent en intensité et le rythme devient plus africain. La chanteuse attaque Un jour avec une légèreté lumineuse : « Un jour de pluie, un jour de doute, je vous ai trouvés sur ma route. Un amour fort, un amour doux. Un amour plus grand que le jour. » Cette image donne aussi le ton à la soirée, du moins à plusieurs chansons.

Suivra Any Story avec des passages atmosphériques. Puis les microtons : l’interprète se fait grave, puis aérienne et même angélique sur les croisements de guitares. Elle redevient comme possédée, les cheveux volent avec sa danse et les musiciens s’envolent dans une intense montée émotionnelle. On passe ensuite par du vieux jazz sous la chanson et une forme de soul nomade. Le public, qui est depuis longtemps conquis, réagit fortement après chaque pièce.

Un des guitaristes lance de longues notes suspendues, enveloppées par un bourdon assez lourd. On imagine le blues du désert : les inflexions sont maghrébines et les youyous résonnent de la salle. Le public est bigarré, la musique est mordante et Zahra redanse sur sa transe. « On fait un voyage Montréal-Marrakech ? » propose-t-elle. Elle ne manque pas de charisme, et les gens se mettent immédiatement à taper des mains. Elle chante doucement sur un fond de guitare, danse encore, laisse baisser ses mouvements. Ici, ce sont les spectateurs qui viennent de trouver leur extase, et la foule paraît magnétisée.

« Pour moi, le Canada, c’est très exotique », dit celle qui est subitement devenue notre Hindi à nous. La foule explose et refait la cadence pendant que l’artiste revient en rappel pour un Beautiful Tango sur un tango adouci par un folk allégorique, puis pour un Stand Up que tous et toutes chantent en choeur. Le concert est assurément l’un des coups de coeur du FIJM.