Variations électro

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

L’événement d’ouverture des 27es FrancoFolies de Montréal a pris plusieurs teintes électroniques, jeudi soir sur la rue Sainte-Catherine. De l’électro-world pour les uns, du reggae parfois synthétique ailleurs, ainsi que de la pop dopée aux claviers et du rap bien saucé dans les fréquences saturées et estivales.

C’est Radio Radio qui était la tête d’affiche de la soirée. L’année dernière aux FrancoFolies, le groupe désormais duo et composé de Jacques Doucet et Gabriel Malenfant était monté sur la scène du Métropolis. Cette année, ils étaient plutôt dehors, devant quelques milliers de personnes rassemblées sous un ciel clément et une brise fraîche. Pas de pluie ? « Pas de pluie ! », se sont probablement écriés les festivaliers qui y ont goûté pas mal lors de la dernière édition des Francos.

Il restait encore le rappel au moment d’écrire ces lignes, mais Radio Radio avait prévu un marathon de 23 chansons, tirées d’un peu partout dans leur répertoire, ne donnant pas une place particulièrement accrue à leur dernier disque, Ej Feel Zoo. Pendant une bonne demi-heure, le son semblait étonnamment faible. Il a fallu de longs moments avant qu’on entende pour la peine la guitare de Kim Ho qui les accompagnait. C’est pendant Guess What ?, environ dixième pièce du spectacle, qu’on a vraiment entendu les ajouts tranchants de l’instrument. La trompette de Josiane Rouette avait quant à elle déjà réussi à percer le mur rap-électro de Radio Radio.

À son habitude, le duo a enchaîné des versions complètes et quelques versions abrégées de ses titres, donnant du rythme au spectacle. Jacuzzi, Galope, 50 Shades of Beige, Boomerang — pour laquelle le groupe vient de faire paraître un clip — et autres Dekshoo ont fait danser les spectateurs qui hésitaient entre t-shirt et coton ouaté.

Alfa Rococo

 

Un autre duo, Alfa Rococo, a précédé Radio Radio. Même public que les rappeurs ? Probablement pas tout à fait, mais le groupe composé de Justine Laberge et de David Bussières a quand même un répertoire rythmé où les claviers ont un bon rôle. Un rôle qui a pris de l’ampleur et du tonus avec son dernier disque Nos coeurs ensemble. « On a une belle culture de musique francophone, n’est-ce pas ? » a lancé Bussières au public. Et surprise, Alfa Rococo a commencé son concert avec Lumière, probablement la meilleure pièce de son répertoire, avec ce côté électro-carnavalesque qui fait penser un peu au dernier disque d’Arcade Fire. Le feu d’artifice déjà allumé, les trois musiciens qui accompagnaient le duo ont quand même bien mené la barque, donnant une sonorité presque lunaire à Lève l’ancre, une autre chanson parmi les plus connues.

Pierpoljak

 

Plus tôt, alors que le soleil tombait tranquillement sur le Quartier des spectacles, c’est le reggaeman français Pierpoljak qui est monté sur scène. Pierpoljak ? Il y a presque deux décennies qui se sont écoulées depuis la parution de la chanson portant son nom, un des seuls titres que la plupart des Québécois peuvent fredonner, à part peut être Je sais pas jouer. Le musicien, qui portait la barbe grisonnante et avait la tête recouverte d’un bandana rouge, a présenté quelques titres de son plus récent disque, Général Indigo, paru en mars, mais aussi quelques chansons de son répertoire étonnamment vaste étant donné le peu d’échos que l’on en a eu au Québec. La foule appréciait, mais n’était visiblement pas très d’humeur dansante. « Ça va Montréal ? Ça va les Francos ? Ça va les cousins ? » nous a lancé le chanteur, entouré de quatre musiciens. Les nostalgiques de Pierpoljak pourront se reprendre ce vendredi soir, à 22 h à l’angle des rues De Montigny et Clark.

Pierre Kwenders

 

En tout début de soirée, les FrancoFolies avaient confié la responsabilité des premières notes à Pierre Kwenders, musicien d’origine congolaise. Son spectacle était hypnotisant, avec les bons et les mauvais côtés la chose. Kwenders réussit à mélanger l’électro à des rythmiques d’un peu partout dans le monde : rythmes africains et reelsde violons s’entrechoquent. Il y a une forte base tribale dans sa musique, qui allume quelque chose en nous mais qui à la longue peut l’éteindre. Jacques de Radio Radio est passé voir Kwenders le temps de deux titres, Ani Kuni et Mardi gras.

Nos choix aux FrancoFolies

Félix Dyotte

Membre du défunt groupe Chinatown, Félix Dyotte a lancé, il y a quelques semaines, un premier touchant, romantique, où l’on se laisse bercer avec des arrangements de cordes délicats. Les amateurs de chanson française y retrouveront certaines structures et certaines tournures.

Koriass et son gros orchestre

L’année dernière aux Francos, Koriass avait présenté un concert « orchestral », qui s’était avéré plus proche du big band. Évitons les étiquettes et les attentes, ce coup-ci il s’annonce tout simplement avec « son gros orchestre ». En plus, le rappeur a invité Loud Lary Ajust, Safia Nolin, Karim Ouellet et Misteur Valaire.

La Bronze

Cette jeune auteure-compositrice-interprète fait dans la grosse pop-électro hyperefficace et pas trop vide, qui fait parfois penser à Hôtel Morphée. La Bronze a un souci de la mélodie, évident sur un titre comme Jeunesse féline.


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