Quand la vague se mêle à la Grand’foule

Daniel Lavoie comptait au nombre des invités des Soeurs Boulay.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Daniel Lavoie comptait au nombre des invités des Soeurs Boulay.

On savait Les Soeurs Boulay capables de mettre dans leur petite poche arrière un Club Soda plein. Entre les murs d’une salle, les championnes de la chanson douce aux harmonies vocales délicates n’ont pas de soucis à se faire. Les FrancoFolies avaient poussé vendredi l’audace — belle audace, on s’entend — jusqu’à leur offrir la grosse scène de la place des Festivals. Noyées, les Boulay ? Ça dépendait des invités, de la barque qu’elles naviguaient, et de nos attentes, au fond.

Pour s’assurer d’avoir la puissance musicale voulue, Mélanie et Stéphanie avaient par moments un groupe élargi avec elles sur scène, dont le principal ajout était deux cuivres (un trombone et un sousaphone, ce gros instrument qui entoure son manieur).

D’entrée de jeu, les Soeurs Boulay, qui nous ont crié quelques fois leur bonheur dans le micro, avaient la bonne énergie avec Cul-de-sac, et Où la vague se mêle à la grand' route, mais vite la mer s’est calmée avec une vieille nouvelle chanson, Les couteaux à beurre, puis Lola, pendant laquelle le murmure de la foule sonnait presque aussi fort.

Paul Daraîche est venu faire son tour le temps de trois chansons. « Je ne pense pas que j’aurais fait [ce métier-là] si t’avais pas bercé notre jeunesse », lui a dit Stéphanie, presque aux larmes. Sa présence a été touchante, mais, encore là, le résultat était trois titres assez lents, et on commençait à trouver qu’il manquait de tonus à tout ça.

Quand leur autre invité Fred Fortin a fait rugir sa guitare, on a vite senti la marée remonter. Vite, on a reconnu sa pièce Grandes jambes, vigoureuse, mais sur laquelle les voix des Soeurs Boulay ne se mariaient pas bien du tout. Le titre qui a suivi, Fais-moi un show de boucane, était une toute nouvelle pièce, qui déjà à la première écoute a été un des beaux moments de la soirée : mélodie forte et joyeuse, trame folk-rock avec du mordant, d’autant que Fred Fortin était resté avec les Soeurs. On a déjà hâte de la réentendre sur le prochain disque, à paraître à l’automne.

Alors que Fortin chantait sa grandiose Mélane, on a bien senti qu’il faudrait abdiquer sur la tempête, et plutôt profiter au maximum de l’émotion qui se dégageait des chansons. Comme cette sympa version des Chats sauvages, de Marjo, mais avec une jeune chanteuse, Rosalie Ayotte, à la voix étonnante. Comme pendant les trois titres faits avec Daniel Lavoie, le fantasme « velour-chaleur-feu de camp » des deux têtes d’affiche. Ce coup-ci, les voix se mariaient fort bien. On pardonne le petit raté de Lavoie sur Ça mouille les yeux, et on garde en tête et au coeur les arrangements des cuivres sur Je voudrais voir New York.

Les Soeurs Boulay ont ensuite repris la scène et pigé dans leur répertoire, le « vieux » et aussi celui à venir, comme le titre Noirceur ou ce Jus de boussole, qui avait de la graine d’Avec pas d’casque. Pendant ce dernier droit, les deux chanteuses sont retombées dans une certaine zone de confort musical. On les sentait plus à l’aise, tout à coup, le stress des collaborations passé — savez, ce sentiment de confort quand la visite s’en va ? C’était peut-être ça, là où leur vague s’est mêlée à la grand’ foule.



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