De la lumière dans les notes

Abdullah Ibrahim
Photo: FIJM Abdullah Ibrahim

La scène du Gesù était éclairée en clair-obscur, mais pourtant : tant de lumière, jeudi soir, durant les 75 minutes de la prestation solo du pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim. Une méditation remarquable.

À 80 ans, Ibrahim n’a plus la dextérité des virtuoses qui abondent dans le jazz d’aujourd’hui. Mais on ne trouvera pas beaucoup de musiciens pour égaler son sens de la musique, l’extraordinaire profondeur de son propos, la beauté des lignes mélodiques qu’il enchaîne les unes aux autres, la richesse rythmique de l’ensemble. Personne, non plus, pour tirer autant de lumière de si peu de notes.

Contrairement à un Keith Jarrett, Abdullah Ibrahim ne murmure rien pendant sa prestation : il est pourtant terriblement chantant, fidèle à son esthétique stylistique. Beaucoup de respiration dans ce qu’il fait, de silence entre les notes. Ibrahim ne brusque rien, trouve du sens dans la suspension. Les tableaux qu’il brosse sont ainsi à la fois très aérés et solidement ancrés dans les diverses sources d’inspiration du musicien : le jazz bluesé à la Thelonious Monk, les musiques traditionnelles africaines (pour résumer succinctement…).

Senzo

Le pianiste a essentiellement pigé dans les thèmes de l’album Senzo (2009), présentés en une suite ininterrompue de près d’une heure : multiples changements de couleurs dans les ambiances, beaucoup de blues dans le ton, un toucher percussif comme Ibrahim sait le faire.

Cette manière de faire les choses invite à une forme de recueillement, et celui qui a enveloppé le Gesù jeudi était d’une rare teneur — tout comme la longue ovation qui a suivi sa prestation. Un moment précieux dans ce festival.

Ibrahim se produit encore vendredi en trio, et samedi avec un septet.