L’étrange vedette de Montréal baroque

Sigiswald Kuijken en répétition au violon à la veille du festival Montréal baroque.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Sigiswald Kuijken en répétition au violon à la veille du festival Montréal baroque.

Le bouillonnement de Montréal baroque débute ce jeudi avec Vivaldi le gitan, un concert de l’Ensemble Caprice. Mais l’incontestable vedette de cette édition 2016 est Sigiswald Kuijken et son instrument inconnu : le violoncelle d’épaule. Les festivités dureront jusqu’à dimanche.

Viola da spalla : voici l’appellation de cette étrange vedette instrumentale jamais vue à Montréal, un violoncelle reconstitué à la requête de Sigiswald Kuijken lui-même. Le musicien l’a reçu en 2013 et l’a joué pour la première fois à Londres, en mars 2014.

À Montréal, Sigiswald Kuijken présentera son violoncelle d’épaule dans les Suites pour violoncelle seul de Bach en trois concerts, le jeudi 25 juin à 21 h, le vendredi 26 juin à 17 h et le samedi 27 juin à 16 h. En tant que chef, il mènera ensuite la Bande Montréal baroque lors du concert final, consacré à Corelli et Couperin, dimanche soir.

C’est le musicologue mondialement célèbre et grand communicateur Gilles Cantagrel qui présentera les trois concerts des Suites de Bach. « On ne sait pas précisément ce qu’était la viola da spalla », dit Gilles Cantagrel au Devoir, qui remarque que le début du XVIIIe siècle n’était pas une « époque normée comme la notre ». « Il y a tout de même une iconographie » sur ces « instruments intermédiaires dont beaucoup ont disparu et avec eux quantité de coloris et d’expressions différentes au profit des quatre instruments conservés dans l’orchestre symphonique ». Parmi les appauvrissements de ce type, le musicologue cite également l’éradication du hautbois de chasse au profit du cor anglais. « C’est Nikolaus Harnoncourt qui a fait reconstruire des oboe da caccia », se réjouit Cantagrel.

Il y avait entre l’alto et le violoncelle des dénominations comme viola pomposa (alto pompeux) ou violoncello piccolo. « Il y avait en tous cas cette viola da spalla, moins longue qu’un violoncelle et plus épaisse qu’un alto, qui se joue sur la poitrine, supportée par une bandoulière, accordée comme un violoncelle, mais avec un son plus ténu plus poétique. »

Gilles Cantagrel rappelle d’ailleurs que le violoncelle, instrument alors jugé comme grossier, n’a gagné ses lettres de noblesse comme instrument soliste qu’avec les Six suites de Bach. Le violoncelle d’épaule a une application rêvée : « La 6e Suite, aux notes aiguës, pose bien des problèmes aux violoncellistes. À la viola da spalla, cela devient évident, ce qui est presque une preuve historique. »

Six suites de Bach en trois concerts est le rythme idéal pour Gilles Cantagrel : « J’aime bien les repas dont on sort non pas repus, mais en se disant “ j’en aurais bien repris un peu  ! », s’amuse-t-il.

Comme il est de tradition, le festival se décline en une véritable immersion baroque. Si les journées de jeudi 25 et vendredi 26 comportent uniquement des concerts en fin d’après-midi et en soirée, les samedi 27 et dimanche 28 occuperont les amateurs du matin au soir, avec concerts-découverte, conférences et confluences des disciplines artistiques.

Montréal baroque

25 au 28 juin. Billets : 514 845-7171.