Le déblocage francophile de Pascale Picard

Pascale Picard dit ne pas être dans une démarche planifiée vers le français, mais plutôt dans une année où elle a décidé « de dire oui à tout ce qui arrivait ».
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Pascale Picard dit ne pas être dans une démarche planifiée vers le français, mais plutôt dans une année où elle a décidé « de dire oui à tout ce qui arrivait ».

Après avoir obtenu un succès populaire dès son premier disque, propulsé par le titre Gate 22, la chanteuse québécoise Pascale Picard a paradoxalement reçu son lot de critiques en raison de ses textes en anglais, textes qu’elle assumait par ailleurs totalement. Mais ces derniers temps, la musicienne commence à flirter davantage avec l’écriture et le chant en français, à tel point qu’elle vient de participer à un atelier d’écriture dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac, en plus de monter ce soir sur une des scènes extérieures des FrancoFolies pour « un spectacle à 98 % » dans la langue de Molière.

Jointe à Tadoussac au lendemain de ses ateliers d’écriture, Pascale Picard avouait être un peu chamboulée par ce qu’elle venait de vivre dans ces séances. C’est que, pour elle, malgré une vie toute francophone, l’écriture de chansons s’est toujours faite en anglais. La rockeuse pop a raconté au Devoir qu’elle a pratiquement appris la langue en dévorant les pochettes des disques.

« J’ai jamais dit que [l’écriture en français], ça ne m’intéressait pas, c’est juste que j’étais pas capable de le faire. Je m’étais dit que je ne voulais pas le forcer. Pour moi ç’aurait été anti-artistique de faire les choses parce que les gens voulaient ça. Et y avait un petit côté rebelle en moi qui disait non. C’est un peu tata, mais si tu veux absolument que je fasse quelque chose, on dirait que ça m’enlève le goût de le faire ! Fallait que ça vienne de moi. Et là c’est arrivé comme ça. »

Comme ça, boum, quelque chose a débloqué chez Pascale Picard. Elle dit ne pas être dans une démarche planifiée vers le français, mais plutôt dans une année où elle a décidé « de dire oui à tout ce qui arrivait ». D’où la permission qu’elle s’est accordée d’essayer d’écrire dans sa langue maternelle, malgré « la peur de ne pas réussir ».

Pascale Picard confie que, depuis quelque temps, son plaisir d’écrire (en anglais) s’est élimé, à force de contraintes de tombées, de la pression qui entoure la parution d’albums dans l’industrie de la musique. « Créativement, je me mettais moi-même des barrières. Dès que je sentais que ce n’était pas bon, je scrappais ça tout de suite. Et avec les ateliers de Tadoussac, j’ai repris le goût de jouer avec les mots. J’ai fait une toune sur la musique d’All My Loving des Beatles mais où ça parle de gazoline et de foutre le feu à mon mari, juste avoir du fun ! J’ai fait une chanson avec “buffet froid et salami hongrois”, pour dédramatiser tout ça, et pour retrouver pourquoi j’écris des tounes, le plaisir de jouer avec les mots. Et on a ri beaucoup, ç’a été la clé. »

Adapter ou traduire ?

Et puis parallèlement à ce déblocage créatif, il y a ce concert mardi soir aux FrancoFolies, où Pascale Picard a accepté la proposition du vice-président à la programmation Laurent Saulnier d’interpréter ses chansons en français.

Sa seule condition ? Que son amie Gaële, auteure-compositrice-interprète, accepte de sauter dans l’aventure avec elle. « Tout de suite, elle a dit oui, dit Picard. Alors, j’ai traduit mot à mot le propos de ce que je voulais dire dans chacune des chansons, et elle, elle a travaillé ça pour que ça sonne. C’est vraiment un travail d’équipe. »

Une fois les chansons reçues, Pascale Picard n’a eu qu’à changer quelques tournures ici et là pour être bien à l’aise avec le phrasé des nouvelles versions. « Veux, veux pas, Gaële est Québécoise d’adoption depuis 15 ans, mais ça reste qu’il y a des tournures françaises. Et comme j’avais jamais chanté en français, je devais trouver c’était quoi le style dans lequel j’étais confortable. Il y a cinquante manières de faire. Moi, j’ai un petit côté “québ”, il faut que j’aie des “pis là”, et des “faque”, des tournures dans lesquelles je sens que je suis moi. »

Mais a-t-elle l’impression d’avoir un peu trahi ses chansons dans la traduction ? « Je pense que le mot-clé, ce n’est pas traduction, c’est adaptation, précise-t-elle. Il y a des trucs qui ont un peu changé de sens, mais, en gros, Gaële a gardé l’essence de chacune des tounes. »

