En connaisseur du XVIIIe siècle musical, Denys Arcand met en scène Grétry

Les artistes de «Zémire et Azor»
Photo: Michel Robitaille Les artistes de «Zémire et Azor»

Mathieu Lussier, Denys Arcand et Les Violons du Roy proposent Zémire et Azor d’André Ernest Modeste Grétry (1741-1813). Une représentation à la Maison symphonique de Montréal, samedi et une au Palais Montcalm de Québec, mercredi prochain. C’est tout, mais c’est un premier pas de Denys Arcand dans le domaine de l’opéra.

Les Violons du Roy ont bien fait de sous-titrer leur spectacle La belle et la bête puisque cet opéra-comique en quatre actes de 1771 qu’est Zémire et Azor doit beaucoup au fameux conte. Zémire et Azor eut d’ailleurs, en son temps, un succès foudroyant. Mozart en gardait précieusement la partition.

Denys Arcand a utilisé un air de ténor de Zémire et Azor dans L’âge des ténèbres. Sa relation avec le bassoniste et chef Mathieu Lussier date de ce moment, le musicien s’étant demandé comment un cinéaste pouvait connaître un air d’un opéra aussi obscur. Il est arrivé d’autres fois à Denys Arcand de concevoir une scène d’un film à partir d’une musique : « J’avais conçu un défilé de mode dans Stardom autour du choeur des chasseurs du Freischütz de Weber. »

Un vrai connaisseur

 

Denys Arcand est un vrai connaisseur du XVIIIe siècle musical, Gossec, Grétry, Méhul… « plus Philidor et Campra », ajoute-t-il immédiatement ! Il plaint le destin de ces créateurs. « Mozart et Haydn sont si grands qu’ils ont effacé bien des contemporains. » Arcand aimerait laisser la chance aux oubliés et remarque que « Grétry et Sari étaient bien plus populaires que Mozart à la fin du XVIIIe à Paris ».

Arcand impute la désuétude dans laquelle est tombé Zémire et Azor au livret. Il ne critique « pas l’histoire, qui appartient à l’inconscient collectif occidental, mais la rédaction et la longueur des répliques. » Pour ces représentations, il y a eu un travail de réécriture des textes et récitatifs : « Cela a resserré la structure dramatique, sinon c’est injouable à cause de l’aspect mondain » du texte parlé.

La Maison symphonique de Montréal a été construite comme une salle de concert ne permettant pas la mise en scène. Difficile, donc, de faire voler les protagonistes sur un nuage ! « J’ai inventé quelques petits passages à travers les membres de l’orchestre ; ce sera symbolique ! » Il faut aussi que le spectacle soit transportable de Montréal à Québec. Denys Arcand ménagera deux espaces à gauche et à droite de l’orchestre. Cela tombe bien, « comme il n’y a que deux lieux pour l’action dramatique ». Handicap auquel on ne pense pas forcément : « On ne peut presque pas faire de noir, comme la Maison symphonique est très pâle. » Il n’y a, en fait, pas de lieu à Montréal pour présenter un opéra baroque ou classique. « Wilfrid-Pelletier est une salle que je déteste. Cela essaie d’être tout et ce n’est rien », tranche le réalisateur.

Une première

 

Denys Arcand a déjà eu des demandes, mais n’a jamais accepté une mise en scène d’opéra en raison de « la façon dont l’opéra fonctionne en Amérique du Nord. On travaille avec des interprètes qu’on n’a pas choisis et qu’on rencontre trois semaines avant le début des représentations. Cela fait un ensemble de restrictions difficiles, alors que la moindre pièce de théâtre à Montréal est répétée pendant six semaines. Or un opéra, c’est au moins aussi compliqué ! » Et on comprend où Arcand met la barre lors qu’il témoigne de son admiration et de son éblouissement devant la relecture de Michael Haneke du Cosi fan tutte de Mozart.

Il reste à espérer que se développe ici la mise en espace d’oeuvres sacrées, comme le fait le Philharmonique de Berlin avec Peter Sellars. Pour cela, Denys Arcand nous confie qu’il est totalement partant !

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