Lanaudière et Ottawa, deux festivals en quête de souffle

Jean-Marie Zeitouni (ici lors du concert d’ouverture de 2012) a programmé le 11 juillet «Le pèlerinage de la rose de Schumann».
Photo: Christina Alonso Jean-Marie Zeitouni (ici lors du concert d’ouverture de 2012) a programmé le 11 juillet «Le pèlerinage de la rose de Schumann».

Le Festival de Lanaudière s’ouvre ce samedi par un après-midi pianistique suivi d’un concert de Yannick Nézet-Séguin à l’amphithéâtre. Autre festival et ouverture, en lisière de l’Outaouais : Musique et autres mondes à Ottawa. Deux recettes très différentes pour conquérir un public déclinant.

Le Festival de Lanaudière est connu comme le plus grand festival au Canada. L’assistance 2013 et 2014 se monte, selon les organisateurs, à 55 000 spectateurs. À Ottawa, Musique et autres mondes (Music and Beyond dans son intitulé original anglais), fondé et dirigé par Julian Armour, en est à sa sixième édition. En 2013, les derniers chiffres d’assistance communiqués étaient de 37 500 visiteurs. Le parallèle est intéressant à tracer, car les deux institutions apportent des solutions contrastées à la raréfaction du public.

L’année de Scriabine et des choeurs

C’était avec un gros pincement au coeur que nous avions quitté l’amphithéâtre de Lanaudière le 25 juillet 2014 en constatant que la jeune mais déjà grande pianiste Beatrice Rana n’avait réuni qu’environ 400 spectateurs sous l’amphithéâtre et à peu près autant sur la pelouse. Cette année, la direction du festival ne prend pas le risque d’un récital de piano à l’amphithéâtre, formule qui avait pourtant réussi jadis (Yundi Li, Mitsuko Uchida…).

La recette 2015, elle, a fait ses preuves ailleurs : la musique chorale est souvent un bon pourvoyeur d’audiences, à commencer par les familles des choristes ! Ce samedi, lors de son seul concert à Lanaudière cet été, Yannick Nézet-Séguin dirigera la Messe en fa mineur d’Anton Bruckner, associée aux Fresques de Piero della Francesca de Martinu.

Jean-Marie Zeitouni, le 11 juillet, a programmé Le pèlerinage de la rose de Schumann. Plus grand public, le programme d’airs et choeurs d’opéras, le 25 juillet, avec Marie-Josée Lord, sous la direction de Julien Proulx, devrait rameuter les foules à l’amphithéâtre. Pour finir, la Missa solemnis de Beethoven sera dirigée par Kent Nagano le 1er août.

Les recettes artistiques du Festival de Lanaudière ne dérogent pas des habitudes installées depuis de nombreuses éditions. Le compositeur fêté en 2015 sera Scriabine, pour le 100e anniversaire de sa mort. Il nous vaudra les deux grandes visites internationales de la programmation, celles des pianistes Alexander Melnikov et Benedetto Lupo. Le premier sera en récital à Joliette le 13 juillet. Le second jouera le Concerto de Scriabine à l’amphithéâtre, le 18 juillet, et les Préludes à Saint-Sulpice le 20 juillet. Avan Yu et Stewart Goodyear participeront également à l’hommage au compositeur russe.

Le Festival, qui a visé juste en renouvelant le visuel de sa brochure — une sympathique procession de ratons laveurs musiciens — se prolongera jusqu’au 2 août et présentera pour la première fois des concerts au Musée d’art et à la salle Rolland-Brunelle de Joliette.

Bouillonnement urbain

 

Julian Armour, à la tête de Musique et autres mondes, a une certaine forme de chance. Ottawa n’étant pas le théâtre de festivals en tous genres, il peut faire bouillonner un milieu urbain au rythme de la musique classique. La formule est donc celle de la cocotte-minute : 80 événements du 4 au 17 juillet à toute heure du jour et de la soirée. Par « événement », on entend aussi l’Exposition musicale pour la famille, qui, à elle seule, proposera, ce dimanche de 10 h à 15 h, plus de 100 concerts, jeux et ateliers. Quant au gala d’ouverture, ce samedi soir, il réunira notamment le Quatuor Auryn, la soprano Marie-Eve Munger, le jeune pianiste Daniel Clarke Bouchard (piano).

Musique et autres mondes se distinguent consubstantiellement d’autres festivals par sa formule. Le nom de la manifestation renferme tout son concept : on y trouve les « autres mondes », qui viennent à la rencontre de la musique ou vice-versa. Le mercredi 8 juillet, une grande soirée musicale sera ainsi organisée au Musée des beaux-arts (la National Gallery) avec des concerts disséminés à travers les salles du musée. Pour le concert de clôture, Musique et cirque, le 17 juillet, un trapèze sera installé dans la Dominion-Chalmers United Church ! Chaque journée développe ainsi un thème : cela va de musique, gastronomie et vins, avec un concert Complètement toqué !,à des thèmes inattendus comme Musique et justice, où la juge en chef du Canada évoquera les ennuis judiciaires des compositeurs dont on jouera la musique. D’autres thématiques seront cultivées, tel Musique et holocauste.

Lier la musique à d’autres formes artistiques ou à l’histoire, grande ou petite, répond, selon Julian Armour, à la raison d’être du festival, c’est-à-dire une réaction vivifiante à la disparition de l’exposition à la musique : « J’ai trois enfants. Ils ne sont plus exposés à la musique à l’école et ce qui se passe à la radio au Canada est choquant et tragique », constate-t-il. Content d’attirer les enfants et familles, ce dimanche, Julian Armour fera « chanter des chansons de pirates par une chorale sur un bateau de pirates remontant le canal Rideau » et se montre fier, entre autres exemples, d’avoir attiré le pianiste d’Astor Piazzolla pour une soirée de tango. Avec Musique et autres mondes, il tente « plein de choses pour prouver que la musique peut toucher tout le monde. » Nous vous promettons d’aller y faire un tour…

Festival de Lanaudière

Renseignements et réservations : 1 800 561-4343. Aussi : Musique et autres mondes, à Ottawa. Renseignements et réservations : 613 241-0777, poste 505.

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