La voie intérieure d’Hindi Zahra

Hindi Zahra a choisi Marrakech, une ville dont elle ne connaissait à peu près rien, pour préserver une part d’inconnu et vivre « une espèce de vérité organique ».
Photo: FIJM Hindi Zahra a choisi Marrakech, une ville dont elle ne connaissait à peu près rien, pour préserver une part d’inconnu et vivre « une espèce de vérité organique ».

Il y a cinq ans, Hindi Zahra avait charmé avec Hand Made, un premier disque aux allures de néofolk vagabond, confectionné avec la précision de l’orfèvre. La voici de nouveau avec Homeland, qui incarne sa terre qu’elle recherchait, mais qui est devenue plus intérieure que géographique. Pour la trouver, elle s’est installée à Marrakech, puis dans des grottes marocaines. Elle propose le contenu du nouveau disque avec une nouvelle équipe ce dimanche 5 juillet au Club Soda.

« Mon homeland, je ne sais pas où il est, et peut-être qu’il est en moi, dit Hindi Zahra. Ce disque m’a donné beaucoup de réponses sur moi en retournant chez moi, en essayant de repartir de l’artisanat, en repartant du silence aussi, de la montagne, de la grotte ; d’être devant l’océan et de donner un sens à ma musique. Pourquoi je fais ça ? Il faut que je fasse de la musique que j’aime, pas forcément de la musique plus marocaine. Et ce que j’aime, c’est les voyages, parce que je suis fille de Touareg, parce que ma vie a toujours été le voyage et l’exil. Du coup, je me suis retrouvée avec le disque de ma vraie histoire. »

Elle a donc choisi Marrakech, une ville dont elle ne connaissait à peu près rien, pour préserver cette part d’inconnu et vivre « une espèce de vérité organique », comme elle le dit : « Sur la pochette du disque, je suis dans un atelier des ferronniers. Ces gens travaillent une matière qui est difficile, et c’est ce rapport de l’homme avec la matière que lui donne la terre qui me fascine. »

Homeland est un disque de lumière, celui d’un artiste qui sent avoir trouvé sa voix artistique, intérieure et amoureuse. Plusieurs textes en font foi et sur The Moon Is Full, Zahra finit par chanter : « This is the beginning of an endless love » sur un folk rythmé et atmosphérique. « Oui, c’est la lumière », s’exclame-t-elle, heureuse qu’on lui ait fait la remarque. « Quand j’ai travaillé sur le disque, je me levais à 3 h 30 du matin et je commençais l’écriture à 4 h. J’avais besoin de la nuit et de la lumière qui va arriver. Quand j’étais dans les grottes, il n’y avait pas d’électricité, alors quand c’est la pleine lune, wow ! »

Place aux percussions

Dans ce deuxième disque, Hindi Zahra laisse une plus grande place aux percussions, cela à cause de la rencontre avec l’excellent Rhani Krija, qui collabore à cinq pièces. Les rythmes sont variés, de Cuba au Brésil et au Cap-Vert, mais parfois volontairement mélangés pour créer une sorte de flou. Homeland est également ponctué de quelques titres avec un quatuor à cordes, mais au début, l’artiste attaque en rock blues touareg avec Bombino à la guitare. « Je l’ai fait pour me rapprocher de l’esprit berbère. J’ai voulu connaître le parcours géographique de la tribu de mon père, voir leur voyage de la Mauritanie au sud du Maroc. J’ai voulu choisir le rythme de ma tribu et je parle de la force des peuples des montagnes, de ces pêcheurs qui vivent avec les éléments de façon brutale et brute. Et Bombino est le Touareg par excellence, le voyageur, le musicien et le sage, parce qu’il est tellement jeune, mais quand on le voit jouer, on se dit qu’il doit avoir 120 piges. »

Reste ces quelques accents de guitare espagnole, ce folk pop délicat, cette trompette discrète, cette mélancolie aussi lumineuse que les textes qui se transmet dans le chant, ces touches de soul funk en douce, cette guitare chaâbi sur un air capverdien et tout ce travail avec les voix. « Je n’aime pas faire des choses techniques pour créer des harmonies. Je préfère la recherche de textures et les intonations. J’aime enlever le superflu et donner des arrangements à la fois très simples et complexes. » C’est aussi cela, la voie intérieure qu’elle s’est trouvée.

Au Club Soda, le dimanche 5 juillet à 18 h. Renseignements : 514 871-1881.