Découvertes sous le soleil

Dylan Perron et Élixir de Gumbo ont offert de brèves prestations sous le soleil.
Photo: Bertrand Lemeunier Dylan Perron et Élixir de Gumbo ont offert de brèves prestations sous le soleil.

Une fin de semaine sous le soleil de Tadoussac, à cueillir les nouveautés, à noter les noms et à flairer les influences. Au sortir de cette 32e édition du Festival de la chanson, on repart avec une belle récolte d’inédits sonores. Et on salue l’incontournable rendez-vous de juin qui, malgré le succès certain, est plus menacé que jamais, faute de financement adéquat.

« Quand on vient à Tadoussac, on sait qu’on va vivre une expérience magnifique pour les yeux et pour les tympans, parce que c’est un habitat naturel hors du commun », résumait au Devoir un Louis-Jean Cormier fraîchement débarqué pour son spectacle du samedi soir.

« À Tadoussac, ajoutait-il, on met aussi notre mélomanie entre les mains de personnes qui ont à coeur la chanson d’expression francophone. » On note en effet, au fil des éditions, le flair renouvelé de l’équipe de programmation, qui nous dénichait cette année un Dimoné, artiste français très certainement influencé par les Jacques Higelin, M et Alain Bashung. À écouter.

Même très belle trouvaille avec Sarah Olivier, artiste française elle aussi, qui plane quelque part en périphérie de l’univers d’une Brigitte Fontaine. En simple trio, elle nous décoche aussi des salves de Rita Mitsouko, version théâtralisée. Le public a été conquis en entier, jusqu’au spectacle de clôture du dimanche après-midi.

La bande des six

Décor magique, moments magiques, avec Clay and Friends. Quand on dit que le Festival sait oser l’éclectisme musical. Cette bande organisée, originaire de Côte-des-Neiges, a su faire durer les nuits funky jusqu’aux aurores. Énergie contagieuse, à surveiller. Les six jeunes ont aussi provoqué l’attroupement sur la promenade de la plus belle baie du monde, et en plein après-midi. On note, dans cette formation qui ne peut que monter, des influences d’Alaclair Ensemble, mais aussi d’un James Brown qui aurait épousé la cause hip-hop.

De ce rendez-vous pleinement réussi, tout en proximité, on retiendra aussi le spectacle autour de la pointe de l’Islet, cette péninsule rocheuse qui s’avance à l’embouchure du fjord du Saguenay. Dylan Perron et Élixir de Gumbo, gagnants des dernières Francouvertes, mais aussi le trio traditionnel de Ten Strings and a Goat Skin, ont offert de brèves prestations sous le soleil.

Autre belle tradition de Tadoussac, Dany Placard a joué le rôle du groupe rock juste assez pesant avec brio, dans la foulée des éditions passées qui ont vu défiler les Galaxie et compagnie.

L’événement Gréco

Au chapitre des artistes qui se passent de présentation, on comptait un Louis-Jean Cormier fidèle à lui-même, Pierre Flynn et son nouveau spectacle, de même que Fred Pellerin. Tous ont eu droit à l’église du village, une salle franchement intimiste d’à peine 400 places.

C’est là aussi qu’est passée la grande Juliette Gréco, vendredi. En un peu moins d’une heure, elle y est allée notamment de classiques de Brel (Les vieux) et de Gainsbourg (La javanaise) dans un décor minimaliste. Qu’importe, elle est tout à la fois le récit et le centre de cet univers scénique. Déception, cependant, de voir cette femme de 88 ans peiner à terminer son tour de chant, écourté à un peu moins d’une heure en raison de la chaleur. Moment de rencontre, tout de même, avec Mme Gréco. L’impression de côtoyer une partie significative de l’histoire de la chanson française.

Au-delà du caractère pour le moins exceptionnel de l’événement, il faut bien l’écrire et l’écrire encore : la force du Festival de la chanson réside justement dans ces instants, ces moments où rien d’autre ne compte que la rencontre musicale inattendue, mais sincèrement et unique.

Festival menacé

Tout le village de Tadoussac, pourtant habitué au tourisme, vit littéralement dans une autre dimension pendant ces trois trop courtes journées de juin. Mais tout cela pourrait bien finir par disparaître, pour de bêtes considérations financières.

Le directeur de l’événement, Charles Breton, l’a bien souligné en clôture de festival, ce dimanche. « Les petits festivals en régions sont une espèce en voie de disparition », a-t-il insisté.

En cette époque d’austérité, les organisateurs doivent se débattre plus que jamais pour tenter d’éviter le déficit. Déjà, on fonctionne au minimum pour parvenir à mettre le tout en place année après année. « Où il devrait y avoir deux ou trois personnes, il n’y en a qu’une. »

Pour résumer, disons que la survie de ce festival, pourtant un moteur économique indiscutable pour la Côte-Nord, est loin d’être assurée. Au point que l’organisation vient de lancer un « club de soutien » à travers lequel les festivaliers peuvent signifier leur attachement au festival.

Comme le soulignait Daran, venu lui aussi livrer ses chansons sur les rives du Saint-Laurent, « les temps sont durs pour les tendres ». Et pour le rêve, en pleine communion. Pourtant, nous en aurions bien besoin.

1 commentaire
  • Claudette Dionne - Abonnée 15 juin 2015 21 h 31

    Pourquoi ne pas faire mieux?

    J'ai longtemps voulu aller à ce festival qui me semble une sympathique idée. Sauf que pourquoi faire ça si tôt en saison quand le temps est souvent encore froid et que même à Baie Saint-Paul les commerces saisonniers ne sont pas encore tous ouverts?
    À chaque année je fais mon pélerinage touristique dans ce si beau coin de pays. Croyez-moi, j'aimerais bien trouver une alternative aux bars pour passer mes soirées, mais le choix est mince. Pourquoi ne pas faire concorder le festival avec le temps où les hordes de touristes déferlent pour observer les baleines? Peut-être resteraient-ils un peu plus lontemps si on leur offrait de quoi se mettre sous la dent. J'y étais il y a deux ans et j'ai assisté au seul concert offert à l'église par un choeur de chant venu de France. Je parie que le festival en sortirait gagnant!