Une découverte montréalaise majeure

Samito est devenu un chanteur à la voix douce et un bassiste au groove contagieux.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Samito est devenu un chanteur à la voix douce et un bassiste au groove contagieux.

Ce sera l’année de Samito. Révélation Radio-Canada 2015 en musique du monde, cet homme au charisme tranquille et au méchant groove se lance enfin sur les scènes québécoises : les Francos à l’extérieur ce vendredi, un spectacle en salle aux Nuits d’Afrique en juillet et des passages à Sherbrooke et Gaspé plus tard cet été, cela, avant de lancer son premier disque le 2 octobre. Afro-électro ? World 2.0 ? Qu’importe les étiquettes, il s’agit d’un talent majeur.

« J’ai grandi dans une famille très religieuse à Maputo, au Mozambique, et vers l’âge de 15 ans, la musique est devenue mon métier. C’est drôle parce que j’étais toujours entre deux musiques : j’étais passionné par le jazz, mais je jouais aussi avec des musiciens qui venaient du traditionnel. J’aimais beaucoup Abdullah Ibrahim et Moses Molelekwa, qui étaient le pont entre la musique traditionnelle et occidentale. Ça m’a amené au métissage. »

Capitale du Mozambique, Maputo est une ville portuaire qui a accueilli de nombreux Portugais, Anglais, Sud-Africains et Asiatiques. Culturellement, toutes ces influences sont présentes et Samito s’inspire des rythmes de toutes les régions du pays : « Au sud, on est vraiment très proche de l’Afrique du Sud. Au centre, c’est musicalement beaucoup plus proche du Zimbabwe et de la musique chimurenga d’un Thomas Mapfumo, alors qu’au nord, l’influence est très afro-arabe comme à la Tanzanie et à Zanzibar. C’est vraiment très riche ».

 

Accompagner

À son arrivée à Montréal en 2005, on a connu Samito comme pianiste dans la veine d’Abdullah Ibrahim. Tête très chercheuse, il était de tous les projets et suivait les autres musiciens avec une curiosité peu commune. Étudiant en musique à McGill, il était l’accompagnateur idéal et cela lui a permis de s’intégrer à des mondes aussi variés que ceux de Marcelo Padre et la musique brésilienne, Nazir Bouchareb et le gnawa, Sergiu Popa et l’Europe de l’Est et tous ces autres qui, à l’instar de Lorraine Klaasen, le New Groove Orchestra, Emma Frank, Ouanani ou Kébéko, lui ont permis de devenir ce qu’il est devenu. « Pour moi, le plus intéressant a toujours été d’apprendre quelque chose de nouveau et à ce niveau, Montréal, c’était le paradis à ce moment », affirme-t-il.

En 2010, une rencontre déterminante lui ouvre un nouveau chemin : celle de Nom de plume de Radio Radio. Il entre dans la famille et collabore également avec Pierre Kwenders. Un vieux rêve réapparaît alors, celui de marier l’électro à ses racines. S’en suit un regard vers le futur et la quête de son identité multiple. Il explique cela dans une série de six courts essais qu’il fait paraître sur son blogue. Il résume : « Tu habites dans un endroit, tu veux appartenir à la société, mais il y a des codes que tu ne comprends pas. Tu retournes là-bas et de nouveaux codes sont apparus. En fin de compte, qu’est-ce que je représente ? J’ai une musique traditionnelle très puissante, mais mes dix années passées à Montréal ont été les plus formatrices. Je crois avoir trouvé une façon de communiquer qui je suis avec ma société québécoise, mais sans négliger le Mozambique ».

Et comment ! Il est devenu chanteur à la voix douce et bassiste au groove contagieux, aux clappements sautillants et aux mélodies limpides, brillamment habillées par de l’électro vibrant. Le 2 octobre, il lance chez Stonetree Records Xico-Xico, un disque réalisé par Ivan Duran, le réputé producteur qui a ouvert les routes du monde à plusieurs artistes. Les lendemains s’annoncent rayonnants pour Samito.

 

Au Parterre, à l’angle du boulevard De Maisonneuve et de la rue Jeanne-Mance, 18h et 20h