Un dernier soir de butinage (et ses émotions)

Calme, pince-sans-rire, en contrôle, Rivard a multiplié les présentations de chansons très poétiques.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Calme, pince-sans-rire, en contrôle, Rivard a multiplié les présentations de chansons très poétiques.

C’était samedi soir le dernier jour des FrancoFolies, et le temps était idéal pour aller déambuler un peu sur le site de l’événement pour grappiller un peu de musique franco avant que le Jazz ne prenne le contrôle du Quartier des spectacles.

19 h, premier arrêt les pieds dans la gravelle près de la rue Clark pour entendre la formation Lisbonne Télégramme, qui venait défendre son premier disque. La musique ambiante et riche du groupe n’est pas simple à caser dans une programmation extérieure : c’est un peu déprimant alors que le soleil est encore debout, et un peu tempéré pour une case horaire plus nocturne, qui appelle la fête. Le groupe a pris le pari risqué, devant des festivaliers butineurs, de commencer le spectacle en entrant un musicien à la fois, créant une très longue introduction, plus appropriée pour un concert en salle. Lisbonne Télégramme a quand même de bonnes chansons, et du talent de composition, mais comme sur disque, il manquait à l’âme un peu de ce que nous avions sous nos pieds : de la gravelle. Quelque chose qui écorche plus l’émotion.

Le désir de butinage nous a ensuite poussé vers la partie ouest du site, pour entendre Benoit Paradis qui chantait sous la tente du Pub Rickard’s, où on est souvent entassés à l’arrière dès que les grandes tables sont pleines. Benoit Paradis, entouré de ses deux fidèles musiciens Chantal Morin et Benoit Coulombe, avait déjà fait son effet auprès de la foule, qui rigolait de ses manières déglinguées et de ses chansons jazz de qualité. « En camping, le souper c’est mon moment préféré », a chanté le tromboniste–batteur-chanteur après avoir demandé à la foule d’imiter des chants d’oiseaux. Suffisait que ça pour nous rendre heureux.

Un peu d’histoire

Quelle heure ? Presque 20 h, marche rapide jusqu’à la Place des Arts pour attraper un bout du spectacle de clôture Légendes d’un peuple – le collectif. En chemin, on voit que la Place des festivals est étonnamment bondée à cette heure, la chanteuse Sally Folk, dans son habit de scène à la Superwoman, ayant visiblement pas mal de fans.

De la rue bondée, nous voici au Théâtre Maisonneuve, pour découvrir le spectacle construit autour des trois albums Légendes d’un peuple, d’Alexandre Belliard, qui mettent en chanson des personnages clés du Québec ou de son émancipation. Avant que le tout ne commence, le vice-président à la programmation Laurent Saulnier est venu dire à la foule que ce spectacle « n’était pas un cours d’histoire, mais un maudit bon show ».

En fait, c’était un peu des deux. D’abord les fleurs. Le volet spectacle a été drôlement bien travaillé par le metteur en scène Yann Perreau, dont le travail ici n’avait pas à pâlir devant le spectacle des Hommes rapaillés, par exemple. L’entrée et la sortie des nombreux artistes invités (Vincent Vallières, Paul Piché, Mara Tremblay, Patrice Michaud…) se font faites en douceur, et plusieurs d’entre eux sont venus épauler ponctuellement le groupe-maison toujours présent sur scène. Ici Salomé Leclerc joue les tambours, là Éric Goulet se met au clavier ou à la basse, ailleurs Jorane, Mara et Marie-Hélène Fortin (Mes Aïeux) ajoutent le son de leur instrument aux chansons, etc.

Il restait quand même une lourde impression didactique, venue non seulement de la nature des chansons, mais aussi des présentations d’Alexandre Belliard et de l’enrobage visuel, montrant par exemple les dates de naissance et de morts des personnages historiques dont parlent les morceaux. Dans la première partie du spectacle, il n’y a vraiment qu’Alexandre Désilets qui a fait tomber nos défenses, avec sa version plus moderne et actuelle de Marie-Anne Gaboury. Elle est peut-être là, la grande différence avec les Hommes rapaillés.

Michel Rivard, poète

À l’entracte, on nous excusera, notre butinage s’est poursuivi sur le site des Francos. Sur la place des Festivals, Michel Rivard avait déjà commencé son tour de chant devant une large foule. Calme, pince-sans-rire, en contrôle, Rivard a multiplié les présentations de chansons très poétiques, jouant plutôt que récitant toutes sortes de saynètes qui offraient de très belles transitions. En musique, il a su se faire plaisir et faire plaisir à ses fans, poussant quelques titres plus confidentiels (Confiance) mais sans bouder les classiques, dont Méfiez-vous du grand amour et, évidemment, Le phoque en Alaska, entonnée gaiement par la foule.

Pas très loin de là, nos pas nous ont par la suite menés jusqu’à la musique de Bernhari, qui jouait sur le parterre gazonné près de la Maison symphonique. Le système hydraulique permettant de faire jaillir de la brume près des allées de cette place avait été activé, ce qui faisait le plus bel effet avec la musique épique de Bernhari. Si ses paroles méritaient qu’on les entende davantage, le chanteur Alexandre Bernier et son groupe ont offert une prestation serrée et énergique, qui a mis en évidence la polyvalence du chanteur — aussi à la batterie et aux claviers, parfois en même temps. Voilà qui terminait notre butinage sur une belle note.



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