Le tourment et l’espoir de la grue

Auteure, compositrice, interprète, peintre, sculpteure, graphiste et actrice, Lousnak a plusieurs cordes à son arc.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Auteure, compositrice, interprète, peintre, sculpteure, graphiste et actrice, Lousnak a plusieurs cordes à son arc.

L’année 2015 marque le 100e anniversaire du génocide arménien, et pour se rappeler la douleur autant que pour propager l’espoir, Lousnak regroupe plusieurs artistes en musique, en danse et en peinture. Ainsi, une quinzaine de membres de sa grande famille se regroupent ce mercredi à la Sala Rossa pour un exercice de création à partir de la mémoire.

Le titre de la soirée : Lousnak et le cri de la grue. Pourquoi ? Réponse de Lousnak : « La grue est un oiseau sacré en Arménie, surtout pour les Arméniens de la diaspora. C’est l’oiseau porteur des nouvelles du pays. Elle a un cri troublant qui est rattaché à ce message du pays. Aussi, c’est un oiseau très gracieux dont la gestuelle me fait penser aux danses arméniennes, de même qu’à beaucoup de chansons et de poésies. Autant il y a un cri de tourment, autant il y a un cri d’espoir. »

Auteure, compositrice, interprète, peintre, sculpteure, graphiste et actrice, Lousnak a joué, entre autres, dans le film Ararat d’Atom Egoyan et son disque homonyme est paru en 2003 sur Mille Pattes, le label alors associé à la Bottine souriante. Elle prépare en ce moment son deuxième album. Quel rapport entretient-elle avec l’Arménie dans l’ensemble de son art ? Le pays est-il au centre de ses créations ? « Surtout en musique, un peu en peinture et moins en sculpture parce que j’ai quand même des concepts qui n’ont rien à voir avec l’identité et les origines, mais à travers le chant, j’arrive à être rassasiée pour le lien que je garde avec mes origines et pour le transmettre dans ma création. Dans la peinture, je travaille présentement le thème de la grue. Ce n’était pas le cas avant parce que je suis souvent portraitiste. Il y a aussi le jeu. Ici, je choisis des thèmes et des personnages qui ont affaire avec moi, mes origines, ma façon de penser. J’ai même joué une femme palestinienne parce que je soutiens la cause palestinienne. »

Les génocides comme inspiration

Depuis 1999, Lousnak organise des spectacles commémoratifs des génocides du monde. En 2005, elle incorpore l’événement sans but lucratif sous le chapeau de « Parlons Génocide » et c’est dans ce contexte qu’elle crée cette année Lousnak et le cri de la grue. Au fil du temps, elle a invité plusieurs artistes qui pouvaient témoigner pour leur pays ou culture d’origine. Aussi, Loco Locass y a chanté pour la Palestine et on s’est rappelé les génocides des Juifs, des Roms, de Srebrenica, du Rwanda, du Congo, du Cambodge et plusieurs autres.

« Quand l’homme se dit moderne, d’autres complotent sur la façon de l’exterminer », affirme Lousnak. Et le génocide des Arméniens, qui a coûté la vie à 1,5 million de personnes, est reconnu par une vingtaine de pays, dont la France, l’Italie et la Russie. La semaine dernière, le pape François s’est prononcé et le Parlement européen a encouragé la Turquie à le reconnaître, ce que le gouvernement turc n’a toujours pas fait.

De son côté, Lousnak ne saura jamais qui elle serait si elle était née en Anatolie, la terre de ses grands-parents qui désigne aujourd’hui pratiquement toute la partie asiatique de la Turquie. La famille a dû s’exiler à Beyrouth, où Lousnak est née, à Londres, à Paris et au Québec, où elle est arrivée en 1982. À chaque départ et à chaque arrivée, les séquelles du génocide demeurent et tout est à recommencer, à réapprendre, à dire « bonjour », « hello », « salut ». Mais ce mercredi, la famille québécoise l’accompagnera et la création portera fortement le travail de mémoire.

La grue est un oiseau sacré en Arménie, surtout pour les Arméniens de la diaspora. C’est l’oiseau porteur des nouvelles du pays.

Lousnak et le cri de la grue

Hraïr Hratchian (doudouk), Kristin Molnar (violon et voix), Yves Desrosiers (guitare, voix) François Lalonde (batterie), Jean-Denis Levasseur (contrebasse et guitare), Ziya Tabassian (percussions), Saeed Kamjoo (kamantcha), Jessica Vigneault (piano et voix) Paul Kunigis (voix) Alexandre Ethier de Forestare (guitare), Karen Young (voix), Helmut Lipsky (violon), Sarah Bronsard (danse), Sam Kerson et Katah (peinture), Dominique Normand (peinture). À la Sala Rossa, mercredi 22 avril à 20 h.