Art de passion, art de vie

La danseuse Ana Pérez pendant le spectacle «Lo Esencial», qui offre un voyage dans le passé autant que dans la géographie de l’Andalousie.
Photo: Source Festival international de jazz de Montréal La danseuse Ana Pérez pendant le spectacle «Lo Esencial», qui offre un voyage dans le passé autant que dans la géographie de l’Andalousie.

Chaque année depuis 1991, date de son arrivée en France, Luis de la Carrasca crée un nouveau spectacle de flamenco au Festival d’Avignon. Et par l’entremise de sa troupe, Flamenco Vivo, il recrute plusieurs jeunes talents de la diaspora espagnole. Ainsi, José-Luis Dominguez à la guitare, Kadú Gomez au cajon et aux percussions ou Ana Pérez et Kuky Santiago à la danse incarneront un retour au flamenco des débuts dans Lo Esencial (L’essentiel), la création offerte à la Cinquième Salle de la Place des Arts du 25 au 28 juin.

Luis de la Carrasca présente son oeuvre : « J’ai voulu faire un appel, un rappel aux morceaux anciens qui sont maintenant tenus à l’écart. Avec ce retour aux racines, on retrouve la force et l’authenticité du flamenco, la force de cette époque où le flamenco était la voix du peuple, la voix de ces gens qui souffraient, mais qui en même temps revendiquaient et cherchaient à s’en sortir. C’était une thérapie, une façon de s’exprimer, de trouver sa dignité. »

Compositeur, mais aussi auteur et cantaor, Luis de la Carrasca puise une bonne partie de son inspiration dans les souvenirs d’une jeunesse qu’il a passée dans la province de Grenade de son Andalousie rurale. « J’ai beaucoup de souvenirs de quand j’étais petit. Il y a les paysans, la campagne, mais à l’époque, tout le monde chantait quand ils allaient à l’école, quand ils allaient au travail. Ce sont mes meilleures sources parce que c’était le peuple profond. C’est de là qu’est né le flamenco. J’ai vécu la fin d’une époque qui maintenant n’existe plus. J’ai ce souvenir pour ne pas sortir de l’authenticité. »

Les palos, ces différents rythmes ou formes qui composent l’énorme richesse du flamenco, seront diversifiés dans Lo Esencial : « Nous avons les pregones, les chants qui annonçaient la vente des produits ; la martinete, le chant des forgerons ; la trillera, celui des paysans et des moissons ; les romances, très anciennes, qui racontaient les histoires après la guerre entre Maures et chrétiens ; la serrana qui vient des montagnes ; la soledad, le chant basique très profond ; la vidalita, issue des allers-retours entre l’Espagne et l’Amérique, puis l’allegria de Cali et de Cordoba. » Il s’agit donc d’un voyage dans le passé autant que dans la géographie de l’Andalousie.

Au sujet des artistes de Lo Esencial, Luis de la Carrasca les décrit comme des gens simples avec beaucoup de talent et d’humilité. Ce sont leurs parents qui viennent d’Andalousie, et non pas eux. Le percussionniste Kadú Gomez est né dans une famille gitane de Marseille et on l’a connu dans le groupe Barrio Chino, entre autres. La danseuse Ana Pérez vient également du même grand port français. À l’âge de neuf ans, elle se produisait dans le tablao, réputé légendaire, du 68, rue Sainte à Marseille. Quant à eux, le guitariste José-Luis Dominguez et le danseur Kuky Santiago sont issus de familles gitanes andalouses immigrées en Belgique.

Et que pense Luis de la Carrasca des nouveaux développements du flamenco ? « Je peux dire qu’il y a beaucoup d’artistes qui peinent à trouver les sources et à s’en inspirer. Je pense qu’il vaut mieux garder l’authenticité. C’est la façon d’amener le flamenco entre le passé, le présent et le futur, sans perdre la mémoire. Je pense que c’est important. Il y a des artistes très forts techniquement, mais leur message est un peu vide. » Et du flamenco, le compositeur retient tout : sa musique, son histoire, son état d’esprit et son art de vivre. Art de passion, art de vie.

À la Cinquième Salle de la Place des Arts, du 25 au 28 juin à 19 h