Mercury, troisième vague

Universal poursuit le regroupement en coffrets cubiques du légendaire catalogue Mercury Living Presence. Cette troisième boîte nous amène enfin certains des inédits que l’on attendait.

Mercury est une affaire de famille. Le label a été fondé en 1945. D’abord dédié à la musique pop, Mercury a effectué son premier enregistrement classique en 1951 à Chicago, Rafael Kubelik dirigeant les Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Le terme « Living Presence », associé à Mercury, est tiré de la critique de cet enregistrement dans le New York Times.

Pour éviter toute confusion, la marque Mercury, telle que ravivée par Universal en 2012 pour quelques nouvelles parutions classiques, n’a rien à voir avec les protagonistes ou la philosophie de cette légendaire saga des années 50 et 60.

Un ingénieur du son visionnaire

 

Mercury doit tout au preneur de son C. Robert (Bob) Fine. Le développement du catalogue classique est le fruit de la rencontre de Bob Fine avec Wilma Cozart, alors secrétaire personnelle du chef hongrois Antal Dorati. Wilma Cozart Fine eut notamment l’audace de signer un contrat avec le chef français Paul Paray qui dirigeait alors l’orchestre de Detroit. En 1954, Mercury s’imposa définitivement comme « le » label audiophile en réalisant le premier enregistrement de l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski avec de vrais canons.

Pour les premiers disques stéréo, en 1955, Bob Fine fit réaliser par Ampex des magnétophones à trois pistes et utilisait au maximum trois microphones privilégiant un réalisme cru et analytique. Les enregistrements étaient tous montés par Wilma Cozart.

Un nouveau progrès fut réalisé en 1961 avec l’utilisation de films 35 millimètres à la place des bandes traditionnelles. Ces films permirent une définition accrue et une gamme de fréquences plus large.

Lors de son épopée, Mercury a édité 350 disques classiques. Publiés sous licence par Philips en microsillon, les grands enregistrements Mercury ont été transférés en CD à partir de 1990 sous la houlette de Wilma Cozart Fine après restauration de tous les équipements d’origine. Les bandes originales étaient lues sur le matériel sur lequel elles avaient été réalisées. Là aussi l’aventure s’était arrêtée en chemin, Wilma Cozart Fine se montrant très méticuleuse et réticente à rééditer de nombreux documents monophoniques, dont les bandes originales avaient souvent disparu.

Des inédits, enfin !

Lorsque Universal publia, en 2012 et 2013, les deux premiers coffrets de 50 CD, les aficionados attendaient des titres non encore réédités en CD. Mais nous ne trouvions que la mise en boîte des titres remastérisés par Wilma Cozart (1927-2009) avec pour seuls inédits le Sacre du printemps monophonique de Dorati et la première du Concerto pour piano de Corigliano.

Le troisième coffret qui vient de paraître nous apporte enfin une partie de la manne attendue. On y trouve les remastérisations restantes de Wilma Cozart Fine, dont 10 CD Dorati (symphonies de Brahms, disques Rimski-Korsakov, Tchaïkovski, Wagner…), des CD de Frederick Fennell, d’Anatole Fistoulari et de Stanislaw Skrowaczewski, les insurpassés Concertos grosso de Bloch par Thomas Hanson, ainsi que neuf CD de Paul Paray, dont une historique Symphonie fantastique de Berlioz.

Par contre, revoilà pour la première fois, notamment remastérisées par Andrew Walter, en collaboration avec Thomas Fine et Raymond Mc Gill, quelques légendes monophoniques, dont l’Ouverture 1812 de 1954 et d’autres enregistrements Dorati, comme les Fêtes romaines de Respighi, l’Héroïque de Beethoven et la 3e Symphonie de Copland à Minneapolis.

Dommage qu’au lieu d’élargir ce spectre, les derniers disques soient consacrés aux parutions Philips réalisées par les équipes techniques de Mercury (sublimes mélodies russes par Galina Vishnevskaïa, inutile énième réédition des Sonates pour violoncelle de Beethoven par Rostropovitch et Richter et des Concertos de Liszt par Richter), alors qu’on attendait notamment les enregistrements mono de Paul Paray.

Par contre, en bonus, une inattendue réédition du premier enregistrement réalisé en Union soviétique par des ingénieurs non russes : la première version du Quatuor Borodine des Quatuors nos 4 et 8 de Chostakovitch.

Si un jour un volume 4 voyait le jour, il n’y aurait désormais quasiment que des inédits à faire revivre. Ici, il y en a dix. C’est déjà ça…

Mercury Living Presence – The Collector’s Edition

Volume 3. 53 CD 4787896

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