Par exemple ? « Dans Runaway, je dis :I’m gonna hold on to you as long as I can”. Ça devient : “je ne briserai pas sous le poids, j’ai plus de force en moi que tu crois”. Ça change un peu, mais j’aurais pas dit “je m’accrocherai à toi aussi longtemps que je pourrai”, ç’aurait pas été beau. »

Et maintenant que la glace est brisée, que la peur se dissipe un peu, est-ce que la suite des choses pourrait se dérouler en français pour la chanteuse ? « C’est sûr que ça me tente. Si je peux ramener la discipline [d’écriture] à la maison et rester imprégnée de ça, j’ai l’impression que ça va donner quelque chose. Mais, tu vois, mon dernier album sort en France dans quelques semaines, alors j’ai pas d’échéancier, j’ai pas besoin de travailler sur un album là. En attendant, je peux faire ce que je veux, et on va voir où ça va me mener. »

Nos choix ce soir aux FrancoFolies

Bernhari et Philémon Cimon
Joli plateau double et gratuit sous la tente. D’une part, il y aura la chanson poétique grandiose de Bernhari, qui a entre autres puisé son inspiration dans le printemps érable. Ensuite, ne manquez pas les airs aigres-doux de Philémon Cimon, qui plongera certainement dans les chansons de son disque L’été.
Au Pub Rickard’s, 17 h.

Gerry Boulet
Rendez-vous doux pour les amateurs de Gerry Boulet. Les FrancoFolies soulignent dans un grand spectacle le 25e anniversaire de la mort de l’auteur de La femme d’or et de Toujours vivant. Alexandre Désilets, 
Antoine Gratton, Martha Wainwright et 
Lucien Francœur sont parmi les nombreux invités attendus.
À la place des Festivals, 21 h

Bïa
L’envoûteuse brésiliano-québécoise vient de faire paraître Navegar, un premier album studio en plus de six ans et une création qui marque un retour à un son plus dénudé avec pour habillage une voix et seulement quelques instruments. Elle évoque sa carte postale du Brésil, pas l’officielle, mais celle des gens bien en chair et en sueur. La voici sur la route du spectacle du nouveau disque.
À l’Astral à 19 h 30
Philippe Papineau, Yves Bernard

En concert extérieur gratuit à l’angle des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, 20 h

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 16 juin 2015 03 h 29

    Madame, il n'est jamais trop tard...

    Individuellement, on dit qu'il n'est jamais trop tard pour comprendre...
    Collectivement, dans notre situation linguistique et culturelle continentale si particulière, additionner les gens qui ne comprennent pas est tout simplement suicidaire.
    Qu'est donc devenue cette société québécoise pour que ses adultes donnent comme raison de ne pas faire les choses parce qu'ils ne sont pas capables ?
    Nos Anciens ont passé leurs vies à réussir des choses impossibles à faire et il nous a fallut deux générations de ténacité dans l'éducation, les arts et la culture, pour que la mienne se rende compte de la chose...
    Et là, tout d'un coup, des jeunes talentueux mais qui sont gras-durs se présentent à nous pour nous dire qu'ils n'étaient pas capables ? Et tout le monde comprend ?
    Non, moi je ne le comprends pas.
    Ou si je le comprends, je n'en suis vraiment pas fier.
    Alors, Madame picard, si vous avez maintenant décidé d'affronter ce qui vous semble impossible en vous exprimant en français, bravo !
    Bravo ! et comme de raison, bienvenue dans la tourmente...
    Vous verrez, debout dans la bourasque, ça secoue pas mal. Mais en participant ainsi à l'espoir du petit peuple auquel on appartient, on reçoit aussi bien plus qu'on le pense généralement.
    Parce que ce qu'on reçoit, c'est ce qui est déjà en nous-mêmes de plus grand.

    Vive le Québec libre !

  • Jacques Boulanger - Inscrit 16 juin 2015 04 h 25

    Bon retour chez-toi

    Pascale Picard est un produit du francophobe Jeff Fillion. Elle a grandi a travers les préjugés et les raccourcis de ce personnage. Elle a grandi avec la conviction inculquée par lui, du «american way of life». Qu'elle découvre enfin ses racines, voilà qui est heureux et qui prouve que l'on peut survivre à un lessivage de cerveau.

  • Gilles Théberge - Abonné 16 juin 2015 10 h 20

    C'est arrivé comme ça

    Un beau jour un chat qui vivait entouré de canidés et ayant rencontré un tigré, il s'est mis naturellement à converser avec ce dernier.

    C'est comme ça qu'il s'est rendu compte avec stupeur que le jappement ne lui appartenait pas.

    Et depuis, il miaule...