La mémoire et l’énergie

Joyce Moreno peint brillamment, simplement et très élégamment une ville et une époque: Rio et ses grands porteurs.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Joyce Moreno peint brillamment, simplement et très élégamment une ville et une époque: Rio et ses grands porteurs.

Le FIJM aura été marqué par des portraits d’époques, des affirmations identitaires, des emportements émotionnels, de la virtuosité et aussi beaucoup d’humanité, de romances, de rires et d’explosions de joie. En voici quelques moments.

Le moment du chant de mémoire : Joyce Moreno. Elle peint brillamment, simplement et très élégamment une ville et une époque : Rio et ses grands porteurs. Mais elle sourit, ajoute ses bossas et sambas swingadas, fait vibrer sa guitare sur la mythologie afro-brésilienne. « Je chante ma mémoire », disait-elle en français. C’en était vibrant de vérité.

Le moment de l’oudiste rieur : Rabih Abou-Khalil. À ses musiciens, il invente des biographies surréalistes, et avec eux, « le batteur-espion américain », « l’archevêque-saxophoniste sarde » et le splendide accordéoniste Luciano Biondini, il crée le rêve méditerranéen et universel, intime et puissant, intemporel et campé dans l’impro du moment.

Le moment des sept générations : Las Cafeteras. Du L.A. latino, ils content et chantent l’histoire de leur identité empreinte de musique afro-mexicaine, de cajon, de chants à répondre et de zapateado, mais aussi de ska reggae, de punk sale, de chansons d’amour à la lune, de petits cris vivants et de relances atmosphériques. Un mot retenu : « Remember ! »

Le moment du trésor caché : Just Wôan. Avec sa voix stellaire, mais aussi son gros grain du blues, ce Montréalais venu du Cameroun demeure très sous-estimé. En trio, il unit le village et la ville, remplit tout l’espace de l’Esplanade avec son afro-rock folk funky.

Le moment de plusieurs mondes au bout d’un seul piano : Alfredo Rodriguez. Il jouait céleste en s’arrêtant fréquemment. Puis ce fut rythmique, répétitif, musclé, contemporain, cubain, presque andin, romantique, robotique, grave et exubérant. Magnifique découverte !

Le moment de la piste de danse ouverte : Jungle By Night. Ils n’ont même pas tous vingt ans, ils crient, sautent, se moquent les uns des autres, ont le sens du punch. Sur leur afrobeat-funk, ils font chanter, danser et crier. Des jeunes irrésistibles !

Le moment 2.0 : Novalima. D’un côté, le son urbain avec synthé, table tournante et ordi ; de l’autre, le coquillage, le rythme et l’afro-péruvien. Le local dans le planétaire et l’inverse.

Le moment de saluer Beirut, Jane Bunnett and Maqueque, Yvan Belleau, Face-T, Flamenco Vivo, Gypsophilia, Heavy Soundz, Abdullah Ibrahim et des artistes malheureusement loupés, comme Fleshlyground, Nomadic Massive et Wesli.