Raynald Ouellet, accordéoniste

Raynald Ouellet
Photo: François Gélinas Raynald Ouellet

Dans le milieu du trad québécois, Raynald Ouellet est à la fois l’un des plus grands bâtisseurs et l’un des plus importants accordéonistes. Directeur artistique du Carrefour mondial de l’accordéon de Montmagny depuis plus d’un quart de siècle, il est également responsable du Musée de l’accordéon et de l’École internationale de musique de la capitale de l’oie blanche. Pour l’ensemble de son oeuvre, la Grande Rencontre lui décerne cette année le prix Aldor. Et comme accordéoniste, il partage ce jeudi la scène de la Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville avec Les Poules à Colin, Comas, De Temps antan et Maja&David. Rencontre avec un maître.

« À l’âge de deux ans et demi, j’ai pris un accordéon et j’ai joué une pièce à l’oreille, comme ça, spontanément, raconte-t-il. Du côté de ma mère, mes oncles jouaient de l’accordéon et j’ai été imprégné par cette musique-là très jeune. C’était le style de Montmagny, rapide, un peu syncopé avec beaucoup d’ornementations et de triolets. » Raynald s’en inspire encore, avec son petit accordéon diatonique à une rangée et dix touches, en bon descendant de Marcel Messervier, le pionnier de l’endroit.

Après des études en violoncelle, Raynald Ouellet fait du collectage, commence à travailler le répertoire et découvre deux autres grandes sources d’inspiration : Philippe Bruneau et Yves Verret. Plus tard, ce seront des maîtres des styles irlandais tels que Joe Burke, Joe Derrane et Martin O’Connor qui le toucheront aussi. À cette époque, entre 1977 et 1986, il est membre d’Éritage, le premier groupe québécois à tourner à l’extérieur du Québec avec la Bottine.

Paru en 1982, son disque La ronde des voyageurs fut récemment retenu parmi les meilleurs disques folk de l’histoire contemporaine par l’organisation des Prix de musique folk canadienne. Raynald se souvient du groupe avec toute l’humilité qui le caractérise : « Ce disque, je pense que ç’a été majeur, mais nous, on s’en rendait plus ou moins compte parce qu’il a eu moins de visibilité au Québec. »

Festival d’envergure

1989 : première édition du Carrefour mondial de l’accordéon. 26 ans plus tard, l’événement figure parmi les plus importants dans le genre avec le festival d’Arseguel en Catalogne et celui de Tulle en France. Certains le considèrent même comme le plus grand au monde. Les accordéonistes les plus réputés y sont passés : Marcel Azola, Ricardo Tesi, Kepa Junkera, Marc Perrone, Raul Barbosa et des tonnes d’autres, dont un grand nombre de Québécois. De quoi le directeur artistique est-il le plus fier ? « D’avoir toujours été en continuité. Le festival, on l’a mis sur pied pour mettre en valeur la musique traditionnelle du Québec et la placer sur le même pied d’égalité que les grandes musiques du monde. »

L’homme aux mille talents considère que le Musée de l’accordéon est un autre beau succès. « On a à peu près 140 instruments. On présente l’histoire de l’accordéon à partir des premiers instruments qui ont été commercialisés vers les années 1860 et on remonte jusqu’aux instruments numériques. Dernièrement, on a eu un beau projet avec la municipalité, qui a identifié la pratique traditionnelle de l’accordéon et sa fabrication comme deux des cinq éléments du patrimoine immatériel de la région de Montmagny. »

Il y a aussi l’École internationale de musique de Montmagny et la fabrique d’accordéons Mélodie. Mais sur le plan artistique, Raynald peaufine sa musique, ponctuée de grand raffinement, de swing et de délicatesse : un répertoire de concert reconnu à l’international. À la Grande Rencontre, il se produit en duo avec le pianiste Benoit Legault. « Il y aura du répertoire de Gérard Lajoie, des pièces que j’ai faites du temps d’Éritage, un peu d’irlandais et de mes compositions. Je me permets de parler des belles rencontres que j’ai faites dans mon cheminement de carrière. » Généreux personnage !

À la Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville, jeudi 7 mai à 19 h 30. Renseignements : 514 273-0880