Alléluia, Abdullah

Éclairage tamisé, son feutré, aura de mystère partout dans le Club Soda: c’était Mélanie De Biasio.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Éclairage tamisé, son feutré, aura de mystère partout dans le Club Soda: c’était Mélanie De Biasio.

Le pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim est une leçon d’oecuménisme à lui seul : un musulman qui reconnaît au christianisme et au bouddhisme une influence dans sa musique et dans son approche de la vie. D’où, peut-être, cette impression de méditation apaisante laissée par son spectacle solo du 2 juillet. Et l’envie de crier « Alléluia, Abdullah ! » pour ce moment qui restera le plus marquant de ce 36e festival.

Le moment lumière : Abdullah Ibrahim en solo. À 80 ans, Ibrahim n’a pas la dextérité des virtuoses, mais on ne trouvera pas beaucoup de musiciens pour égaler son sens de la musique, la profondeur de son propos, la beauté des lignes mélodiques ou la richesse rythmique de sa musique. Personne, non plus, pour tirer autant de lumière de si peu de notes. Musique qui enveloppe l’âme, la soulève et la redépose un peu plus loin sur le chemin de la vie.

Le moment clair-obscur : Mélanie De Biasio. Éclairage tamisé, son feutré, aura de mystère partout dans le Club Soda : c’était Mélanie De Biasio, c’était sur la pointe des pieds, c’était doux, sobre, épuré, raffiné, évocateur, etc. Une bulle comme un voyage, guidé par la voix fragile et bourrée d’émotion de De Biasio.

Le moment New Orleans : Dee Dee Bridgewater. Elle a été théâtrale, sensuelle, exubérante, nuancée : Dee Dee Bridgewater, crâne rasé et rouge aux lèvres, a fait l’effet d’une dose de dynamite dans le théâtre Maisonneuve, avec le New Orleans Jazz Orchestra. Performeuse pur jus pour une musique curative. Jazz-blues plein de cuivres, et vive le Sud.

Le moment groove : GoGo Penguin. Les membres du jeune trio anglais GoGo Penguin ont fait sensation à leur premier passage à Montréal. Jazz urbain dopé d’influences diverses, énergie électro-rock-trip-hop plutôt exaltante, et grooves qui groovent à tout moment.

Le moment moderne : Vijay Iyer. Il a fallu près de 50 minutes avant que le trio du pianiste américain Vijay Iyer arrête de jouer et permette au public d’applaudir à sa juste mesure un groupe qui offrait là une performance mémorable. Jazz à la fois touffu, aérien, délicat, complexe et envoûtant, avec des structures rythmiques et harmoniques magnifiquement modernes.

Le moment du sourire jazz : Omer Avital. Sur la petite scène du Upstairs, Omer Avital exultait en début de festival. Un sourire large comme sa contrebasse, de bout en bout d’une prestation menée en quintet et pédale au plancher d’un jazz hybride : un pied en Orient, l’autre dans le jazz moderne occidental. Vif et vivifiant.

Le moment tisane nocturne : Madeleine Peyroux. Service minimum pour la chanteuse américaine. Assise, enveloppée dans un grand châle, elle a poussé poussivement ses chansons folk-country d’une voix qui manquait d’ampleur et de justesse. Le genre de show tisane nocturne qui impose un café à la sortie.