Vitrine du disque - Le chanteur mort le plus productif de l'histoire

Elvis, j'aime. D'amour. Et comme amour, je le répète, rime avec toujours, après mille millions de chansons toutes bonnes à part There's No Room To Rhumba In A Sports Car, j'en veux d'autres. Ça tombe bien, Elvis est le chanteur mort le plus productif de l'histoire de la musique populaire. Pensez, vingt-six ans après le coup des mille millions de pilules avalées avec le même verre d'eau, on me déniche encore une chanson de plus. Une vraie nouvelle. Pas une énième prise alternative, pas un restant d'entrecôte de boeuf de studio, pas un bête extrait inédit de spectacle. Une parfaite inconnue au bataillon. La merveille s'intitule I'm A Roustabout, et ne doit pas être confondue avec l'autre Roustabout, chanson-titre du 16e film d'Elvis. Pour la petite histoire: commandée pour ledit film, la ronflante I'm A Roustabout fut refusée par le réalisateur Hal Wallis. Pourquoi? Miss gomme et boule de terre. C'est surtout étonnant quand on compare: la remplaçante pâlit. Toujours est-il que la bande originale disparut corps et biens. Et c'est seulement l'an dernier que Winfield Scott, qui créa ce chouette p'tit rock'n'roll sans prétention avec le génial Otis Blackwell (à qui l'on doit All Shook Up, Don't Be Cruel... ), se rappela qu'il avait l'acétate dans son sous-sol, entre l'aspirateur et l'Absmaster.

Évidemment, les bonnes gens de chez RCA se sont emparés du truc comme s'il s'agissait de la suite des manuscrits de la mer Morte. Opportuns comme pas un, ils ont rabouté I'm A Roustabout à leur mille millionième compil d'Elvis, histoire d'obliger l'obnubilé dans mon genre à abouler. Répréhensible réflexe de marchand de tapis, si vous voulez mon avis. Le type même de tactique éculée qui rend les multinationales du disque si détestables, et qui élève le téléchargement illicite au rang de guérilla de résistance. Pouvaient pas lancer ça en CD simple, non? Pouvaient pas non plus s'empêcher de refaire avec Rubberneckin' le coup du remixage à la moderne, façon A Little Less Conversation? Un jour, tous les poissons seront morts et il ne restera plus que des hameçons.

Sylvain Cormier

THE VERY BEST OF

The Grateful Dead

Rhino (Warner)

Le Dead, ses hordes de Deadheads, les réseaux d'échange de cassettes de concerts, franchement, ce phénoménal reliquat de la contre-culture californienne m'a toujours échappé.

Jamais eu l'esprit tribal, il faut dire.

À Woodstock, j'aurais viré cannibale, rien que pour avoir de l'espace. Qui plus est, la musique du groupe m'a toujours semblé grossièrement surestimée. Certes sympa et brillant en entrevue, ce bon Jerry Garcia n'a jamais été qu'un piètre chanteur. Et son compère Bob Weir pas meilleur. Les fameuses improvisations à rallonge ne m'ont jamais impressionné outre mesure non plus: pour un moment de grâce entre guitares et percussions, tant de niaisage et de complaisance. Bien sûr, tout Deadhead normalement constitué me dira entre deux bouffées de colombien que je ne comprends rien à rien, que tout chez le Dead était expérience, que les disques n'ont jamais été à la hauteur du road trip. C'est bien pourquoi ce Very Best Of, compile pas chiche dont le minutage dépasse les 70 minutes, suffit amplement à quiconque n'est pas adhérent tatoué du club.

Quand on a entendu (et honnêtement savouré) les réussites indéniables que sont dans le genre country-blues psychédélique un brin lousse les Truckin', Casey Jones et Uncle John's Band, on peut passer à autre chose. Au Dave Matthews Band, par exemple. On ne sent même pas la différence.

S. C.