La percée country du Festival d’été de Québec

Keith Urban
Photo: Mike Windle Getty Images Agence France-Presse Keith Urban
Traditionnellement boudé par les Québécois, le country fait son entrée au Festival d’été par la grande porte sur les Plaines avec Keith Urban, Bobby Bazini et Robby Johnson. Regard sur un pari téméraire qui pourrait malgré tout se révéler payant.​
 

« Cest à peu près le seul genre de musique qui n’était pas représenté dans notre programmation. On a l’intuition que le moment est arrivé de faire ça, explique Louis Bellavance, le directeur de la programmation. Il concède que ce n’est pas un choix évident. On le sait, le Québec n’est pas un marché traditionnel du country. On est peut-être le seul territoire en Amérique du Nord qui n’est pas fou du genre. »

Mais le country américain se rapproche de plus en plus de la musique pop. On parle de « nouveau country » avec moins de violon, moins de guitare slide et plus de guitare électrique. Des artistes populaires comme Taylor Swift vont d’un genre à l’autre avec succès tout en renouvelant le bassin d’adeptes. « On pense que ces artistes-là sont capables d’aller chercher une clientèle beaucoup plus jeune même au Québec », poursuit M. Bellavance.

Pour partir le bal, le festival mise sur Keith Urban, qui en plus d’être une mégavedette du genre, est une vedette de la télévision et une vedette tout court, puisqu’il est l’époux de la non moins connue actrice Nicole Kidman. « On a voulu aller vers un artiste qui s’identifie avant tout au country, mais a une résonnance un peu plus large », poursuit-il.

Un éventuel succès permettrait à l’organisation d’élargir son éventail de grandes vedettes capables de faire les Plaines, un souci persistant à l’interne.

« Si on peut ouvrir cette porte-là, on vient de se donner accès peut-être à une tête d’affiche d’envergure par année, dit-il. On se fait souvent dire : “Ceux-là, vous les avez déjà faits.” Les gens demandent qui on va faire venir après Sting, Elton John et compagnie. »

Le fabuleux destin de Robby Johnson

 

L’autre force des artistes country est leur habitude des scènes extérieures. « Ces artistes-là ont une culture du spectacle extrêmement forte. C’est une musique qui se vit dans le spectacle depuis toujours. Ça fait partie de la tradition, dit-il. Les musiciens de toutes les positions sont toujours à couper le souffle. Il n’y a pas de musiciens moyens qui se frayent un chemin dans cette culture-là. »

Fait intéressant, on pourra entendre en première partie un chanteur québécois qui fait fureur aux États-Unis. L’histoire de Robby Johnson est digne d’un conte de fées. Encore tout récemment, ce Beauceron travaillait sur les routes de la rive sud de Québec comme représentant commercial. Découvert sur YouTube par un gros producteur de Nashville (Jimmy Nichols), il vient de déménager aux États-Unis avec toute sa famille et s’est produit à David Letterman avant même que son premier album soit sorti. Adepte du « nouveau country », il promet de jouer aussi sur les Plaines du « bon vieux country » façon Garth Brooks en plus de son répertoire personnel.

Il aime le country parce que c’est une « musique terre à terre qui guérit les bobos ». « Ça te parle vraiment. C’est des situations de la vie courante », expliquait-il lors d’un entretien récemment. Les paroles sont plus intelligentes, plus « profondes », poursuit-il. Johnson a découvert cet univers lors des étés de son enfance avec sa famille maternelle, qui vivait au Connecticut. Sylvain Robitaille s’est toutefois donné le nom d’artiste de Robby en hommage à la chanteuse Alys Robi, une lointaine parente.

Y a-t-il un public québécois pour cette musique ? « Définitivement, répond-il. La musique québécoise à la radio, ça ressemble beaucoup au nouveau country. Kaïn, par exemple, pourrait jouer sur des radios country si c’était en anglais. »

Pourtant, de l’aveu même de Louis Bellavance, les spectacles country présentés ces dernières années au Festival d’été ont mal fonctionné. On parlait toutefois de petites scènes, insiste-t-il. « Mais j’ai confiance à cause de ce qui s’est passé avec la musique électronique. Les expériences qu’on a faites en électronique sur d’autres scènes n’avaient pas été très convaincantes non plus. Pourtant, sur les Plaines, c’est la folie. »

En effet, l’ElectroFEQ, lancé en 2012, attire depuis des dizaines de milliers de personnes à chaque fois. « Je pense qu’à Québec en particulier, on a une clientèle qui adore les grands événements. […] Quand on fait 40 000, 50 000 personnes sur les Plaines en électro, ce ne sont pas tous des maniaques du genre, mais ils se disent que c’est le truc à ne pas manquer. »

C’est d’ailleurs la soirée électro qui lancera le festival le jeudi 9 sur les Plaines avec Skrillex, qui avait fait un tabac il y a trois ans. L’organisation a eu droit à son lot d’imprévus ces dernières semaines avec la blessure de Dave Grohl des Foo Fighters — qui a malgré tout confirmé sa présence —, l’annulation de Nickelback en clôture et l’ajout de Megadeth la veille. Les attentes sont également très élevées pour le concert historique des Rolling Stones le 15. Mais Le Devoir sera aussi là pour vous parler d’artistes moins connus et de trouvailles à faire sur toutes les scènes. En plus de l’auteure de ces lignes, cela vous sera conté par Sylvain Cormier et Philippe Papineau à compter de jeudi.

Keith Urban

Vendredi le 10 juillet à 21h30 sur la scène des Plaines. Avec Robby Johnson et Bobby Bazini en première partie (19h et 20h).



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