L’année de la consécration pour Karina Gauvin

Karina Gauvin reconnaît que la saison a été intense et qu’elle s’y est montrée sous un autre jour.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Karina Gauvin reconnaît que la saison a été intense et qu’elle s’y est montrée sous un autre jour.

Ce samedi soir 20 juin, Karina Gauvin et Les Violons du Roy ouvrent le 37e Festival international du Domaine Forget avec un concert Mozart sous la direction de Paul Goodwin. Le Domaine proposera son festival du 20 juin au 23 août. Quant à la chanteuse qui lance les festivités, nous n’avons guère la notion de la saison miraculeuse qu’elle a vécue.

L’idée de consacrer un portrait à Karina Gauvin s’est imposée lors du Concours musical international de Montréal, il y a deux semaines, en discutant avec Richard Martet, fondateur et rédacteur en chef d’Opéra Magazine à Paris.

Observateur assidu de la scène lyrique mondiale, et notamment européenne, cet érudit de l’art vocal, reconnu pour son exigence et ses encyclopédiques connaissances, se demandait si nous avions conscience au Québec du phénomène entourant Karina Gauvin, notamment en France, où elle est devenue en l’espace d’une saison une vedette du calibre de son amie Marie-Nicole Lemieux.

L’explosion

« Il y a vraiment une explosion Karina Gauvin », témoigne Richard Martet, qui considère qu’il y a désormais une « Gauvin-mania comme il y a une Lemieux-mania » en France. « Cela a commencé avec sa première Vitellia, dans La clémence de Titus de Mozart au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2014. Elle a connu un triomphe et fait le triomphe du spectacle. Un mois après au même endroit, c’était Niobe, Regina di Tebe de Steffani, un énorme succès, et cela s’est terminé en mai 2015 avec Dardanus de Rameau, à Bordeaux et au Théâtre Royal de Versailles. »

Avant de devenir « Gauvin-maniaque » lui-même, Richard Martet attend l’Olympie de Spontini au Théâtre des Champs-Élysées lors de la saison 2015-2016. « C’est un gros test ; un rôle que quasiment personne au monde ne peut faire. Karina Gauvin a exactement le poids de la tragédienne lyrique qui convient. »

Que s’est-il passé au juste ? Pour Richard Martet : « Karina Gauvin est dans le paysage depuis longtemps. On la connaît dans Haendel, à travers ses disques ATMA, dans Mozart, même, mais pas dans Vitellia, le grand rôle de tragédienne grave-aiguë. Elle a tout, et c’est la première Vitellia que j’ai entendu chanter parfaitement juste le finale du 1er acte. C’est vraiment exceptionnel. »

« Le monde avait une vision baroque de Karina Gauvin. Là, on passe à autre chose »,conclut notre confrère, qui l’attend désormais dans « Médée de Cherubini et Elettra de Idomeneo de Mozart. Aujourd’hui, elle peut aussi être une magnifique Armide ou Alceste de Gluck ! Jamais je n’aurais pensé cela il y a quinze ans ».

 

Vu de l’intérieur

Jointe par Le Devoir, Karina Gauvin reconnaît que la saison a été « intense » et qu’elle s’y est « montrée sous un autre jour ». « Vitellia était un grand saut, d’autant que c’était ma première production scénique en France. Le public a été étonné : il ne savait pas que j’étais capable de jouer ! Moi, je savais que j’avais cela en moi. Ma voix s’était rendue là, mais autour de moi, on ne le savait pas. »

La soprano sera bientôt à l’affiche du nouvel enregistrement de Don Giovanni chez Sony. Elle y chantera Donna Elvira. Cette intégrale a été gravée à Perm en Sibérie sous la direction du plus bouillonnant et iconoclaste des chefs d’orchestre de notre temps, Teodor Currentzis : « Ce chef est un phénomène, avec des idées incroyables. Nous travaillions très tard dans la nuit. Il demande beaucoup. Mais j’ai beaucoup de réserves en moi et beaucoup d’expressivité à donner. Quand je travaille avec quelqu’un qui stimule cela, cela devient très intéressant. » Dans cet esprit, Karina Gauvin cite ses récents concertsavec Andrea Marcon à Dresde. « Tu aimes bien qu’on te pose des défis », lui a dit le chef italien. La preuve est d’ailleurs documentée sur YouTube avec un délirant air tiré de Juditha triumphans de Vivaldi en concert à Amsterdam en 2012.

Sur ce début d’une vraie reconnaissance, peut-être que Karina Gauvin comprendra désormais sous un autre angle la remarque du chef Jérémie Rhorer, qui dirigeait La clémence de Titus à Paris. « Un soir, il est venu dans ma loge et m’a dit : “Ton travail dans Vitellia est vraiment formidable.” J’ai dit : “Ben, oui.” Là il m’a pris les épaules et m’a dit : “Je ne sais pas si tu te rends compte.” » « Ben, non », lui a répondu la soprano, qui considère « avoir toujours eu ça » en elle.

À son public, ici, maintenant, de se rendre compte…

Cinq temps forts au Domaine Forget

4 juillet. Marie-Nicole Lemieux, I Musici, Jean-Marie Zeitouni.

25 juillet. Rachel Barton Pine, Orchestre symphonique de Québec, Jacques Lacombe.

1er et 2 août. « Journée Art sans frontières » et « Week-end jeunesse » avec l’Orchestre des jeunes d’Amérique.

8 août. Pascal Amoyel : Le pianiste aux 50 doigts ou l’incroyable destinée de György Cziffra.

23 août. Stephen Kovacevich, Les Violons du Roy, Matthew Halls.

Concert d’ouverture du Domaine Forget

Mozart : Airs d’opéras et de concerts. Divertimento K. 136. Symphonie concertante K. 297b. Symphonie no 35. Karina Gauvin, soprano ; Philippe Bernold, flûte ; Pedro Diaz, hautbois ; Daniel Matsukawa, basson ; Guy Carmichael, cor. Les Violons du Roy, Paul Goodwin. Samedi 20 juin, 20 h.

2 commentaires
  • Claude Bélanger - Abonné 20 juin 2015 15 h 57

    Un bel article

    Vous avez ce matin un très articie, très optimiste. Notre fierté nationaliste est flattée. Merci.

  • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 22 juin 2015 01 h 28

    Soprano exceptionnelle.

    Bien des mélomanes se rendent compte de l'immense talent de Karina Gauvin. À lire ce que des experts comme vous en disent , à l'entendre en concert ici quelques fois et à se "consoler" en achetant les disques, on constate assez rapidement combien elle est exceptionnelle. Tellement que ça prend peut-être toutes les grandes Maisons européennes pour l'épanouissement maximum de la "grande Karina". Ici, c'est un peu restreint. Toutefois quand elle est de passage chez-nous, souhaitons que le Québec réponde:"Présent!"

    Ginette Lavoie