Voyage entre copains au Moyen-Orient rétrofuturiste

Composées de façon démocratique, les sept pièces du disque doivent être vues comme la mise en commun des idées de cinq personnes.
Photo: Joseph Yarmush Composées de façon démocratique, les sept pièces du disque doivent être vues comme la mise en commun des idées de cinq personnes.
Les disques collaboratifs ne sont pas chose nouvelle. Il est par contre rare de voir une alliance entre deux artistes aux sonorités aussi différentes que celles du groupe art rock Suuns et du musicien-producteur d’origine libanaise Jerusalem In My Heart. Le nouvel album proposé par ces deux entités réunies fait à la fois exploser les barrières des genres et des façons de faire.​
 

Difficile de décrire ce que l’on entend aux premières notes de Suuns and Jerusalem In My Heart, premier album de ce tout nouveau groupe éponyme. C’est bien inspiré de la mouvance électro, avec un processus rock, laissant beaucoup de place à la tradition arabe, sans pour autant être classé comme « musique du monde ». C’est dense et profond, touchant même. Un peu ancré dans le rétro, mais aussi tourné vers le futur. Résolument expérimental.

De prime abord, peu de choses lient les deux artistes. Les héros locaux de Suuns avaient puisé fortement dans la hargne printanière d’il y a trois ans pour pondre le rock chargé et électrisant de leur deuxième disque, Images du Futur. Originaire du Liban, l’ingénieur sonore et multiartiste Radwan Ghazi Moumneh (alias Jerusalem In My Heart), aussi montréalais, explore depuis 2005 le potentiel des chants traditionnels arabes apposés à des arrangements électroniques modernes.

Hommage à l’amitié

Le résultat est plus qu’un amalgame des deux univers sonores. Car le point commun majeur, outre le lieu de résidence, entre ces artistes, est l’idéal de transcendance. Cette vision commune donne au projet un élan magique, qui permet de marier harmonieusement toutes leurs influences.

« C’est un “ side ” projet des deux groupes. Un véritable album collaboratif. Ce n’est ni un album de Suuns ni un album de Jerusalem In My Heart. C’est un peu un album d’amitié entre deux groupes qui apprennent beaucoup l’un de l’autre », explique Ben Shemie, le leader de Suuns, joint par courriel au milieu d’une visite du groupe-collaboration au pays des cèdres.

L’amitié, c’est le thème phare. Les membres en font souvent état pour expliquer les motivations derrière une telle démarche. L’idée a germé il y a quelques années, alors que Moumneh accompagnait Suuns en tournée européenne comme ingénieur du son. « On a tous écouté beaucoup de musique ensemble, poursuit M. Shemie. À cette même période, Radwan sortait son premier album de Jerusalem In My Heart. On a alors décidé d’essayer de jouer des idées musicales ensemble. Trois ans plus tard naissait alors notre album collaboratif. »

Composé de façon totalement démocratique, les sept pièces du disque doivent être vues comme la mise en commun des idées de cinq personnes. « Nous avons écrit tous les morceaux ensemble. Chaque musicien a apporté une idée musicale, qu’on a ensuite développée », ajoute Ben Shemie. Sur le plan vocal, c’est surtout l’imaginaire de Moumneh qui mène, les quelques paroles parsemées çà et là étant surtout en arabe, parfois en anglais. À ce compte, on peut difficilement parler de « chansons » proprement dites. L’album est plutôt un cycle d’enchaînements mélodieux à structure variable. Ben Shemie poursuit : « Comme c’est un projet collaboratif, on doit naturellement laisser beaucoup d’espace à Radwan et être ouverts à une façon de travailler différente. On a plus cherché à capturer un ressenti, une “ vibe ”, plutôt qu’à écrire des chansons de Suuns. »

 

Visuel fort

Jesrusalem In My Heart (JIMH) est connu pour ses prestations à forte charge visuelle. Comptant un volet vidéo, les spectacles de l’artiste ne sont jamais les mêmes. Le nouveau groupe souhaite conserver cette approche esthétique et la mettre à profit en concert. Des projections, oeuvres de l’artiste Sabrina Ratté, ajoutant à l’aspect rétrofuturiste, accompagnent la musique. Le vidéoclip de Gazelle in Flight, le tout premier lancé, a d’ailleurs été réalisé par le vidéaste Charles-André Coderre, aussi derrière le visuel de JIMH. Comme quoi, tout reste dans la famille.

Pour voyager avec les amis de Suuns + JIMH à travers leurs multiples influences sonores et visuelles, rendez-vous le 14 mai au 31e Festival international de musique actuelle de Victoriaville.

Suuns and Jerusalem In My Heart

Suuns and Jerusalem In My Heart Secret, City Records

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